Le Musée des beaux-arts présente plusieurs expos dont deux ont particulièrement retenu le regard de notre critique. Photos françaises du 19e siècle et art contemporain sont au menu.

À voir cette intéressante expo de photographies françaises du 19e siècle (tirées de la collection du Musée des beaux-arts d’Ottawa), une question surgit: la technologie a-t-elle un si grand impact sur notre rapport au monde?

Le cliché veut en effet que la photo ait changé la peinture et l’art, certains diraient même notre manière de regarder le monde… Selon l’une des hypothèses, la photo a libéré l’artiste de la nécessité de représenter le réel (le photographe faisant cela mieux que le peintre), ce qui aurait ouvert la voie au long processus de la révolution de l’art moderne menant à l’art abstrait. Pourtant, la modernité qui s’enclenche avec le romantisme débute plusieurs décennies avant que Niepce, Daguerre et Bayard ne développent l’idée de la photo.

Une autre hypothèse veut que les peintres s’en soient beaucoup inspirés, en particulier lorsque l’instantané photographique fut développé. Pourtant, à parcourir cette expo, c’est tout le contraire qui semble vrai. La photo apparaît comme étant à la remorque de la peinture; comme ayant très longtemps réitéré les genres picturaux conventionnels: paysages, natures mortes, portraits (Daguerre, Carjat…), nus académiques (entre autres de Félix Jacques-Antoine Moulin)… De plus, la photo fut longtemps engluée dans les styles picturaux qui étaient connus de la population: paysages inspirés des romantiques dans les clichés (néanmoins fabuleux) de Gustave Le Gray, ou influencés par l’école de Barbizon… Et si, après 1860, elle semble tentée par le désir d’instantanéité, elle doit beaucoup alors à l’art hellénistique (dès le 3e siècle avant Jésus-Christ!) et à l’art baroque (17e et 18e siècles) qui avaient inventé ce concept bien avant que la plaque photographique ne soit assez sensible pour saisir le moment évanescent.

Ce n’est pas la technologie qui change notre rapport au monde, c’est ce que nous faisons avec les technologies qui peut avoir (ou pas) un impact sur le monde.

Bleue comme une orange

Toujours au MBA, il faudra aussi voir l’expo La terre est bleue comme une orange, qui présente une sélection de sa collection d’art contemporain. Le titre provient d’un poème d’Éluard et souligne certainement comment l’art actuel doit encore beaucoup au surréalisme. Il y a dans cette sélection plusieurs pièces remarquables de Massimo Guerrera, Valérie Blass, Kiki Smith, Tetsumi Kudo, David Rokeby

À voir si vous aimez /
Daguerre et Blass

Photographies françaises du XIXe siècle:

La terre est bleue comme une orange:

La technologie comme outil de changement Critique par - 2011-01-06
Cote: 3


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