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Les fleurs oubliées : Au nom du père et du fils
Cinéma

Les fleurs oubliées : Au nom du père et du fils

Espoir, famille et transmission sont à l’honneur dans Les fleurs oubliées, l’inclassable nouveau délire qu’André Forcier a réalisé avec son fils.

Il n’y a rien qui ressemble à un film d’André Forcier. Le Fellini québécois se surpasse en ravivant le fantôme du Frère Marie-Victorin au sein de cette hilarante satire sociale et poétique où il faut sauver la planète en repensant une agriculture plus équitable. Le tout est agrémenté de flashs psychédéliques qui s’apparentent à un véritable trip de drogue.

«Ce n’est pas le LSD de ta jeunesse, papa?», lance en entrevue le coréalisateur François Pinet-Forcier.

«Non, je n’ai pas pris de LSD, affirme le plus sérieusement du monde son paternel. Je ne fumais même pas de pot parce que je suis asthmatique. On a privilégié un certain esthétisme. On ne voulait pas aborder de façon frontale ou théorique ce sujet-là. On voulait que ça soit allégorique, parce que le film est rough, on tue du monde là-dedans.»

C’est la première fois que le créateur des illustres Au clair de la lune et L’eau chaude l’eau frette concocte un long métrage en famille. Son épouse et productrice a également participé au scénario, en compagnie de ses deux enfants, d’un cousin…

Père: Ça allège un peu la job! Surtout qu’on avait une belle complicité. Je voulais impliquer mes enfants, mes proches au max dans ce film-là, parce que je ne suis plus jeune.

Fils: Quand mon père me l’a proposé, c’était vraiment…

Père: Je ne t’ai rien proposé. C’est ta mère…

Fils: C’est ma mère qui te l’a dit et toi tu es venu me voir. 

Père: Non, non. Ta mère m’a dit: «Tu peux écrire un autre projet, mais cette fois-ci, il faut que tu embauches tes gars».

Fils: Et toi tu es venu me voir en me disant (il prend une grosse voix bourrue): «Hey, ça te tentes-tu qu’on écrive ensemble?» et j’ai dit: «Mais oui, c’est comme un voyage de pêche». Ton univers, toute ta vie, c’est tes films. Quand j’embarque là-dedans, c’est comme embarquer dans cette partie-là de ta vie où j’étais juste spectateur. C’est le fun pour moi comme relation père-fils. Moi mon père n’est pas électricien, il fait des vues. Je suis content d’avoir fait une vue avec toi.

Ici, le mot «ensemble» prend tout son sens, comme ces individus d’origines différentes qui se serrent les coudes dans les oeuvres d’André Forcier depuis plus de cinq décennies. Notamment ces acteurs de générations diverses – Roy Dupuis, Gaston Lepage, Juliette Gosselin, Émile Schneider, Mylène Mackay – qui sont toujours fidèles de projet en projet.

Fils: Les fleurs oubliées est tellement riche en personnages, que ce soit les punks, les travailleurs mexicains. Ces communautés-là se créent ainsi une autre famille alternative. Pour moi, l’espoir passe par la communauté, par un groupe de personnes qui ont un destin commun, qui passent le flambeau et continuent la lutte. Je pense qu’il faut créer des oeuvres qui donnent de l’espoir, parce que l’espoir est au compte-goutte dans le monde dans lequel on vit.

Père: Je le laisse aller et c’est beau. C’est ça avoir un complice. Je n’ai rien à dire de plus.

Et que serait un opus de l’homme derrière Je me souviens et Coteau rouge sans son fameux réalisme magique? Même s’il s’agit de son 15e long métrage, le feu sacré brûle toujours autant.

Père: J’ai une gang de capotés autour de moi qui m’aident à le garder vivant. La pomme ne tombe jamais bien loin du panier.

Fils: C’est une erreur de distancier l’oeuvre et la personne. Il n’y a pas de pont. C’est la même affaire. On a fini ce film et on le suit déjà dans une autre histoire. C’est ça l’artiste dans la vie… même si mon père ne va jamais dire qu’il est un artiste. Pour moi, un artiste, c’est quelqu’un qui est complètement habité par la création.

Père: Non, je ne suis pas habité par la création. Je suis habité par mes fantômes. Mes personnages me hantent et je rêve à eux. 

Fils: C’est ça, tu écris des films 24 heures sur 24. 

Père: Non, je ne les écris pas, je suis inspiré. Dieu m’a jeté un sort.

À l’affiche le 25 octobre

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