Ne manquez rien avec l’infolettre.
Les misérables à Cinemania : rêves de jeunesse
Cinéma

Les misérables à Cinemania : rêves de jeunesse

De tous les films présentés à Cinemania cette année, celui qui suscitera sans aucun doute le plus de réactions fortes sera Les misérables.

En apparence, ce premier long métrage de fiction de Ladj Ly s’apparente davantage à l’opus culte La haine – qui soufflera l’année prochaine son 25e anniversaire – qu’au classique de Victor Hugo, alors qu’une bavure policière met le feu aux poudres d’une cité. «Mais le film a été volontairement tourné à Montfermeil, là où Victor Hugo a rencontré les Thénardier et s’est inspiré pour écrire son livre, évoque Damien Bonnard en entrevue, qui incarne un policier dépassé par les événements. L’idée du titre, c’est que tout le monde était dans la même misère, dans les mêmes problématiques.»

L’interprète, que beaucoup ont découvert dans Rester vertical d’Alain Guiraudie (il a été en nomination en 2017 pour le César du meilleur espoir masculin), prend une pause et sort son cellulaire, cherchant une citation tout indiquée du romancier. «La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté sont des champs de bataille qui ont leurs héros; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres.»

Ces héros représentent la jeunesse, oubliée des adultes et prisonnière du béton. «Et pas seulement celle des banlieues, relève le comédien français. C’est tous les endroits où on est abandonné, où on n’est pas libre, où on n’a pas la vie qu’on pouvait avoir.»

Dénué d’espoir, l’avenir semble sombre, ce qui peut amener des contestations violentes, à l’instar de celles qui explosent et qui marquent les esprits à la fin de ce film coup-de-poing. «On n’encourage plus les gens à rêver, note celui qui a grandi principalement à la campagne. J’ai quitté l’école très tôt, à 16 ans, car j’aurais eu envie qu’on me dise: “Si tu veux être archéologue, tu le peux”.»

Damien Bonnard a ainsi erré avant de se tourner vers le jeu, se retrouvant même au Nouveau-Brunswick avec un ami acadien à récolter des têtes de violon! Puis il y a eu des participations à des œuvres de Bertrand Blier et Christopher Nolan (Dunkirk), une collaboration au sein des deux dernières créations – inédites au Québec – de Roman Polanski et un rôle important dans le jubilatoire En liberté! de Pierre Salvadori. Seulement cette année à Cinemania, on pourra également le voir dans Curiosa et Le chant du loup. L’année prochaine, ce sera au sein des plus récents efforts d’Anne Fontaine, Dominik Moll et Wes Anderson.

«J’ai commencé à être acteur tard dans la vie et je n’ai pas pu faire de conservatoire car j’étais trop vieux, confie l’homme de 41 ans. J’étais tellement heureux qu’après ce film, Ladj ait ouvert à Montfermeil une école de cinéma qui est gratuite, sans limite d’âge et sans condition de diplômes, ce qui n’existe pas ailleurs.» Une façon de redonner à la collectivité, à ces centaines de personnes qui ont œuvré sur ce projet et qui ont pu se voir représentées à l’écran. Un rêve devenu possible. Qui s’est transformé en conte de fées, alors que Les misérables a remporté le prix du jury à Cannes et a été sélectionné pour représenter la France aux Oscars.

«Je pense que le film est sorti au bon moment, explique son personnage principal. En cette période de gilets jaunes, de résistance et de révolte. Il y a plein de violence sous toutes ses formes. Tout est fait pour qu’on s’intéresse le moins possible à l’autre. La charge est trop lourde pour soi, alors si en plus il faut regarder la souffrance des autres… Ce film parle de ça, qu’il faut arrêter d’être que sur soi et voir le monde qui nous entoure.»

Le 9 novembre à 20h30 à la Cinémathèque québécoise et le 10 novembre à 14h15 à la Cinémathèque québécoise dans le cadre de Cinemania

Le film prendra l’affiche en janvier 2020

 

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie