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Joker : Le temps des bouffons
Cinéma

Joker : Le temps des bouffons

Marvel peut aller se rhabiller. La meilleure production de superhéros des dernières années s’appelle Joker.

Il faut remonter jusqu’au Dark Knight de Christopher Nolan pour trouver un long métrage de DC Comics aussi réussi que cet antépisode sur le Némésis de Batman. Dès les premiers rires sardoniques de ce clown qui ferait peur à Pennywise de It, on oublie instantanément ses précédents et excellentes interprètes qu’étaient Jack Nicholson et Heath Ledger. Joaquin Phoenix ne fait qu’un avec le Joker, le rendant émouvant dans sa déchéance et effrayant dans sa folie, jusqu’à livrer d’époustouflants pas de danse. Il n’y a que cet immense acteur – certainement le meilleur de sa génération – qui aurait pu perdre 52 livres afin d’arborer ce rôle emblématique qui lui colle assurément à la peau.

Sa performance plus grande que nature ne fait toutefois pas d’ombre au film. Joker a remporté le Lion d’or à Venise à la surprise générale et ce n’est pas par hasard. Le réalisateur et scénarise Todd Phillips a évité la plupart des pièges des oeuvres des origines, se tenant loin de l’action gratuite pour se concentrer sur la psychologie de son antihéros troublé qui a de plus en plus de difficulté à séparer la réalité de ses fantasmes. Ici, il rend hommage à One Flew Over the Cuckoo’s Nest, plus loin à Requiem for a Dream, puis enfin à Charlie Chaplin. Un véritable exploit pour celui qui est surtout connu pour sa trilogie The Hangover.

Sa plus grande réussite est d’avoir transformé son protagoniste en être aliéné par une société qui l’ignore et le conspue. Un peu plus et on se croirait dans Taxi Driver ou The King of Comedy de Martin Scorsese. Devant tant d’humiliations, cet individu déjà malade utilise la violence pour se libérer, devenant le symbole d’une civilisation au bord du gouffre où les oubliés vivent dans l’ombre des plus nantis. Un discours sombre, complexe, ambigu et tragique pour un opus qui l’est tout autant, réglé comme le tic-tac d’une bombe dont la tension va à crescendo jusqu’à une explosion qui n’épargnera rien ni personne. Dommage que la conclusion, trop politically correct, ne soit pas à la hauteur. Un petit bémol pour un des grands films de 2019.

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