Ne manquez rien avec l’infolettre.
The Laundromat de Steven Soderbergh : Didactique punk
Cinéma

The Laundromat de Steven Soderbergh : Didactique punk

Steven Soderbergh possède plus d’un visage. D’un film à l’autre, il est difficile d’anticiper celui qu’il décidera d’arborer entre le réalisateur politique qui met de l’avant les David contre Goliath de ce monde (Traffic (2000), Erin Brockovich (2000)), le cinéaste cinéphile qui explore la forme afin de mieux servir le fond (Full Frontal (2002), The Good German (2006), Unsane (2018)) ou le conteur qui sait tirer profit de la symbolique américaine (Out of Sight (1998), Ocean’s Eleven (2001)). Avec The Laundromat, on se retrouve à cheval entre quelques-unes de ces personnalités qui s’amalgament de façon à former un fort charmant, bien qu’imparfait, chaos.

Le film est une adaptation du livre de Jake Bernstein Secrecy World: Inside the Panama Papers Investigation of Illicit Money Networks and the Global Elite. Comme son nom le suggère, il s’agit d’un sujet vaste et complexe et en faire un objet cinématographique à l’extérieur du documentaire comporte son lot de défis. Le premier: en rendre le propos narrativement stimulant. Pour ce faire, Soderbergh renoue avec le scénariste Scott Z. Burns (The Informant! (2009), Contagion (2011), Side Effects (2013)) pour créer une série de vignettes dressant un portrait de l’étendue de la portée de la combine. Ces vignettes sont interrompues par les interventions des avocats responsables de la machination, Jürgen Mossack et Ramón Fonseca (Gary Oldman et Antonio Banderas), qui expliquent directement aux spectateurs, à l’aide de chapitres, les principes de base sur lesquels repose le système. Cette abolition répétée du quatrième mur, même si amusante, fini par empêcher le spectateur de s’identifier émotivement aux personnages, tellement sa participation est forcée. Le côté pamphlétaire s’intensifie au fil des minutes pour se terminer avec le commentaire social assumé des créateurs, ce qui pourrait en irriter certains.

L’autre défaut du film réside dans sa distribution. Robert Patrick, David Schwimmer, Will Forte, Sharon Stone, Jeffrey Wright, James Cromwell et Meryl Streep occupent chacun de petits rôles, mais leurs gros noms et leurs personas donnent à l’ensemble une aura chargée qu’il est difficile de s’expliquer alors qu’ils sont sous-utilisés. De la même façon, le star système nous donne l’impression, lors des premières scènes de Meryl Streep, que son personnage sera, en quelque sorte, la Erin Brockovich de l’histoire, alors que son arc se termine à mi-parcours. Comme s’il était déçu de voir sa collaboration se terminer, Soderbergh lui fait jouer, sous une perruque et des prothèses, une employée latino-américaine qui s’insurge du manque de scrupule de ses patrons. On comprend que c’est une façon d’illustrer l’anonymat du fameux John Doe (à l’origine de la fuite des Panama Papers) où son identité pourrait être celle de n’importe qui, mais à l’heure où le discours sur la diversité et l’égalité au cinéma est de mise, ce choix devient contestable.

Ceci dit, malgré le potentiel aride du matériel, le réalisateur réussit à insuffler un certain ludisme à la mise en scène. Le style, de par la photo et de par le montage (tous deux signés Soderbergh), oscille entre sobriété et glitter pour cadrer les gens ordinaires ou les maîtres de jeu. 

The Laundromat est certainement un film important, au message nécessaire, mais il prend sa mission de sonneur de cloche tellement au sérieux que son côté pédagogue, si bienveillant soit-il, gâche un peu la sauce. Cependant, il est rafraîchissant de voir le réalisateur revenir à son essence de façon aussi impénitente.

En salle à Montréal et en ligne sur Netflix dès maintenant

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie