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Once Upon a Time… in Hollywood: Métavengeance
Cinéma

Once Upon a Time… in Hollywood: Métavengeance

On retrouve dans le neuvième titre de Quentin Tarantino tout ce qui fait le succès de son travail; une facture soignée (magnifiquement photographiée par Robert Richardson), un humour noir, des dialogues savoureux, des personnages amalgamant archétypes et complexité, une trame sonore digne des meilleurs DJs. Maître postmoderne de l’intertextualité cinématographique, voilà qu’il peut maintenant parsemer ses films de références et de clins d’œil à sa propre œuvre, ce qui ravira à la fois le spectateur cinéphile et le fan incontestable du réalisateur américain.

Au premier abord, Once Upon a Time… in Hollywood n’est rien d’autre qu’une touchante histoire d’amitié. Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) est un acteur ayant connu ses années de gloire à la télévision dans les années 1950, mais qui voit ses tentatives de transition vers le grand écran infructueuses. Son cascadeur, Cliff Booth (Brad Pitt) – peut-être une référence à Donald Shea, victime moins connue de la famille Manson – souffre d’une réputation controversée, et se contente d’être le chauffeur, l’assistant, le faire-valoir de Rick. Nous assistons donc à leurs tribulations afin de comprendre et accepter les changements bouleversant Hollywood, endroit qui leur avait pourtant apporté tant de succès. La chimie entre les deux acteurs se cristallise pour rendre leur lien viril et complexe tout à fait crédible, alors qu’ils sont dépassés par le changement d’époque. Et quoi de mieux pour exprimer cette transformation que de se pencher sur les frasques de la «Manson Family».

Alors que nous sommes à quelques jours du 50e anniversaire des meurtres de Cielo Drive, il aurait été facile de reprendre cette histoire pour en tirer une exploitation vulgaire. Or, on sent que la volonté du réalisateur est de redonner à Sharon Tate (une très pure Margot Robbie) une aura “ordinaire” qui la dissocierait de son destin tragique. On la voit donc évoluer avec candeur, vaquer à ses occupations quotidiennes, allant jusqu’à créer une fort touchante scène où elle se rend à la projection de The Wrecking Crew (1968), permettant à tous de la revoir travailler et de se recueillir une nouvelle fois devant la tristesse de ce qui l’attend. Tarantino compte ici sur le fait que le public connaît suffisamment de choses sur les événements meurtriers pour donner une résonnance à ce qui semblerait, pour un spectateur non averti, à un personnage sans courbe dramatique. D’une certaine façon, les personnages connus ne sont là que pour donner encore plus de relief au contexte historique, et la mise en parallèle des trames narratives de Sharon Tate, de Rick Dalton et de Cliff Booth, donne un portrait assez cruel de la vie à Tinseltown.

Sans dévoiler les surprises du troisième acte, on peut tout de même dire que Tarantino se sert enfin de son talent pour faire entrer un peu de lumière dans une filmographie qui tend, la plupart du temps, vers le nihilisme. Bien sûr, il devient difficile de comparer Tarantino à Tarantino, et chaque appréciateur possèdera son propre top 5, mais Once Upon a Time… in Hollywood est une œuvre émouvante qui s’inscrit sans mal au panthéon des grands films existentialistes.

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