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Journal de bonnes nouvelles!

12dec2

 (Petit résumé de mon discours au 25me de SA. 12 décembre 2014)

Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de me dire aujourd’hui que nous sommes peut-être quelque chose comme une bonne nouvelle..

J’ai un faible pour les bonnes nouvelles.

J’ai toujours rêvé d’un Journal qui ne rapporte que des bonnes nouvelles!

En attendant que cela se réalise un jour et je suis sûr que cela ne se réalisera jamais, en tout cas, pas de mon vivant, aujourd’hui, le temps de ce petit évènement, si vous permettez, on va se raconter que des bonnes nouvelles.

La première bonne nouvelle que je vous rapporte, je l’ai vécu il y a 25 ans.

Un jour de printemps 1989, j’ai quitté la prison de Bordeaux avec une bonne nouvelle et j’avais hâte de la raconter à ma femme.  Après une réunion de presque une heure, on m’avait annoncé une décision.

À l’unanimité, le Conseil d’administration du Fonds de soutien à la réinsertion sociale des personnes incarcérées de l’Établissement de Détention de Montréal, avait décidé en ma présence que oui,  je pouvais faire de la radio en prison..

Pour moi, c’était une très bonne nouvelle.  Je venais de réaliser un rêve.  Un rêve né quelques années plutôt alors que je quittais le troisième sous-sol d’un commissariat dans ma ville marocaine, ou j’avais passé 36 heures à essayer d’amuser mes co-détenus..

On ne savait ce qu’on faisait là.. Arrestation arbitraire dans un pays ou le régime de l’époque usait d’un pouvoir arbitraire. C’était les années de plomb.

Je crois que pour un moment, un petit moment, mes amis du troisième sous-sol avaient oublié où ils étaient.  Spontanément, en compagnie de mon cousin, nous leur avions  offert, le peu de théâtre et de danse que nous pouvions. Et parce que je désirais revivre l’aventure, ce passage en dedans m’a inspiré une idée. Un rêve.. S’évader par l’art et la culture..

Des années plus tard, à 5000 km de ce troisième sous-sol, le rêve était devenu une réalité.. Une bonne nouvelle..

Aujourd’hui, la personne qui a dit oui à ce projet est avec nous.

Monsieur Arthur Fauteux, était à l’époque l’administrateur de l’Établissement de Détention de Montréal et le président du Conseil d’administration du Fonds des détenus.  Non seulement, il a dit oui à la radio en prison, il a lui-même participé à plusieurs émissions et à chaque fois, cela a eu un impact positif sur certaines décisions de vie..

C’était en 1992.  Parmi les Souverains présents à cette première rencontre radiophonique entre des détenus et un directeur de prison, il y avait Isabelle la Catholique. Un détenu qui préférait s’identifier à une Souveraine espagnole.

La Catholique tenait absolument à aborder la question de la bouffe..  « Je l’exige Mohamed«   qu’elle me disait. Mais bien sûr qu’on va en parler, mais dis-moi d’abord, tu connais Arthur Fauteux, « Oui, je l’ai vu deux ou trois fois » et comment tu le trouves..? « Je le trouve beau ». Alors tu lui diras..!

Arthur Fauteux s’attendait à toutes les questions sauf à celle-la.. « Monsieur Fauteux, qu’est-ce que tu manges pour être aussi beau..? »  Il a fini par reconnaître que lui-même parfois ne finit  pas son assiette.   Mais cette visite a apporté aux détenus de Bordeaux un changement aussi important. Tel que demandé par les Souverains, deux semaines après la visite du directeur, le médecin de l’Établissement a été changé par un meilleur.

Fauteux a récidivé chez les Souverains deux autres fois.. Et chaque visite apportait aux détenus une petite amélioration dans leurs conditions de vie..

Monsieur Fauteux, au nom de quelques 20 000 détenus qui ont profité de ce programme, je te dis merci d’avoir laissé entrer à Bordeaux autant de bonnes nouvelles. Depuis 25 ans, chaque invité de Souverains anonymes est une bonne nouvelle.

La dernière bonne nouvelle reçue la semaine dernière s’appelle Normand Baillargeon.. Ce n’est pas un chanteur ni un acteur.. C’est un grand éducateur, un grand professeur..   Le professeur que beaucoup de Souverains auraient aimé avoir.

À Bordeaux, il y a beaucoup de professeurs.  Deux sont présents parmi nous aujourd’hui. Je tenais beaucoup à leur présence.  Ils sont pour moi deux rayons de soleil dans cet univers carcéral.

Depuis 31 ans, Danielle Parent met au service de l’épanouissement des hommes de passage, son savoir faire en art plastique et en poterie..

Depuis 33 ans, Charles Overy, professeur de musique à l’université de Montréal, a mis son savoir pédagogique au service des milliers d’hommes qui venaient et viennent encore apprendre et perfectionner leur musique.

Tant de bonnes nouvelles à vous dire et à vous annoncer. Des nouvelles que j’ai apprises de ces milliers de Souverains, à travers leurs chants, leurs, colères, leurs espoirs et leurs rires!

En 2008 et 2009, j’ai rendu visite aux femmes-détenues de la prison Oukacha à Casablanca. La première fois, j’ai été accompagné par une star marocaine, la magnifique Saïda Fikri. Je devais passer par un organisme communautaire marocain pour qu’on m’ouvre la porte. Un organisme présidé par nul autre que le Roi Mohammed VI.  L’Histoire s’est répétée, mais cette fois, dans le sens d’une bonne nouvelle.

Une bonne nouvelle ne veut pas dire seulement que tout va bien, mais que tout pourrait aller mieux.

Merci