Textos et chuchotements

22 octobre 2012 14h14 · Alexandre Duguay

Il y a un sale connard qui vous a demandé de vous taire au cinéma? Il se pourrait que ce soit moi.

Hélas, il semble que les spectateurs irrespectueux soient devenus monnaie courante… Tout comme ma charmante chef de section cinéma qui en a fait mention dans le Haut-le-coeur de sa dernière chronique, j’ai vécu une expérience similaire en subissant les nombreux, pour ne pas dire constants chuchotements de mes voisins de sièges en allant voir Sinister durant le week-end. Dans mon cas, à cause de cet irritant (parmi d’autres), j’ai eu beaucoup de mal à plonger dans le récit porté à l’écran. De toute évidence, cette mauvaise expérience a été la fois de trop. Tellement en fait, que je n’ai même plus envie de mettre les pieds dans un méga-ultra-multi-ciné-complexe.

Ce qui est triste et surtout frustrant dans tout ça, c’est que même si on réclame – avec politesse et diplomatie – un peu de silence, élevés sont les risques de subir des regards foudroyants et plus souvent qu’autrement, de se faire envoyer promener, ce qui rend la chose encore plus désagréable. C’est ce qui est arrivé à un type qui a demandé à une bande de jeunes de bien vouloir se faire discrets. Ça s’est produit en marge des bavards derrière nous et du couple à ma gauche qui eux, ce sont amusés à regarder à quelques reprises je ne sais trop quoi sur leur iPhone. À la base, on ne devrait même pas avoir à demander que l’on se taise. Mes visites au cinéma ne devraient pas se transformer en leçons de civisme. Dans cet esprit, afin de mettre au clair leur politique concernant les discussions, qu’elles soient de vives voix ou par messagerie texte, cette excellente publicité pour les cinémas Alamo aux États-Unis utilise justement le témoignage d’une cliente au paroxysme de l’individualisme, et de toute évidence mécontente, alors qu’on lui avait demandé de quitter le cinéma. Leur position est très claire, elle se résume à la tolérance zéro.

À la fin de la projection de Sinister, comme si nous tentions de minimiser, voire excuser ce phénomène que l’on ne devrait tout simplement pas tolérer, ma blonde et moi étions sur le point de conclure qu’il fallait s’attendre à tous ces moulins à parole et ces êtres atteints de « iphonite aiguë », puisqu’il s’agissait d’un film d’horreur. Dans la réalité, cette calamité semble s’être répandue pratiquement dans toutes les salles de projection, faisant abstraction des genres (cinématographiques), de l’âge, du sexe et du type de clientèle. Je me suis ainsi souvenu de la projection de Monsieur Lazhar, où j’ai dû demander aux gens assis à côté de moi de bien vouloir se taire, étant donné que le film avait débuté depuis quelques minutes. Je me suis également rappelé de cette dame qui avait répondu au cellulaire comme s’il était chez elle, lors des dernières minutes des Invasions Barbares. Cet été, pendant Fantasia, j’ai eu affaire à un type d’un certain âge qui devait dire tout ce qui lui passait par la tête durant le film. Les gens devant moi lui ont bien fait comprendre qu’il dérangeait, et pour ma part je lui ai demandé d’être plus discret à trois reprises… sans succès. Tout ceci vous semblera anecdotique, mais dans les faits, à l’exception des visionnements de presse (et encore là, certains ont du mal à ne pas jeter un oeil à leur précieux qui permet de twitter), presque toutes mes dernières expériences au cinéma ont été négatives. Il y a toujours des gens qui ne peuvent s’empêcher d’ouvrir leur saleté de téléphone intelligent. Ça doit être une maladie.

Si, telle la charmante demoiselle entendue dans la pub susmentionnée, certains croient qu’ils ont tous les droits sous prétexte qu’ils ont déboursé quelques dollars, ils devraient tenter de se mettre dans la peau de tous les autres qui ont aussi payé leur billet d’entrée, avec l’espoir (de plus en plus mince) de ne pas être distraits ou dérangés durant le visionnement. Pour moi, le cinéma est sacré. Il m’a toujours semblé que les meilleures conditions possibles contribuaient à l’immersion totale, rendant l’expérience cinématographique beaucoup plus satisfaisante. À cet égard, le silence est d’or. J’avoue être excessivement sensible à tout ce qui m’entoure, ce qui me rend plus alerte et forcément plus contrarié que d’autres. En revanche, mon hypersensibilité me permet de constater que bien des spectateurs sont tout aussi agacés, mais choisissent plutôt d’endurer, ce qui me paraît anormal.

Il y a certes des sujets plus graves en ce bas monde, mais je dois quand même le souligner : j’en ai plus que marre des casseurs de magie qui se multiplient dans les salles de cinéma. En ce sens, je rêve du jour où nos complexes emboîteront le pas en prenant une position plus ferme et identique à celle qui fait désormais la réputation des salles de cinéma sous la bannière Alamo Drafthouse. S’ils en sont incapables, j’ai une formidable suggestion pour eux : pourquoi ne pas s’inspirer des « projections pour parents avec bébé » et faire des « projections pour spectateurs avec déficit de l’attention ». Tous les bavards et pitonneux compulsifs pourraient ainsi manquer de savoir-vivre ensemble!

Sur ce trop-plein qu’il me fallait évacuer, je laisse le dernier mot à Alfred Hitchcock.

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    Critique/blogueur cinéma pour Voir et Ztele. Critique musical pour Bande à part et Boulevard Brutal. Ex-musicen métalcoolique.

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