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Société

Enfantez, nom de Dieu!

Rare offrande de la Croatie à parvenir jusqu’à nous, la comédie noire Bonté Divine n’épargne rien ni personne, à l’instar de Charlie Hebdo et de son défunt dessinateur Charb.

C’est que le célèbre artisan du journal satirique français avait convaicu aisément son équipe de contribuer à la sortie du film dans l’Hexagone, sous prétexte qu’ils appartenaient à la même famille, «celle qui choisit de rire à la face de la bêtise, de l’obscurantisme et de la malfaisance», comme le soulignait le rédacteur en chef Gérard Biard, à la suite des attentats que l’on sait. Voilà donc cette comédie qui nous arrive en sol québécois, gros succès en ses terres et sur le vieux continent, où elle a été finaliste l’an dernier aux Prix du cinéma européen, dans la catégorie des comédies. Bonté Divine est signée Vinko Bresan, un cinéaste très populaire chez lui (son premier film, Comment la guerre a commencé dans mon île, avait chauffé au box-office les fesses de Titanic, à l’époque!), mais dont le travail n’avait jamais voyagé en dehors des festivals. Belle découverte que son univers, inspiré ici d’une pièce de théâtre de son camarade Mate Matisic.

Il faut dire que la trame de leur récit a déjà tout pour déranger les bien-pensants, avant même le début de la projection. Le père Fabijan (le très drôle Kresimir Mikic, aussi attachant qu’impassible) est tout juste débarqué sur une île de la Croatie, sur la côte dalmate, qu’il réalise qu’il aura fort à faire pour être aussi populaire que son précédesseur, qui ne veut pas décoller. Et si, pour impressionner le Vatican, il accroissait le taux de natalité presque nul des lieux? Après tout, il suffit de percer les condoms des messieurs et de remplacer les pilules de ces dames! Deux complices se présenteront à lui, sans doute par la grâce de Dieu : Petar le commerçant (Niksa Butijer), très croyant et volontaire, et Marin le pharmacien (Drazen Kühn), qui ne pense qu’à la survie de sa race, et au diable les Serbes et les étrangers…

Bien sûr, l’Église et la religion catholiques en prennent pour leur rhume, et avec elles le scandale de pédophilie qui les a secouées, le secret de la confession qui se mute en réelle omertà et la richesse outrancière de certains de ses dirigeants – un Évêque est confondu ici pour un tycoon ou un mafioso, à l’aube d’une scène complètement absurde qui en dit long sur le scandale ci-haut. Rien de bien nouveau sous le soleil, cela dit. Mais tout le monde passe à la moulinette, dans un grand festival de l’humour décapant et du rire jaune – il faut aimer le genre, naturellement. Les premières cibles sont les insulaires eux-mêmes, qui dévoilent par à-coups leurs petites mesquineries, leur hypocrisie, leur racisme latent et leur sexualité débridée. Sans oublier les touristes de ce monde, les amoureux et les infertiles, qui envahissent l’île soudainement, persuadés qu’elle leur permettra d’avoir des enfants à leur tour.

On rigole régulièrement, charmé par le ton pince sans-rire de l’interprétation et de la réalisation, malgré le délire qui couve. Plusieurs trouvailles, toutes simples, parcourent le film, ne serait-ce que cette ouverture avec un père Fabijan négligé, barbu comme jamais, entouré de dizaines d’enfants dans un dortoir. Ce dernier brise d’ailleurs rapidement le quatrième mur, cherchant notre approbation amusée, racontant ses déboires à un jeune collègue. Bresan imagine aussi plusieurs vignettes sur fond blanc, qui relèvent de l’ordre du fantasme ou de la pure fabulation, entre autres durant le cours de contraception 101. On en aurait pris davantage, tant elles ajoutent du piment à l’ensemble. Parce qu’au deuxième tiers du film, la mécanique s’essouffle, le récit s’embourbe dans le mystère d’un poupon abandonné et le versant dramatique qui s’ensuit plombe de beaucoup la comédie. Un brin dommage, au regard d’une joyeuse proposition, tout aussi franche que culottée.

 

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