Damien Hirst, on aime ou on n’aime pas. OEuvre ludique et colorée pour les uns, Ikea destiné aux riches pour les autres, son travail est à tel point sujet de polémique que nous avons donné, à l’occasion de l’exposition que lui consacre la Galerie de Bellefeuille, la parole à nos deux critiques. Il fallait s’y attendre: ils ne s’entendent pas!

ANNONCER SES COULEURS

Ça faisait déjà un bout de temps que les propriétaires de la galerie étaient en négociation avec le studio de Damien Hirst. Il faut dire qu’arriver à exposer l’artiste n’a pas été une mince affaire: c’est en fait la première fois qu’on peut voir de ses oeuvres dans une galerie privée canadienne. D’ailleurs, l’écurie Hirst a des vues bien arrêtées sur la question et tout a été réglé au quart de tour: l’encadrement, le blanc omniprésent dans la scénographie (impeccable), les impressions – il faut souligner la qualité des impressions.

Pour mémoire, Damien Hirst est l’artiste conceptuel britannique qui a fait couler beaucoup d’encre en 2007 alors qu’il vendait, pour 100 millions de dollars, For the Love of God, moulage en platine du crâne d’un homme du 18e siècle, incrusté de 8601 diamants. Ce qu’on dit un peu moins souvent, c’est que l’oeuvre a en fait été achetée par un consortium d’investisseurs dont l’artiste fait lui-même partie. Depuis, presque tous les articles qui traitent de ce dernier commencent par des chiffres. Oui, Hirst est riche, très riche même, il est un homme d’affaires prolifique et une centaine de personnes travaillent pour lui en tout temps. Mais une fois ceci dit, on a le plus souvent affaire à une sorte d’occultation de sa production derrière ses stratégies mercantiles.

Ce qu’il faut surtout garder en tête, s’il ne faut garder qu’une chose, c’est que son oeuvre tout entière est une réflexion sur la finitude de l’existence et sur ce passage obligé de vie à trépas. Mais la mort n’y est jamais menaçante; elle y est en fait assez ostentatoire et plutôt sympathique.

Près d’une cinquantaine d’objets peuplent la salle d’exposition qui lui est consacrée chez Bellefeuille. Jolie surprise: c’est frais, coloré et, somme toute, absolument savoureux pour le regard. Toutes les préoccupations récentes de la production de l’artiste s’y retrouvent: papillons à profusion (les Psalm Prints et autres Spirit, Emerge, Reveal et To Lure), crânes recouverts de peinture lustrée multicolore, spot paintings (cette sélection de couleurs qu’on reconnaîtrait entre toutes) et une bonne dose de pharmacopée délirante. Quelques produits dérivés portant la griffe de l’artiste, des sérigraphies et des eaux-fortes en séries limitées, surtout. Quelques originaux, aussi, dont ce drôle d’autoportrait aux rayons X que Hirst s’est fait faire au Mexique.

L’oeil du collectionneur remarquera d’emblée qu’il s’agit d’oeuvres du marché primaire. Le non-collectionneur pourra en profiter pour se faire une cure colorée et silencieuse de memento mori contre la grisaille de l’automne. Ça fonctionne.

Jusqu’au 6 décembre
À la Galerie de Bellefeuille
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Hirst, pour et contre Critique par - 2010-11-11
Cote: 3


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