Ne manquez rien avec l’infolettre quotidienne.
L'art à la portée de tous
#Dossier

L’art à la portée de tous

Il n’est pas rare de voir les grandes artères de Montréal, ses ruelles ou parcs se transformer en lieu de diffusion artistique. C’est le cas de la rue Sainte-Catherine qui accueille son lot d’initiatives artistiques multidisciplinaires. La mission première? Aller à la rencontre du citoyen urbain. 

Elle n’a pas eu la vie facile la rue Sainte-Catherine, ces dernières années. Si on y voit plus souvent des grues, des cônes orange et des marteaux-piqueurs, elle n’a pourtant pas dit son dernier mot. Du moins, les organisations culturelles qui investissent l’artère année après année n’ont pas dit le leur. Toujours avec une mission de rendre l’art accessible, proche de tous.

Si l’on remonte vers le Quartier Latin, la dixième édition du festival Montréal Complètement Cirque bat son plein. Depuis sa création, l’événement offre les Minutes Complètement Cirque, animé du désir d’envahir l’espace public et de se nicher dans l’architecture urbaine.

Aujourd’hui, en plus de ces petits arrêts emblématiques, le volet extérieur a pris du galon et surtout de l’expansion. On y retrouve des activités et performances dans plusieurs quartiers montréalais, et même à Longueuil.  Dans le lot, les passants pourront découvrir Candide aux Jardins Gamelins, une création originale mettant en scène 32 acrobates.

«Je crois que la rue est le meilleur endroit pour faire connaître l’art sous toutes ses formes, déclare Amélie Moncelet, responsable de la programmation extérieure. Il n’y a pas de risque pour le public, ils n’ont pas à débourser d’argent, ils peuvent partir quand ils veulent. Je n’aime pas ce mot, mais c’est de la consommation complètement libre. C’est bien, car ça permet de prendre des risques de notre côté, de présenter des choses qui peuvent être plus pointues ou contemporaines.»

Une histoire de proximité

Pour Stéphane Mabilais, directeur général du festival MTL en Arts, c’est le contact immédiat et les rétroactions spontanées qui caractérisent et avantagent l’évènement centré sur les arts visuels, dont la 20e édition a eu lieu du 26 juin au 2 juillet dernier. Il s’agit de l’une des toutes premières initiatives nées dans le quartier avec cette volonté d’amener l’art dans la rue.

«On rejoint un public assez large et l’objectif est aussi de démocratiser l’art visuel, de rendre l’art accessible à tous, explique-t-il. Les passants ont un contact direct avec l’artiste, ce qui permet d’échanger. Et aussi de créer, car on a plusieurs volets participatifs.» Le festival fait partie de la famille Aires libres, la piétonnisation culturelle du Village.

Revitalisation de l’espace urbain

Organiser ce genre d’événements dans l’espace public vient avec son lot d’enjeux. Chaque quartier évolue dans un contexte socio-économique propre. «C’est une place [Les Jardins Gamelins] difficile à habiter du fait de son architecture et aussi par la faune qui habite le lieu, indique Amélie Moncelet. Il y a beaucoup d’itinérance et de criminalité. On a dû à apprendre à vivre avec cette réalité.»

Stéphane Mabilais abonde dans le sens de ses observations. L’artère Sainte-Catherine a ses défauts et ses restrictions. Pourtant, la demande est toujours là, assure-t-il: «C’est un quartier qui bouge, l’événement se passe ici depuis vingt ans et les artistes sont là.»

Sur la même rue, mais dans le tronçon du centre-ville, Vitrine sur l’Art remplit aussi cette mission de revitalisation, mais cette fois-ci de vitrines d’espaces vacants. Cette année encore, ces galeries temporaires présentes des œuvres sous la thématique Manipulations. Un véritable dialogue se crée entre l’art contemporain et le public potentiel qui transite par le centre-ville. La différence avec MTL en Arts, galerie d’art géante, est l’absence des artistes.

Se nourrir d’art

Ces rencontres entre artistes et passants, connaisseurs ou amateurs, sont extrêmement enrichissantes pour Amélie Moncelet. Ces échanges suscitent des questionnements, des réflexions et bouleversent les acquis: «Pour moi, l’essentiel, c’est de surprendre les gens dans leur quotidien, de poétiser leur vie. De voir quelque chose qui peut nous toucher au coin d’une rue, je crois que c’est très important pour la santé mentale. En salle on s’y attend, on sait qu’on va voir un spectacle tandis qu’à l’extérieur, les propositions peuvent être plus surprenantes…»