Une nouvelle tuile pour les organisateurs de spectacles

28 août 2013 20h37 · André Péloquin

On imagine que l’équipe du Calgary Herald doit trépigner en constatant que le Canada entier se partage son article abordant cette nouvelle réglementation concernant les avis relatifs au marché du travail (AMT) pour travailleurs étrangers qui a été annoncée par le ministre de l’Emploi et du Développement social Jason Kenney et qui est en vigueur depuis le début du mois.

Ainsi, depuis le 31 juillet, les tenanciers de salles dont la fonction première n’est pas de présenter des spectacles (certains cafés, bars, etc.) devront verser 275$ par musicien étranger invité à se produire en spectacle au Canada. Montant qui s’applique également aux membres de leur équipe technique, logistique, etc. Cette somme supplémentaire s’ajoute au forfait de 150$ qui doit être défrayé pour les permis de travail de l’équipage. Cerise sur un sundae déjà assez amer: si le gouvernement venait à refuser la demande, le coût l’accompagnant ne sera pas remboursé et devra être payé à nouveau si l’artiste veut tenter le coup une seconde fois!

Une mesure qui, bien évidemment, multiplie de façon exponentielle la facture et le risque entourant l’organisation de concerts d’artistes internationaux dans des lieux qui n’ont souvent pas les reins – et les nerfs! – assez solides pour éponger de telles dettes.

Avant l’annonce, le montant par musicien était de 150$ jusqu’à un plafond de 450$ s’appliquant à la durée de la présente tournée. Ainsi, comme le rappelle le Calgary Herald, il n’était pas rare que les tenanciers de salles participant à la tournée de l’artiste invité se partagaient la note.

Localement, de nombreux intervenants se sont dits pris de cours par la nouvelle (d’où le fait que ce billet n’est pas encore riche en commentaires). Tout comme Spencer Brown, propriétaire d’une salle de spectacle de Calgary interviewé par l’Herald, Steve Guimond de la Casa Del Popolo s’est dit surpris et note qu’il n’a pas eu vent de consultations à ce sujet (NB: précisons toutefois que comme la Sala et la Casa ont obtenus leurs permis de salles de spectacle, ils ne seraient pas affectés par la réforme).

Un représentant du gouvernement interrogé par Mike Bell, le journaliste derrière le texte, fait toutefois valoir une exception… qui n’aide en rien les artisans de petits lieux de diffusion. Ainsi, la nouvelle formulation ne s’appliquerait pas aux musiciens dans un groupe participant à une tournée de prestations ou de festivals… à condition que ces concerts ne se donnent pas dans des bars ou des restaurants. Plus loin dans l’article, le représentant gouvernemental note que la mesure est imposée afin de s’assurer qu’on engage des travailleurs canadiens avant de lorgner l’internationale. Plus tôt aujourd’hui, Kenney lui-même optait pour cette explication sur Twitter lorsqu’interrogé à ce sujet.

Une notion de protectionnisme qui est sans doute louable dans certains secteurs, mais vraiment pas en musique!

Déjà que le disque ne vend plus, si on en vient à réglementer la bonne vieille « gig » avec un cadre semblable, notre foisonnement culturel va en baver, autant du côté des mélomanes que des artistes qui pourraient s’inspirer d’artistes étrangers aperçus en concerts chez nous.

« Bonne nouvelle » pour les artistes canadiens qui seront donc privilégiés, mais puis-je me permettre une question, M. Kenney? Si je ne suis jamais allé voir Swollen Members en show, pensez-vous VRAIMENT que je changerais si le groupe se ramène au Québec à chaque deux semaines pour présenter le même mautadine de tour de piste!?

En réaction à la nouvelle, une pétition circule présentement. Cliquez ici pour la consulter et, sait-on jamais, la signer comme plus de 20 400 personnes avant vous…

Détails et témoignagnes à venir…

AUSSI A LIRE

Partagez cette page

Classé dans :  Divers
+ sur le même sujet :  , , , ,

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

À lire aussi

+ Ajouter le vôtre Commentaires 2

  • 30 août 2013 · 15h17 Michel Boisvert

    Cela m’apparait tout à fait justifié que le gouvernement mette un terme au FARWEST en art. Les clubs et les petites salles de spectacle qui vivottentt sur le dos des artistes vont devoir revoir leur façon d’escroquer. L’artiste n’est pas un produit avec lequel tous et chacun peut faire des profits avec. Une meilleure gestion de la diffusion de l’art peut se faire autrement qu’à travers les bars. Ça c’était bon dans le temps du rush d’or dans la mentalité des gens sans éducation quand il n’y avait pas encore de conscience sociale envers l’art. C’est fini hourra! Passons aux choses sérieuses avec les artistes.

    • 30 août 2013 · 15h26 André Péloquin

      Bonjour M. Boisvert,

      Je ne vois pas trop en quoi ces artistes sont exploités. Les artistes visés – ceux de l’étranger – viennent ici pour promouvoir leur musique, gagner un nouveau public et faire quelques sous au gré des concerts. Ils doivent donc obtenir la paperasse, planifier leur tournée (en solo ou avec de l’aide) puis jouer ces fameux concerts. Ça fait pas mal d’étapes à accomplir avant de finalement se faire exploiter ici, non? Bref, comment se font-ils exploités dans ce contexte? J’aimerais savoir.

      Vous parlez ensuite de la gestion de la diffusion de l’art. Well, l’APLAS, l’Association Association des petits lieux d’art et de spectacles, n’a plus de site web (ou il est hors ligne; m’enfin, le http://www.aplas.ca ne répond plus). Disons que cette réorganisation va plutôt mal. Avez-vous des pistes à nous fournir en ce qui concerne cette réflexion?

      En attendant, merci et bonne journée!

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

À propos RSS

  • André Péloquin
    André Péloquin est chef de la section musique du Voir. On peut le rejoindre au apeloquin@voir.ca.

S’abonner au blogue

@andredesorel

+ @andredesorel →