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Oasis sauvage

Je m’étais promis de ne pas faire, sur ce blogue, de billets d’humeur motivés par l’indignation circonstancielle. Mais aujourd’hui, la grosse Presse ne me donne pas le choix.

On y apprend, en effet, que Lassonde, propriétaire de la populaire marque de jus Oasis, a poursuivi en cour une petite compagnie québécoise, Olivia’s Oasis, propriété de Deborah Kudzman, parce qu’elle utilise le nom «Oasis» dans sa marque de commerce.

Dans cet article, on lit que Stefano Bertolli, vice-président aux communications de Lassonde, explique qu’il est « essentiel pour l’entreprise de protéger ses actifs les plus importants comme les jus Oasis. » De plus, Lassonde n’est pas à ses premiers faits d’arme en la matière: l’entreprise a intenté plusieurs poursuites similaires pour « protéger ses actifs. »

Protéger ses actifs ou détruire sans raison aucune une autre entreprise, dont les activités et produits n’ont absolument rien à voir avec les vôtres, M. Bertolli?

Dans le dernier rapport annuel de Industries Lassonde, Inc., votre entreprise déclare des ventes de 760 millions de dollars et des profits après impôts de 34,6 M$. Vos poursuites mettent en péril une petite entreprise parce qu’elle doit maintenant payer 80 000$ en frais juridiques. J’espère que vous et vos collègues arrivez à bien dormir, M. Bertolli.

Le comportement de Lassonde est inadmissible à 5 points de vue:

  1. Vous prenez les consommateurs pour des valises – et la Cour est manifestement de cet avis. Nous sommes en mesure de distinguer une boîte de jus de fruit d’une barre de savon, merci.
  2. Vous n’avez pas de vocabulaire. Nous savons que le mot « oasis, » en usage en français depuis le 16e siècle, désigne, au figuré, un « lieu où l’on se repose après une agitation violente ou de longs malheurs » (Littré) – métaphore qui correspond beaucoup mieux à un bain moussant qu’à un jus d’orange, à mon humble avis. Ce mot est un nom commun sur lequel vous ne disposez aucune propriété intellectuelle que ce soit.
  3. Vos actions détruisent le tissu économique. Poursuivre en justice une petite entreprise – a fortiori qui n’est aucunement un concurrent sur votre marché – au risque fort probable de la mener tout droit vers la faillite, fait de vous un « citoyen corporatif » odieux et irresponsable.
  4. Vous ne respectez pas vos actionnaires. Les dépenses élevées en frais juridiques pour votre entreprise engagées dans ses poursuites relèvent d’une gestion irresponsable des ressources financières de votre société.
  5. Vous êtes inhumains. Vous savez très bien qu’une petite entreprise comme Olivia’s Oasis n’a rien d’une corporation de votre taille. Une PME comme celle-là, n’est rien d’autre que l’incarnation du rêve d’une entrepreneure qui porte sans aucun doute à bout de bras ses succès et ses difficultés. Votre comportement relève de la violence psychologique la plus abjecte.

Lassonde est ancrée dans l’histoire économique et régionale du Québec depuis plus de cent ans. Elle bénéficie d’un capital de sympathie plus qu’enviable.

Je vous annonce que ce capital de sympathie s’est volatilisé en grande partie en ce 7 avril 2012. Déjà sur les médias sociaux l’indignation de vos consommateurs se propage comme une trainée de poudre. Faites-en ce que vous voulez.

En attendant, nombre de vos clients vous boycotteront. Je les invite à soutenir votre « ennemie » en achetant ses produits: oliviasoasis.com.

Quant à vous, monsieur Bertolli, je vous invite à procurer à l’ensemble des membres de votre comité de direction ces deux ouvrages et à m’en faire un résumé:

Murphy, P. E. (2002). Marketing Ethics at the Millennium: Review, Reflections and Recommendations. Blackwell Guide to Business Ethics. Oxford: Blackwell.

Weiss, J. W. (2009). Business Ethics: A Stakeholder and Issues Management Approach With Cases, Mason, OH: South-Western Cengage Learning.