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Dominique Ouzilleau : La fourrure dans la peau
Histoires

Dominique Ouzilleau : La fourrure dans la peau

Dominique Ouzilleau a commencé à travailler la fourrure à l’âge de 8 ans. Aujourd’hui, ses créations sont portées par des mannequins qui défilent sur les podiums du monde entier à l’occasion de défilés de haute couture. Depuis des années, il a décidé de recycler la fourrure et d’élever cette technique au rang d’art. Rencontre.

Dominique Ouzilleau aime rappeler que dès son plus jeune âge, c’est dans la manufacture de sa famille qu’il prenait du plaisir, au milieu de toutes ces fourrures douces et soyeuses. «Chaque peau est unique, c’est comme une œuvre d’art», dit-il avec émotion et passion.

«À 8 ans, j’apprenais à coudre. J’y travaillais la fin de semaine, les vacances d’été. Puis, à 14 ans, j’ai quitté l’école pour travailler dans la fourrure avec mon grand-père, ma mère, toute ma famille», explique-t-il.

À l’époque, on ne pouvait quitter les bancs de classe que lorsqu’on justifiait d’avoir un métier. Pour M. Ouzilleau, sa voie était toute tracée depuis bien longtemps. Et encore plus après sa rencontre avec Jean-Paul Léonard, designer reconnu. «Il m’a pris sous son aile. Il m’appelait toujours “p’tit gars”», se souvient encore M. Ouzilleau.

Fort de cet apprentissage, ce dernier décide, à 19 ans, de lancer son propre atelier sur la rue Sainte-Catherine à Montréal. Aujourd’hui, il est établi sur la rue Laurier. «M. Léonard m’a dit qu’il comprenait, mais aussi que ça allait être dur… Il ne s’était pas trompé!», dit-il en souriant. Car dès lors, M. Ouzilleau commence, comme il le dit lui-même, à «dormir» dans son atelier. Il ne vit pas que de sa passion, la fourrure, il vit aussi pour elle.

Travailleur acharné, perfectionniste, consciencieux, M. Ouzilleau obtient, en 1997, un prix lors du gala de la Griffe d’or qui souligne le travail de divers secteurs de l’industrie de la mode par le public québécois. Mais si aujourd’hui il collabore avec les grandes maisons telles que Chanel, Lacroix, Givenchy, Fendi ou encore Féraud, c’est surtout grâce à sa rencontre avec un photographe de mode au Danemark. Ce dernier lui donne une série de contacts en lui conseillant de montrer son travail aux grands créateurs parisiens.

Et c’est au culot que Dominique Ouzilleau va à la rencontre des couturiers français. En voyage à Paris, avec ses échantillons dans ses valises, le créateur s’invite chez Dior, Christian Lacroix et autres. Toujours sans rendez-vous, il sonne à leurs portes. Son audace paie quand il insiste en disant qu’il n’est que de passage à Paris et qu’il repart le lendemain pour Montréal. C’est leur seule chance pour eux de voir ce dont il est capable de faire.

«Chez Dior, je rencontre le directeur de la boutique. Au bout d’une heure et demie, je lui montre mes échantillons et là, les stylistes capotent. Chez Christian Lacroix, ils en gardent même quelques-uns», raconte-t-il comme si c’était arrivé hier, avec l’excitation dans la voix encore présente. Chez Lagerfeld, on lui dit même qu’un tel travail «ne se retrouve même pas en Italie». De fil en aiguille, on lui remet des patrons dans les couleurs de la collection à réaliser. «J’ai eu 144 commandes pour Christian Lacroix», dit-il avec fierté.

Toujours à la recherche de nouvelles techniques uniques, Dominique Ouzilleau a notamment fait le choix de croire que l’avenir de la fourrure passe par son recyclage. «Cette matière naturelle, durable et indémodable s’intègre parfaitement dans le contexte social actuel», assure le créateur. Pour lui, la mauvaise publicité véhiculée par les conditions d’élevage de certaines fermes a nui à l’industrie de la fourrure, relançant du même coup celle de l’industrie de la fourrure synthétique. «Du plastique qui ne dure pas», lance M. Ouzilleau. Aujourd’hui, de nombreux progrès ont été faits pour établir des certifications à caractères éthiques pour les fermes d’élevage, notamment en Europe, rappelle-t-il. Et surtout, la mode est à la récupération et le recyclage de fourrure est une façon aussi de la rendre plus accessible.

«Tous les jours, j’ai des gens qui viennent me voir à la boutique sur Laurier pour me rapporter un vieux manteau de leur mère ou de leur grand-mère qui traîne chez eux. Ils ne savent pas quoi en faire. Moi, je lui redonne vie et je les transforme pour eux. J’en fais des pièces uniques», explique-t-il.

Dominique Ouzilleau ne vit pas de la fourrure, il vit pour la fourrure. Il envisage même de faire un film sur le sujet. Tout en élégance et en douceur, évidemment…