Les cendres bleues au Théâtre d’Aujourd’hui

22 octobre 2013 16h36 · Théâtre d'Aujourd'hui

 

Pour sa première année de résidence à la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, la compagnie L’Homme allumette présentera dès le 22 octobre Les cendres bleues, un texte de Jean-Paul Daoust.

Récit poétique, Les cendres bleues est l’oeuvre d’une nécessité. Un geste de survie. De cette insoutenable histoire, celle d’un garçon de six ans et demi amoureux d’un jeune homme de vingt ans, naît une sublime et incompréhensible beauté.

Les cendres bleues, c’est d’abord et avant tout un poème d’une grande force écrit en 1990 par Jean-Paul Daoust et qui a valu à celui-ci le Prix du Gouverneur général. Jean Royer du quotidien Le Devoir écrivait à l’époque : « Jean-Paul Daoust a lancé dans la ville une complainte amoureuse qui fera date dans l’histoire de la poésie québécoise. » Il ne croyait pas si bien dire, puisque 23 ans plus tard, voilà que Philippe Cyr, un jeune metteur en scène de talent, s’attaque à cette œuvre unique. Toujours selon Jean Royer : « Le génie de Jean-Paul Daoust dans Les cendres bleues, est de faire coïncider les émotions de l’enfant avec le regard de l’adulte qu’il est devenu. » Aujourd’hui, c’est au tour d’un nouveau regard, provenant d’un tout autre univers, de se mêler à ce récit passionnel et transgressif.

 



Notes de création

par Philippe Cyr

 

La première fois

 

La première fois que j’ai croisé Jean-Paul, c’était dans un bar de la rue Sainte-Catherine. C’était la première fois qu’on se voyait. Nous étions dans un de ces lieux à thème, celui qui rappelle une célèbre chanson de Barbara. Ni lui ni moi ne cadrions dans le décor, nous avions de toute évidence oublié nos costumes. Chaque fois que je vais là-bas, je me dis que les temps ont changé, qu’il y a dans ce décor pour hommes seulement quelque chose de suranné, une frontière que je ne ressens plus nécessaire. Autres temps, autres mœurs. De visu, j’ai compris qu’entre Jean-Paul et moi, il y avait des différences notables. Je préfère les t-shirts aux écharpes. Il préfère le lustré au mat. Il préfère chanter en public, moi dans la douche. Les époques nous ont forgés autrement, mais tout cela est sans importance, nous nous reconnaissons dans le choc du sentiment amoureux.

 

Nous sommes liés par son fabuleux récit, presque deux mille vers d’amour précoce, de confessions sans complexes. Son point de vue étonne, dérange parce qu’il transgresse nos limites. J’y vois là un geste nécessaire. Dans un monde où les repères sont en pleine mutation, la transgression m’apparaît alors comme un moyen d’identifier ces limites, de nommer ce qui nous entoure, de raconter aujourd’hui. Transgresser, c’est redéfinir. Créer la friction, c’est chercher la lumière. Jean-Paul fait ça tout le temps, si bien qu’il transcende les étiquettes.

Fragments d’un moment crucial.

Hall du Théâtre d’Aujourd’hui. Je vous raconterais bien des anecdotes croustillantes sur mon existence, mais voilà qu’elle se résume en quelques mots : Les cendres bleues.

Voilà deux semaines que l’équipe a envahi l’espace pour construire ce que sera cette production. Le dernier droit avant la présentation devant le public. Chaque jour est une longue enfilade de décisions et le texte de Daoust nous donne du fil à retordre. Imaginez, 2000 vers à livrer, à comprendre, à faire entendre.

Comment faire? On a des hypothèses, des bonnes même, mais peut-être qu’on se trompe, qu’on est totalement à côté de la plaque. Tant pis pour moi, je suis bien l’artisan de mes propres angoisses. Je n’avais qu’à initier un projet plus simple, mais ça ne fait pas partie de mes réflexes.

Il y a des corps qui marquent

On se souvient de leurs surprises

De leurs étonnements

Comme le sien

Un dépouillement d’arbre de Noël

Puisqu’aimer c’est aller publiquement à sa perte

Je veux juste qu’on dise ça, de la meilleure façon qui soit, je m’y emploie du mieux possible.  Sébastien, Jonathan et Jean y travaillent aussi de façon acharnée. Les deniers jours de répétitions ont été particulièrement périlleux, tiraillées entre moment de grâce et sclérose mentale. Les nœuds se défont et les possibles existent toujours.

Hier, Jean-Paul est venu assister à une répétition en compagnie de Josée Blanchette du journal Le Devoir. Nous étions si nerveux. Il est si impudique de dévoiler notre travail à cette étape, mais c’est incomparable face à ce que Jean-Paul nous livre dans son texte. Ça lui appartient tout ça. Il aurait été légitime qu’il se présente tel un empereur contemporain et ordonne, d’une réplique assassine, l’arrêt des travaux.

Heureusement, il n’est pas du tout comme ça. Il est plus soie que cuir.

Il s’est assis en silence, il nous a écoutés chercher et dire. Je l’ai senti ému, reconnaissant même. Sa précieuse visite nous donnera du carburant pour les semaines à venir.

Je retourne dans l’antre du dragon.

Latte à la lavande.

Ok. Une semaine et demie avant la première. Ok. Ok.

Une série de décisions doivent être prises. Ces choix vont donner à la production ses dernières couleurs. Normalement, ça devrait consolider tout le travail.

Il y a encore quelques nœuds à défaire, mais j’ai un petit truc pour ça : le latte à la lavande.

C’est ce que j’ai trouvé la semaine dernière, au lendemain d’une répétition particulièrement ardue. Ce latte à la lavande a eu l’effet d’une potion magique. Par la fenêtre de Fuchsia, épicerie fleur, la lumière de l’automne donnait à la rue Duluth tout le décor nécessaire à ma réflexion. Quelques gorgées et boom, tout s’est mis en place dans ma tête. Il faut dire que la veille, les comédiens et Mélanie m’avaient donné une tonne de matériel à mettre en place. Nous avions à nouveau brassé les cartes et je ne savais plus trop où se trouvaient mes atouts.

Donc, je suis là-bas en train de préparer mes propositions pour la répétition, attablé avec mon latte magique à la lavande, le regard pas tout à fait présent et la main placée bizarrement près de la bouche. Je joue les scènes à organiser, juste un petit peu, juste assez pour avoir l’air ridicule. J’oublie que ma table est tout près de la porte grande ouverte, j’oublie tellement que je suis en public que la belle Alexia Bürger, assistante à la direction artistique du Théâtre d’Aujourd’hui, qui passait par là, s’arrête et me regarde avec un grand sourire. Elle reste dans le cadre de la porte durant deux bonnes minutes avant que je me rende compte de sa présence.

Honte, je venais d’incarner le cliché du théâtreux. Pire, quelqu’un m’avait observé me vautrer dans mes idées. J’avais oublié ma pudeur, trop envouté par ce maudit latte à la lavande. N’empêche, la répétition suivante fut extrêmement juste et efficace. Nous avions trouvé le souffle nécessaire.

J’y suis retourné pour tester à nouveau la potion. Ça marche. Et tant pis si je prends en otage ce joli café avec mes airs trop introspectifs. Je suis prêt à tout pour amener ce texte là où il peut aller.

Je ne vous demande qu’une chose, soyez indulgent envers les gens qui se parlent seul. C’est peut-être la faute des lattes à la lavande.

Là en bouquet de cendres

Moi je l’aimerai toujours

Malgré l’appel des autres corps

L’eau s’en va toujours ailleurs

Les ailleurs amoureux

Mais ce grand corps qui se penchait sur moi

Que mes souvenirs hallucinent

Ses cheveux de saule pleureur

Le corps se débat

Le cœur intoxiqué

Souvenirs magiques

 

 

 

 

 

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  • Suzanne St-Denis

    Suzanne St-Denis
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