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FANTASIA 2019 – The Art of Self-Defense : pour une nouvelle masculinité
Cinéma

FANTASIA 2019 – The Art of Self-Defense : pour une nouvelle masculinité

Dans un univers majoritairement constitué de brun, de gris et de beige, Casey (Jesse Eisenberg), chétif petit comptable solitaire, ne peut échapper à une journée sans se voir intimider d’une façon ou d’une autre, passant près d’y laisser sa vie. À la suite d’efforts pour changer sa place dans la chaîne alimentaire, voilà qu’il fera la rencontre d’un sensei à la philosophie inspirante (Alessandro Nivola). Au fil de son implication dans le dojo et à mesure que sa confiance en lui est transformée, il devra réfléchir au prix qu’il convient de payer afin de faire partie des mâles alpha.

The Art of Self-Defense de Riley Stearns est un film cru, voire cruel. Quelques plans graphiques troubleront peut-être les plus sensibles, mais c’est surtout le cynisme peu égalé du propos qui laisse sa marque. Devant une Amérique se réfugiant de plus en plus dans la violence pour préserver son étrange vision de la liberté de l’individu, ce film offre un commentaire peu tendre sur la stérilité d’une société qui serait construite en fonction de la loi de la jungle, tout en critiquant sévèrement la masculinité toxique.

Bien sûr, le film est sombre, mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une comédie. L’humour réside dans les dialogues davantage que les situations, avec une écriture naïve qui traduit presque sans filtre le processus de réflexion des personnages, saupoudrant de la légèreté sur un propos dramatique.

Bien que la réalisation soit juste et sobre, Stearns tombe tout de même dans quelques pièges annonçant les choses à venir. Par contre, la confiance qu’il a en ses acteurs s’avère payante. Jesse Eisenberg, s’il ne se réinvente pas, est toutefois égal à lui-même. Imogen Poots fait un travail remarquable dans son incarnation du seul personnage féminin de la distribution, lui donnant tout le relief et la profondeur nécessaires qui l’empêchent de devenir un archétype. Alessandro Nivola, quant à lui, disparaît complètement derrière ce personnage attachant et détestable, emblème de virilité et gourou belliqueux. Au fil des propositions que l’acteur enchaîne depuis le début de sa carrière, la polyvalence de son talent semble se décupler et il collectionne les collaborations avec les réalisateurs de renom (Sally Potter, Atom Egoyan, David O. Russell).

Mais ceux qui auront trouvé que la solitude et la violence dépeintes dans le film sont à la limite du supportable seront rassurés par la lumière et l’espoir portés par sa conclusion. À son étrange manière, The Art of Self-Defense est un film féministe qui n’hésite pas à nommer les malaises liés au culte de la force et de la puissance.

À l’affiche dès le 19 juillet

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