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La fin d’un monde!

Pour la quatrième fois, les Souverains ont reçu Jooneed Khan.  Comme à chaque rencontre, le journaliste à la retraite (35 ans à la Presse) se fait un grand plaisir de répondre à des questions et des commentaires soigneusement préparés.

Les bouleversements du monde interpellent les Souverains.  Ils se posent des questions.  Certains sont pessimistes. Ils ont passé deux heures en compagnie de Jooneed à faire le bilan de 2011. Pour cet observateur chevronné de la scène internationale, deux heures, c’était juste assez pour dire tout son optimisme et son espoir face à une année qu’il attendait depuis 50 ans.

Ça y est, pour Jooneed Khan, cette fois les signes ne trompent pas.  2011 aura été l’année du début de la fin d’un monde qui a commencé il y a 5 siècles.   Les révoltes arabes ne sont que des symptômes parmi tant d’autres de la fin de la période post-colombienne entamée en 1492 avec « la découverte » (pour ne pas dire conquête) des Amériques (et l’expulsion des arabes de l’Andalousie).  Fondée sur l’esclavage, le pillage et la colonisation, cette longue période, qu’on croyait prédestinée pour encore 1000 ans, arrive à sa fin.

Avec le développement des forces nouvelles, représentées essentiellement par la Chine, l’Inde et le Brésil, l’occident sent sa mainmise sur le monde sérieusement menacée.  Alors, il s’agite.  Les puissances qui forment l’Empire occidental cherchent de nouveau à inventer un ennemi commun pour continuer à s’imposer au monde.   Il faut entendre Joneed Khan expliquer comment « L’islamophobie ne sera rien à côté de la sinophobie »!

Plus qu’un journaliste, Jooneed Khan est un grand éducateur de l’histoire.  Avec lui, les Souverains apprennent à regarder le monde autrement.  Pour lui, les sources de l’information ne se limitent plus désormais au grands médias dominants.  Le journaliste citoyen prend de plus en plus sa place.   Ni patron, ni politique d’état ne peuvent le corrompre.  Les révoltes arabes et africaines se nourrissent aussi du journalisme citoyen qui domine plus que jamais l’internet et les réseaux sociaux.

L’indignation des peuples prend plusieurs formes et déborde les frontières des vieilles dictatures.  À l’intérieur même de l’empire, on s’indigne en occupant Wall Street.  La démocratie représentative a montré ses limites.  Et c’est dans la rue que la démocratie participative a repris son souffle en 2011.

Selon Jooneed Khan, depuis plus de 20 ans, la rue arabe (déjà avec l’intifada) est devenue une notion importante pour déterminer les politiques étrangères des régimes occidentaux envers les pays arabes.  L’ambiguïté des déclarations face aux révoltes en Tunisie et en Égypte est la démonstration que l’humeur de la rue arabe peut échapper au contrôle de l’empire. Mais pour Jooneed, « plus d’un plan géostratégique se cache dans leur sac ».  Si les révoltes sont allées trop vite en Tunisie et en Égypte, en Libye, l’empire s’est assuré de prendre tout le contrôle d’une révolte pour accélérer la chute de Kadhafi en faisant appel aux islamistes. Les ennemis d’hier sont devenus les alliés d’aujourd’hui.  Malgré tout, quelque chose commence à échapper au contrôle de l’empire.

En Haïti, 500 mille personnes vivent encore dans des campements, deux ans après le séisme (qui a fait 250 mille morts, 300 mille blessés et plus d’un millions de sans abris). Jooneed rappelle que les haïtiens ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ils ont en marre de vivre sous la tutelle des américains et des ONG.

Et comment expliquer la façon avec laquelle on a fait disparaître le corps de Ben Laden..?

Les Souverains ont abordé bien d’autres sujets avec Jooneed Khan, dont notamment le silence des médias sur le Congo.  Il faut entendre cet homme de vive voix pour sentir son indécrottable optimisme.  Selon lui, « Nous devrions nous sentir privilégiés d’être vivants aujourd’hui et être témoins de la fin d’un monde ».

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La rencontre de Jooneed Khan avec les Souverains a commencé sur un chant soufi exaltant. Elle a terminé sur un rythme africain tout aussi exaltant.  Pour accompagner ce bel et fructueux échange, j’ai inséré dans le montage sonore des musiques de circonstance: Chant de la révolution tunisienne, Zongo d’Alpha Blondy, chant judeo-arabe sur le concerto d’Albinoni  et  deux chansons de l’extraordinaire nouvel album de Wesley Louissaint, « Liberté dans le noir ».

Bonne écoute:
http://www.souverains.qc.ca/arjooneedkhan4.html