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Parasite : Vivre dans l'ombre
Cinéma

Parasite : Vivre dans l’ombre

Les Palmes d’Or se suivent et se ressemblent. Les plus récents films primés se concentrent sur des familles asiatiques pauvres et dysfonctionnelles qui réussissent à se dresser devant l’adversité en demeurant unis. Là s’arrêtent toutefois les comparaisons entre le doux-amer Shoplifters d’Hirokazu Kore-eda et le beaucoup plus acidulé Parasite de Bong Joon-ho.

Fidèle à ses habitudes, le créateur de Memories of Murder et The Host marie les genres les plus opposés avec une rare maestria, débutant son long métrage dans la comédie noire corrosive et grotesque avant de laisser monter la tension, faisant exploser une violence incommensurable, avant de finir tout en émotion.

Il s’agit d’un captivant tour de force pour un cinéaste en pleine possession de ses moyens dont la mise en scène riche et généreuse, perpétuellement en mouvance, rend l’ensemble pleinement accessible et divertissant. Son élaboration est si méticuleuse, raffinée et intelligente qu’on ne la remarque tout simplement pas, à l’image de cette immense demeure de rêves qui recèle son lot de secrets.

Comme son Snowpiercer, la construction géographique de l’espace sépare les classes sociales, alors que les plus basses s’en prennent volontairement aux plus hautes tels les parasites du titre. La lutte de pouvoir est absolue, se métamorphosant en séances de contrôle psychologique entre individus tous plus manipulateurs les uns que les autres. Chacun joue à un jeu pour accéder à ses fins, déclinant momentanément le réel pour faire le plein de liberté salvatrice. Les ombres de Clouzot, de Chabrol et de Losey planent, prêtes à s’abattre comme une épée de Damoclès.

Voilà donc une cynique satire schizophrénique comme son époque et sa Corée divisée en deux, incapable de cohabiter tant les inégalités sont profondes. Même s’il n’y a aucun réel méchant dans l’histoire et que la sphère familiale possède généralement les minutions pour résister aux intempéries, les circonstances sont trop troubles et les plaies trop vives pour empêcher le sang de couler.

Plus subtil que Okja et plus amusant que tout ce qu’il a pu faire auparavant, Bong Joon-ho signe avec Parasite son meilleur film depuis Mother (2009). Une oeuvre d’art féroce, brillante et décapante, d’une virtuosité inouïe, qui n’a pas volé sa Palme d’Or et qui se retrouvera bien haut dans notre palmarès de fin d’année. Ce serait fou d’y résister.

Présenté le 17 octobre au Festival du nouveau cinéma. À l’affiche le 25 octobre.

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