Geneviève Cadieux, dramaturge de l’infime, poète de l’absence

17 septembre 2015 11h53 · Musée d'art de Joliette

Geneviève Cadieux

Le désir est là, tapi sous l’image, grouillant de mutisme.

Le désir emplit la salle de sa définition, saisit l’absence. Il agrandit les parties du corps, habite une voix, graphite sur les murs. Les photographies de Geneviève Cadieux écrivent des poèmes sur l’absence.

Il faut s’arrêter, regarder lentement les photographies et les installations photographiques de l’artiste. Se laisser guider par notre instinct, notre propre monologue intérieur. Ses photos parlent de sa famille, des relations homme/femme, d’une rédemption par l’image, du désir comme absence narrée.

C’est l’année Geneviève Cadieux. La rétrospective de son œuvre a circulé à deux galeries d’Halifax avant de venir ici, au Musée d’art de Joliette. Elle exposait en février dernier de nouvelles œuvres à la galerie René Blouin à Montréal. On l’a également invitée en tant que commissaire au MAC, et tout ça sans compter l’émission d’un timbre immortalisant sa célèbre photo montée sur un panneau publicitaire sur le toit du Musée d’art contemporain de Montréal, La voie lactée (1992).

Ces lèvres gonflées, ces lèvres qui embrassent le panorama de Montréal, lèvres de sa mère, vont maintenant essaimer un peu partout sur les enveloppes, destinées à l’étranger, leur fragile silence.

Pour Cadieux, le corps est en soi un récit de blessures, de réactions épidermiques au contact du récit de l’autre et en contrepartie, la photo devient une blessure de l’émulsion, une déchirure de lumière.

Mettant en scène, entre autres, sa sœur, la grande comédienne Anne-Marie Cadieux, dans ses œuvres, l’artiste est tout autant une dramaturge de ce qui se déroule entre les images qu’une poète inspirée par les mots de Saint Augustin, Saint-Exupéry ou Constantin Cavafy.

Geneviève Cadieux1

Dans une œuvre récente, intitulée Abandon 2015, Abandon est une œuvre sonore, il n’y a pas d’image. Anne-Marie Cadieux récite des vers de Cavafy.

« Mon corps souviens-toi, non seulement combien tu fus aimé, mais souviens-toi de ces désirs qui dans certains regards brillaient pour toi et tremblaient dans les voix – comme ils tremblaient dans le timbre des voix – souviens t’en mon corps. » Abandon, est un texte prélevé dans le poème initial de Cavafy.

En passant je vous incite à découvrir la poésie de ce grand maître grec traduit par Yourcenar. C’est un peu leur Pessoa sans hétéronyme. Une lecture qui m’a durablement marqué et influencé. Un immense poète en prose, au regard fin et mélancolique.

Cadieux ne pouvait choisir meilleur poème pour parler de son travail à travers une œuvre. « Souviens-toi mon corps », effectivement toute la démarche de l’artiste tente de rendre compte de la mémoire qui s’inscrit dans notre corps. La mémoire naît d’instants infimes, capture des corps heurtés, qui ont échangé. La photographe décrit et met en valeur ce qui réagit à l’autre, dans nos poils, nos sexes, nos cicatrices. Elle magnifie les micro-expressions qui fondent nos rapports avec le théâtre du désir, le théâtre de l’identité.

Dans cette rétrospective présentée au Musée d’art de Joliette, vous allez voir des œuvres du début de la carrière de l’artiste, dans les années 80, d’autres des années 90 comme de plus récentes réalisations, en l’occurrence la vidéo Pas de deux, 2012.

Ce silence des œuvres se suffit à lui-même. Mais si j’avais eu à trouver une trame musicale pour certaines œuvres, et ce choix est bien entendu très subjectif, généré par mon propre monologue intérieur, j’aurais choisi The cold song de Klaus Nomi.

Je me suis mis devant Tears (1995), et c’est tout de suite la voix de haute-contre de Nomi qui m’est venue en tête.

Quelle sera votre perception de cette photo ? Je me le demande bien.

N’ayez pas peur de vous projeter dans ses œuvres vous aussi.

Cadieux nous fait le cadeau du minimalisme. Dramaturge de l’infime et poète de l’absence, elle n’en attend pas moins de vous.

 

Vernissage le vendredi 2 octobre 2015 à 19 h
Jusqu’au 3 janvier 2016

 

Bertrand Laverdure
Pour le Musée d’art de Joliette

Partagez cette page

Présentation

Pour sa grande réouverture, le MAJ propose un tout nouveau regard sur la richesse de sa collection avec la réalisation d’une toute nouvelle exposition permanente Les îles réunies. Sa programmation temporaire est également lancée avec une exposition d’envergure consacrée à un artiste québécois en art contemporain. En plus de dédier ses nouveaux espaces à de nouvelles expériences, le MAJ continue sa mission d’accessibilité en offrant à la population une panoplie d’activités culturelles et éducatives pour répondre aux besoins de nombreux publics.

@MAJ_Joliette sur Twitter

Musée d’art de Joliette
145, rue du Père-Wilfrid-Corbeil
Joliette (Québec) J6E 4T4

Pour obtenir plus de renseignements : 450 756-0311 ou museejoliette.org