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Suzanne, la belle histoire
Histoires

Suzanne, la belle histoire

Le sympathique Suzanne fête cet été ses deux années d’existence. Comme pour chaque bar de Montréal, il y a derrière les portes de cet établissement une histoire qu’on ne peut résumer en cocktails vendus et bières consommées…

Comme tout bon récit, celui-ci commence dans un bar – ou, plutôt, dans les bars – il y a plus de 30 ans. On y retrouve Olivier Farley, jeune homme qui, comme plusieurs, a mis une pause sur ses études pour aller tenter sa chance dans cet univers festif. Sauf que contrairement à la majorité d’entre nous, cet univers, il ne le quittera plus. De boulot en boulot, de bar en discothèque, il développe son savoir-faire.

«J’ai appris sur le tas. J’ai travaillé avec du monde qui avait plein d’expérience. Il y a des choses qu’on ne peut pas apprendre à l’école, comme saisir une ambiance ou un concept qui donne envie aux gens de revenir», raconte Olivier.

Ses armes faites, il lance son premier projet, une discothèque, au début des années 90. Puis, en 97, c’est le bar le Sofa qu’il ouvre avec des partenaires. La machine est maintenant lancée et les projets, dont des participations aux populaires Waverly et Majestique, se succèderont au fil des années.

«Je suis un gars de fête, un gars de party, mais il y a aussi un gros aspect création dans le lancement d’un bar. La création de l’espace et du menu, l’envie de faire quelque chose de différent, quelque chose de fun. C’est excitant.»

Suzanne

Le Suzanne, c’est son tout dernier projet. Un projet duquel il est l’initiateur et le copropriétaire, mais qui aurait aussi pu très bien ne jamais se réaliser. «Ça faisait deux ans que je cherchais un local, se rappelle l’homme d’affaires de 49 ans. Les permis de bar sont très difficiles à obtenir à Montréal. Un bon local, c’est les astres qui s’alignent.»

Et les astres finissent par s’aligner pour l’entrepreneur en série: au fil des discussions, il tombe sur un petit local situé au deuxième étage sur la rue Duluth, tout près du boulevard Saint-Laurent. «Ça s’appelait le Perfecto et ça appartenait à des amis à moi, Éric Le François et Charles Vaillancourt. On s’est mis ensemble. C’était bien situé, le prix était accessible, le local était beau et le propriétaire semblait fin.»

Le local était trouvé, mais Olivier et ses partenaires étaient encore loin de la coupe aux lèvres. Tout était encore à faire. «On est monté à l’étage et c’était une caverne. C’était très noir, pas de fenêtres. J’ai dit “ça n’a pas d’allure”. Tout de suite, le hamster se met à rouler dans ma tête. C’est un espace qui est divisé en deux, comment je fais? Il fait sombre, qu’est-ce que je fais? Ça va être quoi la déco, la musique, les meubles?»

«Le premier besoin de la place, c’était la lumière. On a défoncé le toit et on a mis des verrières. On a démonté la façade et mis des fenêtres. On a mis des plantes un peu partout. Fallait mettre de la vie, de la chaleur.»

Pour la nourriture, Olivier avait déjà une idée en tête qu’il trainait avec lui depuis longtemps et qui allait devenir la marque culinaire du Suzanne: le dumpling. Il lui restait seulement un tout petit détail à régler, trouver un chef…

«Le chef, c’est une super luck. J’en cherchais un et Michaël Madokoro, ancien second du restaurant Le Filet, revenait d’Asie où il était parti à l’aventure. Il revenait sans projet et moi je l’ai pogné à ce moment-là.»

Le moment venu de nommer le bar, une idée s’impose, raconte Olivier. «Suzanne, c’était un clin d’œil au quartier» où a longtemps vécu Léonard Cohen, auteur de la célèbre chanson éponyme. Un choix qui leur vaudra un coup de téléphone assez surprenant.

«Au téléphone, il y a une dame qui me dit “Bonjour, c’est Suzanne”, raconte Olivier. Je lui réponds “oui, c’est Suzanne”. Elle me dit “non non, c’est Suzanne”. C’était LA Suzanne de la chanson, celle qui avait inspiré Léonard Cohen. Elle vit en Californie et elle avait lu une mention sur le bar dans le New York Times. On a jasé. Elle a dit qu’elle était contente de lire les bons commentaires sur le bar. Ça m’a beaucoup ému.»

L’équipe

Avec Olivier, lorsqu’on discute de ce qui fait la réussite d’un bar, on revient toujours à l’équipe. Dans son esprit, il n’y a aucun doute qu’un projet comme celui du Suzanne ça se réalise à plusieurs. Surtout en 2019. «Il y a 15-20 ans, quand tu ouvrais un bar, tu avais deux sortes de drafts et quelques vins. Maintenant, t’as une carte des vins, donc il te faut un sommelier. T’as une cuisine, donc il te faut un chef… Il te faut une équipe!»

Entre les microbrasseries, les bars à vins, à cocktails ou à champagne, les vieux classiques toujours populaires et les petits nouveaux qui innovent sans cesse, il peut parfois être difficile de trouver sa place dans le milieu des bars montréalais. On ne peut plus se contenter d’un bar et quelques tables sur le bord de la fenêtre pour attirer la clientèle. Un état de fait qui n’a pas échappé à Olivier.

«Les attentes des clients sont élevées. Beaucoup plus qu’avant. Il faut être bon dans tout», explique l’homme d’affaires tout en ajoutant que «si tu sais ce que tu fais, tu finis par trouver ta clientèle.» Et si le Suzanne a réussi à trouver son succès, Olivier donne beaucoup de crédit à son équipe. «La bouffe est bonne et le service est attentionné», explique-t-il.

Olivier est cependant loin d’être rassasié. À peine deux ans que le Suzanne est ouvert et le hamster s’est déjà remis à tourner dans la tête de l’homme d’affaires. «D’autres projets dans l’air, mais trop embryonnaires pour qu’on en parle», lance-t-il le sourire aux lèvres.

Ce sera donc pour une prochaine histoire.