La Biosphère réinvente la ville de demain
Place publique

La Biosphère réinvente la ville de demain

La Biosphère a invité 14 firmes d’architectes primées à réinventer de grandes infrastructures montréalaises pour sa toute nouvelle exposition: MTL+ ! On se croirait dans le Montréal des années 1960, alors que l’on misait sur les grands projets pour se définir et se projeter dans l’avenir. Et pourtant, chaque proposition est prévue pour… 2067. 

Pas question d’imaginer entièrement de nouveaux édifices ou de nouveaux sites; la règle imposée aux architectes était de requalifier de grandes infrastructures existantes. C’est non seulement plus respectueux pour l’environnement, mais aussi une manière sensible de corriger les erreurs du passé ou de s’en inspirer pour rêver l’avenir. Les propositions prennent en compte la réalité des changements climatiques. Ces derniers continueront de modifier nos habitudes de vie et de remodeler les paramètres de la vie en ville.

Imaginez qu’en 2067, comme sur le visuel du projet Métropoligne 40, la structure surélevée de l’autoroute 40 soit complètement transformée en potager et en verger urbain (photo principale). Imaginez que la portion inférieure du tablier servirait entre autres à l’aquaponie et à la culture des champignons. À proximité, un immense marché public permettrait aux citoyens de se procurer les produits. Dans cette proposition, l’humain occupe le haut du pavé et les voitures roulent sous terre!

Clairement, les équipes ne sont soumises à aucune contrainte technique ou monétaire. Les principes directeurs: rassembler, planifier, perpétuer. Et c’est réussi! Les projets présentés font rêver. Ils oscillent entre utopies et réalités. Ajoutez à la liste la requalification de la carrière Francon – un trou béant en pleine ville – en site de filtration des eaux usées devenu parc urbain futuro-antique (projet d’Atelier Barda); l’implantation de vastes «zones naturelles d’exclusion humaine» (projet de Pelletier de Fontenay); ou la création d’un centre de production alimentaire au cœur de l’échangeur 10-30 (projet de TBA, firme qui représentera le Canada à la Biennale de Venise en architecture de 2020).

Architectes porteurs de changement social

 «Alors qu’il était autrefois courant de consulter les architectes sur leurs visions des grandes utopies sociales, les générations actuelles n’ont jamais été sollicitées pour en faire autant», soutient Philippe Lupien, professeur en design de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal, et co-commissaire de l’exposition avec Mathieu Régnier de la Biosphère.

«Pourtant, les architectes sont, par formation et par définition, des bâtisseurs, poursuit Lupien. Et l’on peut comprendre qu’il y ait un certain malaise qui naisse entre les membres d’une profession, qui aimeraient bénéficier de l’optimisme ayant permis à leurs prédécesseurs d’accomplir de grands projets, et une société qui réagit à ces initiatives avec méfiance.» L’exposition MTL+ tente de remédier à la situation. Elle fait le pari que respect de l’environnement et grandes visions urbaines peuvent être conciliés.

Hommage aux urbanistes et architectes

Optimistes, les architectes? Oui, et ils ne sont pas seuls à l’être. Tous ont collaboré avec des experts d’horizons très différents (géologues, sociologues, philosophes, entrepreneurs). Ensemble, ils imaginent une ville plus durable – plus vivable – dans 50 ans.

L’exposition souligne l’importance sociale de ceux et celles qui tissent nos milieux de vie. «Nous sommes appelés à être les architectes de l’avenir, pas ses victimes», disait Richard Buckminster Fuller, créateur de l’emblématique dôme de la Biosphère et l’un des plus grands architectes du 20e siècle. En rêvant d’une ville réarchitecturée, la Biosphère, musée de l’environnement, inscrit cette exposition dans le prolongement de sa pensée.

MTL+ : Infrastructures d’hier, ville de demain

PHOTO PRINCIPALE. Le projet « Métropoligne 40 », imaginé par Consortium Vert l’Avenir, transforme complètement la structure surélevée de l’autoroute 40. / © Consortium Vert l’Avenir

DEUXIÈME PHOTO. Visuels tirés de la proposition de Collectif Escargo, le « Laboratoire des lucioles », qui transforme un immense complexe pétrochimique pour y loger des îlots d’agriculture urbaine, des pavillons universitaires, des centres culturels, des bureaux et des habitations. / © Collectif Escargo.

TROISIÈME PHOTO. Exposition MTL+, vue de l’exposition au 5e étage de la Biosphère / © Gabrielle Roberton, ECCC.