La bienveillante lenteur d’Andrée-Anne Dupuis-Bourret

7 août 2015 10h05 · Musée d'art de Joliette

structures-cristalloides

La patience est une obsession qui nous agace.

Pour la plupart d’entre nous, il est impératif que tout se déroule rapidement. Notre fantasme est d’appliquer la maxime «vite et bien» à tout ce que nous entreprenons.

Vous n’avez pas à en avoir honte. Tout ce qui nous entoure favorise cette manière de penser. Nous vivons dans un monde où tout s’accélère, et nous en sommes venus à considérer la vitesse comme une vertu.

Mais l’artiste Andrée-Anne Dupuis-Bourret pense différemment.

La patience est son matériau principal, sa bougie d’allumage, son leitmotiv. En moyenne, elle prend d’un à trois ans pour compléter une œuvre. Rien ne la stimule plus que son désir d’aligner, d’ordonner, de créer des amas proliférants de petites formes géométriques fabriquées de papier sérigraphié. L’artiste est une obsessive de la lenteur, une artiste méditative qui parle de la contamination numérique du monde, de sa pixellisation, tout autant que de la géométrie des fractales,  consubstantielle à la nature.

Depuis 2008, elle expose un peu partout et même à l’étranger, ses montages méticuleux. Professeur de sérigraphie à Concordia et à l’UQAM, c’est elle, entre autres, qui a enseigné la sérigraphie aux artistes de l’École de la Montagne Rouge.

Quand le Musée d’art de Joliette l’a contactée, en août 2014, afin qu’elle réalise une œuvre pour son inauguration, en juillet 2015, elle a trouvé que c’était précipité. Néanmoins, c’est avec plaisir qu’elle a accepté le défi. Habituée à travailler seule, elle a dû aller chercher des collaborateurs plieurs et monteurs. Cela tombait bien, c’était une exigence de son contrat.

Compte tenu de l’aspect communautaire de la commande, l’artiste a choisi une forme géométrique qui a une forte connotation culturelle, le coin-coin. Cet origami populaire devenu un jeu pour tous les enfants dans les cours d’école.

Pour effectuer cette greffe architecturale à la balustrade du musée, elle est donc allée, entre autres, donner des ateliers de pliage dans un centre pour personnes âgées, qui se sont tous mis à plier des coin-coin allégrement, cette passion pour la patience leur rappelant plusieurs anecdotes de leur passé. Elle a déplacé également son atelier de pliage dans un centre d’aide pour les parents et les mères monoparentales, toujours en réitérant son message de calme, pratiquant la répétition tranquille de gestes communs, espèce de taï-chi cérébral, d’art thérapie soulageant indirectement les excès de frénésie mentale qui nous affligent.

Le public,  les gens fréquentant la bibliothèque Rina-Lasnier, la directrice du musée,  les attachés aux communications, les techniciens, le concierge du bâtiment et toute l’équipe du MAJ ont contribué, chaque fin de semaine, durant les vacances de Noël et le reste de l’année 2015,  au pliage d’environ 16000 coin-coin rouge et noir constituant l’œuvre Les structures cristalloïdes.

Andrée-Anne Dupuis-Bourret s’est contentée, cette fois, de ne réaliser que le tiers des pliages requis. Son rituel s’effectuant bien souvent devant une série télé, dans son salon.

Ruban gommé et fil de pêche ont facilité l’ancrage des grosses masses de papier roulant un peu à la manière d’une écume de pixels au-dessus de la balustrade du hall. Aux couleurs du drapeau anarchique, ressemblant à du magma, à une décoration de Noël, à du feu, l’effet de pétillement de l’œuvre, de loin, l’anime.

Plus d’une quarantaine de personnes auront donné de leur temps pour mener à bien ce projet.

L’art n’aura jamais été aussi communautaire, solidaire d’une lenteur noble, vouée à la perception du moment présent.

Derrière les coin-coin, la patience, cette grande plage de la patience et de la communauté, source invisible, abstraite, des plus grands changements de l’histoire.

 

Bertrand Laverdure
pour le Musée d’art de Joliette

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Pour obtenir plus de renseignements : 450 756-0311 ou museejoliette.org