La sculpteure Valérie Blass ne fait pas dans le monument. Elle travaille des matériaux inusités et qui semblent sur le point de vaciller. Une oeuvre pourtant très solide.

Il y a chez Valérie Blass la poursuite et la reformulation de questions très modernes, comme la sculpture du 20e siècle nous en avait proposé: intégration d’objets trouvés et de nouveaux matériaux (on est loin du bronze), assemblages et collages étonnants d’objets ou de textures disparates… Il y a en effet chez elle un intérêt renouvelé pour des matériaux hétéroclites.

Comme l’écrit l’historienne Helena Reckitt dans le catalogue de l’expo, chez Blass, "le polystyrène et les tuyaux de caoutchouc valent bien le marbre et la porcelaine". Dans Femme panier, Blass utilise des collants et un mannequin, dans d’autres pièces, nous retrouvons de l’uréthane expansible, de la cuirette… Elle n’hésite pas à trouver ses "matériaux dans la rue, à l’Armée du Salut ou chez Dollarama, ou dans un magasin de fournitures industrielles". "Je vais à la quincaillerie plusieurs fois par jour", confie-t-elle à Reckitt.

Cela en fait-il une artiste tournée vers le passé? Pas du tout. Une autre duchampienne? Pas tout à fait. Il y a chez Blass un intérêt exacerbé pour le presque rien, le fragile qui a toute sa pertinence de nos jours. Tout à fait dans l’esprit de l’expo Unmonumental qui avait lieu au New Museum à New York fin 2007 et où la sculpture contemporaine montrait son intérêt pour le dérisoire. Son travail a en effet des liens avec ceux de Matthew Monahan, Rebecca Warren et même Rachel Harrison qui étaient alors présentés.

À l’heure où la sculpture refait dans le monumental et le grandiloquent, l’oeuvre spectaculaire pour collectionneur très riche, les sculptures de Blass jouent à mettre en scène la fragilité, le presque rien. Mais son travail est aussi un pied de nez aux grandes machines de l’art contemporain: films artistiques à gros budget durant parfois des heures (ou des jours), installations interactives complexes qui réinstaurent une certaine croyance en la technologie et au progrès…

L’expo Petit losange laqué veiné ramène la sculpture et l’art à une échelle plus petite et à une prise en charge du presque insignifiant qui se dévoile porteur de valeurs sociales ou intellectuelles. Il y a chez Blass un sous-texte important sur les identités sexuelles, une symbolique sur les liens inusités entre des objets et des idées, mais aussi entre des idées disparates, sur la structure inusitée de la pensée et de la création.

À voir si vous aimez /
Gilles Mihalcean

Pour le coq-à-l'âne Critique par - 2011-01-27
Cote: 4


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