Cinéma Duras : L’homme atlantique de Christian LAPOINTE

12 février 2014 14h59 · Usine C

Avec L’homme atlantique (et La Maladie de la mort), le metteur en scène Christian LAPOINTE affronte le mythe de Marguerite DURAS. Ces deux courts textes que DURAS avait écrits au début des années 80 à Montréal se rejoignent par une thématique commune, l’incapacité ou l’impossibilité d’aimer.

La mise en scène de Christian LAPOINTE prend forme sur un plateau de tournage improvisé où les deux textes s’entremêlent et trouvent écho. Le dispositif mis en place rend hommage à trois grands axes du travail artistique développés par DURAS : le théâtre, le cinéma et la littérature.  Tout en mettant en évidence ce rapport bien particulier qu’a su créer Duras entre le son et l’image dans son travail cinématographique. Cette relation décalée entre l’image et la narration qui a sa propre temporalité, un rythme lent associé à la voix rocailleuse de DURAS.

L’angle privilégié par le metteur en scène Christian Lapointe est de reprendre le motif narratif propre à ces deux œuvres qui s’adresse au lecteur ou du moins à une personne tierce. L’homme atlantique est littéralement une bande-son d’un film écrit par DURAS, une grande partie du film se déroule dans le noir total, redonnant aux voix toute leur puissance. À ce sujet, Florence de Mèredieu décrit comme suit l’œuvre : « Constitué de chutes d’Agatha, bribes, traces, fragments insistants d’une mémoire itinérante, L’Homme atlantique est pour l’essentiel tramé de noir. Noir au sein duquel surgissent quelques rares images : un pan de mer, un visage, un pan de mer encore. » [florencedemeredieu.blogspot.ca] Tandis, que La Maladie de la mort emprunte une parole mystérieuse et incantatoire, rendant compte de l’impossibilité d’un homme à aimer une femme, une prostituée. La présence de l’autre, de la femme, n’est là que pour exprimer son absence. Ainsi, les deux textes se répondent sur scène dans un dispositif qui montre un film en train de se faire sous les yeux du public.

« Le metteur en scène propose une lecture envoûtante de cet étonnant diptyque, formé de La Maladie de la mort et de L’homme atlantique, deux propos complémentaires qui, en distanciant de façon consciente le spectateur, le prend en otage un instant, mais lui offre les clés pour pénétrer à l’intérieur du sens. »
— Lucie Renaud, Revue Jeu


 

© Yan Turcotte

L’homme atlantique (et La Maladie de la mort) de Marguerite DURAS — Extrait

Vous ne regarderez pas la caméra. Sauf lorsqu’on l’exigera de vous.
Vous l’oublierez. Vous l’oublierez.
Que c’est vous, vous l’oublierez.
Je crois qu’il est possible d’y arriver.
Vous oublierez aussi que c’est la caméra. Mais surtout vous oublierez que c’est vous. Vous.
Oui, je crois qu’il est possible d’y arriver, par exemple à partir d’autres approches, de celle entre autres de la mort, de votre mort perdue dans une mort régnante et sans nom.
Vous regarderez ce que vous voyez.
Mais vous le regarderez absolument.
Vous essaierez de regarder jusqu’à l’extinction de votre regard, jusqu’à son propre aveuglement et à travers celui-ci vous devrez essayer encore de regarder.
Jusqu’à la fin.
Vous me demandez : regarder quoi ?
Je dis, eh bien, je dis la mer, oui, ce mot, devant vous, ces murs devant la mer, ces disparitions successives, ce chien, ce littoral, cet oiseau sous le vent atlantique.
Écoutez.
Je crois aussi que si vous ne regardiez pas ce qui se présente à vous, cela se verrait à l’écran. Et que l’écran se viderait.
Ce que vous serez en train de voir là, la mer, les vitres, le mur, la mer derrière les vitres, les vitres dans les murs, vous ne l’aurez jamais vu, jamais regardé.
Vous penserez que ceci qui va se passer n’est pas une répétition, que ceci est inaugural comme l’est d’elle-même votre propre vie à chaque seconde de son déroulement.
Que dans le déferlement milliardaire des hommes autour de vous, vous êtes les seuls à tenir lieu de vous même auprès de moi dans ce moment là du film qui se fait.

L'homme atlantique

© Yan Turcotte

L'homme atlantique

© Yan Turcotte

L'homme atlantique

© Yan Turcotte

L'homme atlantique

© Yan Turcotte

 

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