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Jeune Juliette : quelques souvenirs de ma jeunesse
Cinéma

Jeune Juliette : quelques souvenirs de ma jeunesse

Parfait pour l’été, le film Jeune Juliette est une fantaisie attachante et cocasse de la cinéaste Anne Émond, qui présente une héroïne sortant de l’ordinaire.

Le cinéma québécois commence à se spécialiser en récits d’apprentissage adolescents, sujet universel s’il en est un. Seulement dans les deux dernières années, on a eu droit à Une colonie, Genèse, Avant qu’on explose, La chute de Sparte et La disparition des lucioles.

«Mais Jeune Juliette est différent, plaide Anne Émond, rencontrée dans un restaurant montréalais. Mes personnages sont vraiment au tout début de l’adolescence. C’est un film sur la sortie de l’enfance, ce qu’on voit plus rarement. Il y a une perte des illusions, une prise de conscience.»

C’est ce qui arrive à Juliette (Alexane Jamieson), qui découvre que les gens autour d’elle se moquent de son embonpoint. Mais au lieu de baisser la tête, elle contre-attaque. «J’ai un peu réécrit mon histoire, admet la cinéaste. C’est ça que permet le cinéma. Juliette se défend, elle a de la gueule et de la personnalité. C’est ce que j’aurais voulu être à 14 ans, mais j’étais trop pognée.»

Une façon qu’elle a de garder le moral est de fabuler son existence, en s’écrivant notamment des lettres d’amour. «Je ne pensais pas le dire en entrevue, mais je l’ai déjà fait, lance en rigolant la metteure en scène. J’ai retrouvé des lettres et je ressens une honte. En même temps, c’est vraiment beau. Les gars ne trippaient vraiment pas sur moi, mais je vivais des choses. L’émotion était là. Même si c’est une histoire d’amour qui n’est pas partagée, c’est une vraie histoire d’amour pareil.»

La tête dans les nuages et les deux pieds sur terre. C’est la meilleure façon de décrire ce film pop aux couleurs acidulées, au montage rythmé et aux formes éclatées, peuplé de personnages exubérants et de répliques pince-sans-rire. Le jour et la nuit avec les précédentes créations de son auteure, que ce soit Nuit #1, Les êtres chers et Nelly.

«Ça m’a fait du bien, avoue la principale intéressée. Je pense que j’en avais besoin. Mes premiers films étaient vraiment sombres. Même si c’est de la fiction, tu es plongée dedans. Nelly, j’ai failli… pas y laisser ma peau parce que c’est dramatique, mais ça m’a atteint de passer autant de temps dans ce milieu-là.»

Pas question pour autant que ces instants de légèreté riment avec un quelconque dérivé d’À vos marques… party!. Le long métrage se retrouve plus près de L’effrontée de Claude Miller, en mode ludique, ce qui n’empêche pas la vérité de triompher, comme ces scènes de vulnérabilité où la protagoniste se demande si quelqu’un va l’aimer un jour.

«C’est un véritable film d’auteur, clame sa scénariste. Ça serait fou que des gens commencent à s’intéresser à des comédies d’auteur, qu’il y en ait une qui pogne où il n’y a pas Louis-José Houde dedans…»

Clairement influencé par les années 1980 – «en écrivant, j’ai tout réécouté, les Karate Kid, Breakfast Club, Dirty Dancing, avec beaucoup de plaisir» – et ayant un style unique, Jeune Juliette se déroule à notre époque, mais aucun accent n’a été mis sur les technologies. Pour Anne Émond, il était important de ne pas dater son film.

«Je pense que les vraies grandes émotions que tu vis à 14 ans, comme te faire rejeter par ta meilleure amie ou ne pas te faire aimer par le gars que t’aimes, ce sont les mêmes émotions, avec ou sans téléphone cellulaire, rappelle la cinéaste. On vit des émotions humaines, en 1980 ou en 2020. J’ose espérer qu’on n’est pas encore complètement des cyborgs.»

À l’affiche le 9 août

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