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Ma radio!

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Photo: Réal Capuano

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J’ai rencontré la radio comme on rencontre la femme de sa vie!

Pour elle, j’ai quitté le cinéma à qui je venais de consacrer 3 ans d’études universitaires.

Ça s’est passé un jour d’août 1985. Je venais d’entendre sur les ondes de Radio Centre-ville une annonce qui offrait aux auditeurs la possibilité de faire de la radio.

Dans mon pays d’origine, ce genre d’annonce était inimaginable. M’exprimer en toute liberté sur les ondes d’une radio, un rêve que j’allais enfin réaliser.

J’habitais à deux pas de la seule station de Montréal, à l’époque, multilingue et multi-ethniques. Accueilli par le directeur de programmation de l’équipe francophone, j’ai demandé de jeter un coup d’oeil sur les studios.

J’ai quitté le poste avec un micro et aussitôt sur les trottoirs, je l’ai tendu aux passants avec une question « C’est quoi un arabe pour vous? ». C’est ainsi qu’« À toi arabe » est née. Une émission dans laquelle je me présentais aux québécois.

C’est par la radio communautaire que j’ai appris à devenir citoyen du Québec.

De 1985 à 1990, j’y étais presque chaque jour. il m’arrivait parfois de coucher dans ses studios. En plus de mon émission régulière, une fois par mois, j’animais une spéciale qui durait toute la nuit de samedi. La première, co-animée avec mon ami Lahssen Abbassi, je l’ai consacrée à la femme dans le monde arabe.

Aussitôt, j’ai attaqué d’autres sujets qui allaient de la question de la langue au Québec et le rapport des immigrants avec la loi 101, jusqu’au 50me anniversaire de l’ONF, en passant par la poésie des poètes québécois que j’invitais à passer la nuit avec moi devant un micro.

C’est ainsi que j’accueillais, les Gaston Miron, les Gilbert Langevin, les Denise Boucher, les Raoul Duguay, les Gilles Carle, les Armand Vaillancourt, les Pauline Julien, des ministres, des syndicalistes, des résistants palestiniens et des sans-abris de Montréal dans le même espace radiophonique.  Ma radio voulait rassembler le monde.

Arrivé aux palestiniens de la première Intifada, ma radio devait quitter ses studios pour se donner à partir d’un café de l’avenue du Parc, face à un public solidaire. Neuf heures d’une émission spéciale qui a donné voix aux indignations.  Quelques voix nous parvenaient en direct de Jérusalem.  Ma radio voulait embrasser le monde.

Un an, plus tard, arrivé devant une trentaine d’étudiants du CEGEP Rosemont pour enseigner la radio, je n’avais pas grand chose à leur apprendre sinon un rappel, devenu un sermon, un matraquage. « Pour garder votre radio vivante, intéressante et fondamentalement communautaire, même si vous la pratiquiez en privé ou à Radio Canada, tendez votre micro là où ça se passe.. Là où ça vit! ».  Ma radio donne la parole au lieu de la prendre!

Et pour leur donner l’exemple, j’ai retrouvé la rue, micro à la main.  Cette fois, je me suis arrêté dans un lieu où les itinérants de Montréal venaient faire de longues pauses.  Toute la nuit d’un vendredi de Pâques de 1989, j’ai animé en direct de Dernier Recours, sur les ondes de quatre radios communautaires, une fête de la parole.

André Gauthier, roi des sans-abris de Montréal, nous faisait l’honneur de sa présence et de sa voix brûlée par l’alcool et les nuits folles.. Dans ma radio les sans-voix réenchantent le monde.

Avec cette dernière émission spéciale,  j’ai réalisé que ma radio prenait tout son sens quand je la pratiquais en dehors de la radio.  Où pouvais-je aller plus loin que la rue pour tendre mon micro ? J’ai suivi le fil!

C’est ainsi que « Souverains anonymes » est née! Le 11 décembre 1989.

Ma radio, c’est ma façon de vivre!

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 » Réveillez-vous avant que nous-autres on se réveille « . Écoutez André Gauthier, Roi des Sans abris de Montréal, chanter pour et avec ses amis en 1989: http://www.souverains.qc.ca/sansabri.html