Ses tableaux ont fait le tour du monde mais c’est à Longueuil qu’il présente une série de toiles jamais exposées pour cause de censure: Serial Killers. Le travail de Marc Séguin n’a rien d’étrange, c’est lui qui le dit.

Marc Séguin prévient: "Je ne réfléchis pas trop, va falloir que tu fasses un effort." N’empêche, une heure et demie de conversation plus tard, on a appris que "les artistes en arts visuels n’ont pas de visage", que l’artiste est "une tour de retransmission pour le public", et l’Amérique, "malade de célébrer sa propre violence". Vrai que Marc Séguin a beau avoir été exposé à Paris, New York et avoir fait les cimaises du Musée d’art contemporain de Montréal, ses traits ne nous sont pas familiers. Ses toiles, par contre, et ses dessins, monumentaux, ont déjà accroché notre regard. Donné à voir, plus d’une fois, l’espace ténu entre la réalité et notre représentation des choses.

Paradoxe. Marc Séguin n’aime pas le confort moral. Raison qui l’a poussé à quitter son atelier de la rue de Bellechasse, à Montréal, pour s’installer à Brooklyn. Depuis, des allers-retours entre la ville et la ferme, quelque part à la frontière des deux États. "Cinq heures de route, rien du tout." Entre urbanité et vie sauvage, un point d’équilibre et la prémisse d’un documentaire sur l’artiste réalisé pour Radio-Canada. "Je crois que ça va s’appeler Dialogue avec le territoire", dit-il, un peu perplexe. Son territoire, Marc Séguin l’a définitivement délimité aux quatre coins de l’Amérique, peut-être le seul point commun entre ses deux présentes expositions et le livre qu’il vient de publier aux éditions Leméac: "Le lien s’est brisé avec la France, peut-être lors du départ à New York. C’est une question de génération, je crois, un truc organique."

BROUILLER LES PISTES

De fait, l’oeuvre de Marc Séguin est imprégnée de cette américanité. De ses références, d’abord, les artistes qu’il représente, anonymes, dans sa série Généalogie et Rébellion, actuellement à la Galerie Simon Blais: Andy Warhol, Jackson Pollock, Francis Bacon, tous masqués sous l’intitulé, un peu pompeux, d’"Autoportrait". De l’Amérique crasseuse aussi, fascinée par sa propre violence jusqu’à ses serial killers, dans la série du même nom: "Tout ce souk et ce baratin autour de ces trucs-là… Billy the Kid pouvait tirer des deux mains, formidable!"

De l’Amérique et de l’identité perdue enfin, avec son livre La Foi du braconnier, dans lequel il brouille les pistes en appelant son personnage principal Marc S. Morris, chasseur et existentialiste. Un brin mytho? "Ma vie est bien plus rock’n'roll que le livre!" On le croit: quatre enfants ("j’ai pas dormi depuis 11 ans"), plusieurs expos, un bouquin, et deux équipes de tournage sur le dos: "Un journaliste du New Yorker a décidé de nous filmer, moi et mon ami Martin Picard, lors de nos trips de chasse au caribou à la baie James. Il est presque mort."

Ironie. À force de démonter les icônes, le travail de Marc Séguin est devenu iconographique, en plein dans le mille d’une esthétique minimaliste inspirée de la BD. "Je m’en fous", dit-il simplement, rappelant au passage que ses toiles de la série Serial Killers datent de 2005, et ont été censurées par le New York Times. Le comble de la gloire, en quelque sorte, mais rien pour lui monter à la tête: "New York est une ville de fous. Tu peux être un vrai trou de cul et faire parler de toi quand même." (A. Lehmann)

ooo

LE COTE OBSCUR DE L’HISTOIRE

John Heath; The Bisbee Massacre, Clay Allison Shooting Out Chunk Colbert, St. Valentine’s Day Massacre; Al Capone… la liste est glauque, évocatrice et porteuse d’histoire. L’autre histoire: celle des meurtres, assassinats et massacres en tous genres. Vingt-cinq titres, 25 dessins de l’artiste Marc Séguin, comme autant de rappels de ces faits divers plus ou moins notoires qui se sont produits ici, sur notre continent. Des dessins crayonnés au graphite aux allures de storyboard d’un polar à venir. Chacun de ces sombres crimes est présenté froidement, en plein centre de la page, parfois décalé vers le bas. La facture est sobre et clinique. Outre le trait pâle du crayon, le rouge martèle sa note tragique, souvent accompagné de noir. Le tueur affiche un sourire satisfait ou une attitude concentrée, ce qui pousse davantage la tension, déjà bien présente. Troublant. (N.Paquin)


Partagez cette page

+ Ajouter le vôtre Commentaires 1

  • 2 février 2012 · 14h47 Denis Michel

    C’aurait été bien que l’article mentionne les dates et l’endroit à « Longueuil qu’il présente une série de toiles jamais exposées pour cause de censure ». Où ça Longueuil.

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel