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Toni Morrison : The Pieces I Am : Portrait social
Cinéma

Toni Morrison : The Pieces I Am : Portrait social

Il est difficile d’écrire sur Toni Morrison sans prendre conscience de ses propres limites littéraires. Il est d’autant plus difficile d’écrire sur un film sur Toni Morrison puisque toutes les phrases qui viennent à l’esprit semblent être des pléonasmes. Il faudrait nommer ses nombreux prix, dont le Pulitzer, le prix Nobel de la littérature et la Médaille présidentielle de la Liberté (remise par Barack Obama), souligner son apport substantiel à la littérature afro-américaine et féministe, décrire ses romans à la langue directe et aux images brutales, tout en sachant qu’on ne peut saisir l’essence de l’autrice sans la lire.

Étant conscient de cela, Timothy Greenfield-Sanders a décidé de mettre son sujet de l’avant sans prendre le risque de diluer sa personnalité ou sa verve. Issu du monde de la photographie, le réalisateur s’en inspire pour le traitement de son film. Pas de narration ni de commentaire autre que la conversation de Toni Morrison adressée à la caméra. On ne quitte l’autrice que pour des images d’archives, des inserts d’art visuel ou des réflexions qu’entretiennent ses pairs à son endroit (nommons entre autres Oprah Winfrey, Angela Davis, Russell Banks, Fran Lebowitz), dont les interventions sont dirigées hors cadre, réservant l’effet de contact avec le spectateur à Morrison uniquement.

Dans le même esprit que ses documentaires précédents (The Trans List, The Black List, The Latino List ou The Out List), le portrait dressé par Greenfield-Sanders explore davantage les accomplissements de Morrison en parallèle avec l’histoire afro-américaine plutôt que de se limiter à sa relation avec la création. Ainsi, alors qu’elle nous parle de son amour naissant pour les mots et la découverte de leur pouvoir, elle nous rappelle que ses grands-parents n’avaient pas la permission d’apprendre à lire. Lorsqu’elle nous parle des auteurs qui l’ont inspirée à écrire, elle souligne le fait que beaucoup d’auteurs noirs écrivent en fonction d’un lectorat blanc. C’est de ce regard masculin blanc qu’elle devait s’affranchir afin d’être véritablement libre d’écrire ce qu’elle aurait voulu lire, c’est-à-dire une prose qui cherche à s’attaquer au schème narratif socialement accepté.

Greenfield-Sanders met également de l’avant le travail d’édition accompli par Morrison, notamment afin de donner une voix à de nouveaux auteurs afro-américains qui bâtiraient un corpus moderne traduisant des changements de l’époque, sorte de contribution littéraire au mouvement Black Power qui s’élevait alors.

Le portrait de Toni Morrison soulève bien des questions sociales qui mériteraient toutes un documentaire en soi. Sensible, le film dresse le portrait d’une battante certes, mais également d’une condition à laquelle la société l’aurait confinée si elle n’avait pas su faire face aux obstacles visibles et invisibles placés sur son chemin. Avec The Pieces I Am, Timothy Greenfield-Sanders offre un hommage à Toni Morrison tout en proposant une liste des ouvrages qu’il faudrait lire ou connaître pour être un minimum woke et s’assurer que le monde continue de se tourner vers l’équité et l’égalité.

En salle le 12 juillet

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