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Elisa aux mains d'argent
#Dossier

Elisa aux mains d’argent

Pour souligner l’anniversaire de sa marque de vêtements, Elisa C. Rossow a organisé un joli projet: photographier dix femmes représentant Montréal, pour honorer ses collections mais aussi célébrer la ville.

Béatrice Martin, alias Cœur de Pirate, la coprésidente du Groupe Germain Christiane Germain, la mannequin et DJ Ève Salvail, l’illustratrice Gabrielle Laïla Tittley, les actrices Karine Vanasse et Magalie Lépine-Blondeau, l’entrepreneure en esthétique Jennifer Brodeur, l’humoriste Mariana Mazza, la journaliste Marie-Joëlle Parent, la maquilleuse et coiffeuse Maïna Militza. Elles se sont toutes fait tirer le portrait par le photographe Maxyme G. Delisle, dans le cadre du projet Dix ans x Dix femmes. 2018 marque en effet les dix ans d’immigration d’Elisa C-Rossow, mais aussi la dixième année d’existence de son entreprise de vêtements éponyme. Il fallait marquer le coup. «Mais ça ne me ressemble pas de faire un défilé, un truc fashion… Ça fait des années que j’en ai pas fait. Pour moi, c’est juste une montagne de stress, confie la Française. J’ai pas besoin de ce côté show; mon show, c’est quand j’ai une cliente devant le miroir et que je lui fais une robe sur-mesure.»

Elisa a donc cette idée de shooting photo, une façon de souligner les valeurs de la marque. Une façon également de faire parler d’elle, pour cette «artisane du vêtement» peu connue du grand public, qu’on ne voit pas dans les défilés de mode et qui reste peu accessible en raison des prix élevés (près de 1500$ le manteau). «Je voulais aussi remercier le Québec et tout ce que ça m’a apporté, ajoute la créatrice. Ça fait dix ans que je suis à Montréal et que je ne veux plus en repartir. Les gens d’ici m’ont accueillie, m’achètent…» Parmi les valeurs de sa marque, elle veut souligner le fait qu’elle habille tout le monde, de la plus petite à la plus grande, de la plus maigre à la plus rondelette. Elle a donc choisi dix femmes au Québec qu’elle trouve «particulièrement hots», venant de milieux différents, avec des morphologies variées et dans une fourchette d’âge allant de 28 à 63 ans. Quelques-unes sont déjà ses clientes, mais pas toutes.

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Mariana Mazza
Karine Vanasse (photos Maxyme G. Delisle)
Karine Vanasse

La difficulté, ç’a finalement été de trouver une date convenant à ces femmes parmi les plus occupées en ville. Le jour J – Béatrice Martin prenait quand même un avion le soir même pour Paris –, chacune a choisi un vêtement dans les collections d’Elisa. «Je ne voulais pas que les photos soient identiques, c’est pas un catalogue de mode. Les photos sont adaptées à la personnalité de chacune, assure la jeune femme. Maxyme avait déjà travaillé avec certaines d’entre elles, il a donc facilement su les mettre à l’aise. Certaines ne se connaissaient pas encore, elles se croisaient entre les photos, il y avait une énergie vraiment le fun dans le studio…» Sur le résultat final, les vêtements sont parfois à peine visibles. Mais l’identité de la marque est bien reconnaissable: esthétique minimaliste, absence de couleurs, allure classique et contemporaine à la fois. À l’image de la designer elle-même, petite brune à l’allure sobre.

La dame en noir

Déjà, alors qu’elle étudie en nouvelle couture à Paris, Elisa se sent loin de l’univers «fashion». Elle travaille plutôt le vêtement comme une sculpture autour d’un corps. Des souvenirs qui la font rire: «Mes premières collections à l’école étaient complètement flyées!» Elle immigre à Montréal en mars 2008; à l’époque, sans contact et sans avoir étudié ici, elle n’aurait jamais pensé avoir sa marque avant au moins dix ans, et se dit qu’elle va d’abord devoir travailler pour quelqu’un d’autre. «Mais c’est difficile de trouver une compagnie fashion qui veut pas faire du fashion… Puis, je me suis vite rendu compte qu’à Montréal, on pouvait vivre de son art.» Trois mois plus tard, elle commence sa première collection. Elisa veut créer de l’intemporel – l’opposé du «fashion». Pour faire un vêtement intemporel mais qui reste au goût du jour, elle décide de travailler sans couleurs, mais uniquement avec des valeurs (noir, blanc, gris). «Coco Chanel portait du noir en 1920, et on en portera encore dans 50 ans!» Une palette qu’elle porte d’ailleurs sur elle au quotidien – un journaliste l’avait d’ailleurs surnommée «The Lady in black».

Maïna Militza
Maïna Militza
Ève Salvail
Ève Salvail

Avec l’intemporalité comme pilier, elle choisit des tissus haut de gamme qui durent plus longtemps, et travaille des finitions qui tiennent. Côté modèle, elle mise sur les valeurs sûres en réinventant les classiques d’une garde-robe féminine chaque saison: robe noire, manteau, veste, jupe tailleur… Mais pour que la pièce ne soit pas ennuyeuse, il s’agit de trouver l’équilibre entre une coupe classique et les twists qui font qu’elle aura encore sa place dans dix ans. Ses collections ne proposent qu’une douzaine de morceaux chaque saison. «Je suis minimaliste, dans ma vie comme dans mon travail, affirme Elisa. Je préfère avoir un manteau parfait et n’en avoir qu’un.» Et si pendant ses premières années ses clientes avaient 35 ans et plus, prix oblige, elle a vu cela changer avec la tendance de consommer moins mais mieux: «Cette jeune femme de 28 ans qui a économisé pour s’acheter un manteau d’hiver chez moi, ça me touche tellement! De plus en plus de jeunes comprennent le concept d’investir dans un beau morceau de vêtement qui dure, et ça, c’est une victoire pour moi.»

Elisa affirme sa marque et son image au fil du temps, comme sa signature – une main brandissant une paire de ciseaux vintage. Il y a quatre ans, Simons lui passe une première commande. Un client devenu depuis régulier, qui lui permet d’embaucher une employée pour l’aider à la fabrication des quelque 350 pièces qui sortent chaque saison de son atelier montréalais. Aujourd’hui, 70% de la production d’Elisa est destinée aux boutiques. Elle consacre le reste de son temps au sur-mesure, travaillant ses ciseaux dans son atelier en noir et blanc. «Maintenant, à 32 ans, j’ai le luxe de refuser des choses qui me plaisent moins», affirme-t-elle fièrement. En attendant, elle garde profil bas, fêtant ses dix ans en affichant ces dix portraits de femmes dans son atelier et sur son site. «Je me suis jamais imaginé grossir plus la business, avoir 50 employés et passer mon temps derrière un bureau à dessiner. Ma taille d’entreprise va avec mes valeurs de vie et ce que je veux partager à travers mes vêtements…»