Le livre au poing

17 mai 2012 10h30 · Candide Proulx

Hier en cherchant un livre à prêter, je suis tombée sur l’autobiographie d’Angela Davis. Rectangulaire, le livre ressemble néanmoins à un carré rouge avec sa couverture rouge et sa tranche rouge sur lequel le visage d’Angela Davis et sa coiffure afro se détachent.

Prof de philosophie et haute figure des études féministes, socialiste convaincue, jadis membre des Black Panthers, Angela Davis a joué un rôle marquant dans le mouvement américain pour les droits civiques. Suspectée d’avoir organisé et armé une prise d’otage mortelle dans un tribunal en 1970, elle est condamnée à mort puis acquittée un an plus tard, à la grâce d’un soutien populaire international.

Loin de moi l’idée de comparer l’action militante de Davis avec le soulèvement des étudiants québécois mais relire cette autobiographie aujourd’hui, c’est s’imprégner d’un esprit révolutionnaire profondément humaniste dont les principes restent pertinents, presque indépassables : préférer l’action politique organisée à la violence qui défoule ; combattre l’injustice par l’éducation d’abord, même s’il est fraternel, informel et hors des cercles sanctifiés des institutions ;  viser l’émancipation de tous plutôt que l’amélioration des conditions de vie de groupes sectarisés.

Mais l’autobiographie de Davis se garde bien de prêcher. Son récit est haletant, tendu comme une corde de violon, fait d’actions et de rebondissements, jamais douloureux ni amer.

Angela Davis habite toujours aux États-Unis et elle continue le combat, notamment en dénonçant l’injustice qui découle du système carcéral américain. En entrevue dans Le Soir (Belgique) elle déclarait récemment : «Notre responsabilité est de toujours tenter de changer le monde, de considérer que c’est possible. Mais il faut aussi accepter l’idée qu’il n’y a jamais de garantie. Et que, quand on enregistre une victoire, on ne peut pas considérer cette victoire comme une fin en soi, parce qu’alors, elle se transformera inévitablement en défaite. Simone de Beauvoir a dit : « Si vous vivez longtemps assez, chaque victoire se mue en défaite ». Pour ma part, j’ajoute : « Si vous vivez longtemps assez, vous pouvez transformer chaque défaite en victoire ». (édition du 16 mai 2012)

Femme incontournable, lecture essentielle.

 

Angela Davis
Autobiographie
Éditions Albin Michel
(coll. Le livre de poche)
511 p.
1975

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    Recherchiste, journaliste, croqueuse de tranches et tourneuse de pages, impatiente impénitente. J'alimente ce blogue avec mes lectures du moment en espérant un jour avoir de la place pour poser un verre d'eau sur ma table de chevet.

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