La question d'André Robitaille!
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La question d’André Robitaille!

André Robitaille est d’abord un homme de théâtre, comédien et metteur-en-scène, il s’adonne avec joie et aplomb à l’animation en télévision. Dans ses entrevues, il y a du coeur, du charme et de la pertinence.

Lors de mon passage dernièrement à Entrée principale qu’il anime quotidiennement à deux pas du bureau de réception de Radio Canada, j’ai trouvé pertinent qu’André me questionne vers la fin de l’entrevue sur la réaction des gens à un projet comme Souverains anonymes « Est-ce qu’il y en a qui sont contre? ».

L’entrevue est trop courte pour répondre à une question d’une telle importance. Elle remet sur la table la réinsertion sociale des personnes incarcérées. Je me permet ici de developper ma réponse.

Nous sommes au Québec! Quelques soient les vents de droitisation qui s’abattent sur nous, nous avons entretenu une ouverture à cette valeur qui donne une chance à une personne contrevenante de se rattraper.  Les coupures des différents gouvernements n’ont jamais affecté les programmes offerts aux détenus. Évidemment, on peut toujours faire mieux dans le domaine de la réinsertion!  Suivre par exemple le modèle des sociétés scandinaves qui ont fait de la réinsertion une grande priorité sociale, avec des résultats spectaculaires sur le taux de récidive.

Mais, comparé globalement à ce qui se fait ailleurs dans le monde, incontestablement le Québec fait beaucoup mieux.  Cela explique pourquoi des programmes de réinsertion existent dans tous les centres de détention du Québec. Il existe des écoles avec des professeurs dévoués, des animateurs culturels et des responsables de programmes de développement personnel.  Des cours de musique, de musicothérapie, de zoothérapie, une bibliothèque.  Certains centres de détention au Québec offrent même des cours de yoga..

À leurs arrivées en détention, les détenus sont invités à s’inscrire au cours d’accueil qui leur explique tous les programmes mis à leur disposition. Ils ont l’embarras du choix.  Tout cela est bien.  Ça serait bien de le rappeler de temps en temps.

Rappeler aussi qu’en 2010, à l’Assemblée Nationale, on a voté à l’unanimité une motion pour affirmer l’attachement du Québec à sa philosophie en matière de prévention.  Le gouvernement Harper avait durci les lois contre les contrevenants, cela devait coûter financièrement cher au Québec. Le ministre Jean-Marc Fournier avait contesté la décision fédérale à la satisfaction de tous les partis.

Et pour répondre directement à la pertinente question d’André Robitaille, être contre la réinsertion sociale, c’est être contre le progrès, contre le Québec. C’est aussi être contre la sécurité.  Quelle meilleure sécurité peut-on se permettre que celle qui permet à un homme ou une femme en dedans de repartir sur les bons pieds ?  En donnant la chance à une personne incarcérée de se reprendre, nous nous reprenons.  La réinsertion sociale des personnes incarcérées est aussi un enjeu collectif.  C’est collectivement que nous réussirons à relever un tel défi.

Nous sommes sur la bonne voie!  Effectivement, depuis 28 ans, je n’ai jamais entendu personne au Québec être contre le projet que je dirige auprès des détenus de la prison de Bordeaux.  Au contraire, j’entends l’encouragement et le soutien, celui du public, celui des patrons des Services Correctionnels, celui de nombreux politiciens!  Je traduis ce soutien comme un soutien à la solidarité sociale, une valeur chère aux québécois quelque soient leurs appartenances politiques.

Pour ses raisons, j’ose exprimer ici mon souhait de voir la cause de la réinsertion sociale des personnes incarcérées prendre sa juste part dans le débat public.

« C’est la première fois qu’on se rencontre » m’a dit André juste avant le début de l’entrevue.  Peut-être que la prochaine fois, ça sera devant la caméra des Souverains!

Merci à André Robitaille et à toute l’équipe d’Entrée principale!

Merci à Vincent Bolduc (ici-bas) d’avoir réussi à résumer 28 ans de SA en 5 minutes!

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Crédit Photo: Mathieu Valiquette.