Quoi faire
Jocelyn Philibert - Au jardin des possibles

Jocelyn Philibert - Au jardin des possibles

Ces nouvelles œuvres constituent un contrepoint radical à mes images antérieures de nuit. Les captations n’ont pas lieu dans l’obscurité mais en pleine lumière. Le soleil derrière moi s’est substitué au flash. L’arrivée de figurants apporte comme un supplément de réalité. La technique reste cependant la même, soit la construction de l’image sur écran d’ordinateur à partir d’une mosaïque de clichés numériques et de profondeurs de champ. C’est comme si avec de la photographie je faisais de la peinture.

La nature tient toujours un rôle insistant au pouvoir évocateur intrinsèque, notamment les arbres grandioses. En fait, je ne ferais pas ces images si je n’arrivais à y insuffler une impression de réalité tangible, presque palpable, dans lesquelles le regardeur a envie de pénétrer, condition sine qua non à leur existence. La présentation se veut objective, le regard scrutateur, intrusif, la scène aspire à l’authenticité et à la vérité. Pourtant, comme mes images de nuit, ces images de jour semblent hantées par l’étrangeté.

Les figurants installés dans des lieux surdimensionnés s’en trouvent à la limite de la fiction ; la familiarité qu’on peut percevoir au premier regard est contaminée par le doute ; l’image glisse dans un ailleurs fantasmé. Il en résulte une représentation au réel décalé qui suggère que l’illusion est peut-être l’essence même de la réalité.