En 1998, alors qu’il traversait une période creuse, Tim Burton a tourné une pub pour la gomme à mâcher française Hollywood. Dans ses Entretiens avec Mark Salisbury, il décrit ainsi la chose: «C’était une expérience à tenter. En plus, c’était assez simple à réaliser et correctement payé. Mon problème, c’est que j’envisage tout ce que je fais comme si c’était un long métrage. Des amis m’avaient pourtant dit: “Quand tu réalises une pub, fais-la, prends l’argent au passage, mais ne t’implique pas.” Mais ça m’est impossible. De toute façon, avoir affaire à des commanditaires, c’est comme avoir affaire à une compagnie de cinéma: j’en ai plein le dos.»

Après avoir vu les Lions de bronze, d’argent et d’or de même que le Grand Prix des Lions de Cannes, lesquels ont été remis en juin dernier aux meilleurs films publicitaires des quatre coins du monde, incluant un spot télé réalisé par l’agence québécoise lg2 pour Krispy Kernels!, je me suis dit que plusieurs réalisateurs s’impliquaient autant que Burton sur le plateau. De fait, comme chaque année, on retrouve parmi ces pubs des petits bijoux qui émeuvent, amusent et surprennent avec autant de force que des courts métrages de fiction ou documentaires.

Vous me direz sans doute: quel est l’intérêt de s’installer dans une salle obscure pendant deux heures pour regarder en rafale des pubs? Moi la première, il m’arrive de zapper pendant les pubs, quand je ne chiale tout simplement pas contre la médiocrité des vulgaires réclames publicitaires qui pullulent sur nos ondes. Et pourtant, quand les Lions de Cannes s’amènent au cinéma, je réponds présente. En fait, je vous dirais que j’ai autant de plaisir à découvrir ces pubs que vous en avez à voir en primeur celles diffusées durant le Super Bowl… sauf que je n’ai pas à me taper un match de football!

Parmi mes coups de cœur de l’année, j’avoue avoir été soufflée par le court métrage d’animation à saveur environnementale de la chaîne Chipotle, avoir rigolé durant les brefs et hilarants spots de DirectTV et frissonné devant l’émouvante pub du Mumbai Mirror. Je dois tout de même avouer que ce qui me déçoit dans cette présentation des Lions, c’est que l’on n’y retrouve pas le nom du réalisateur ayant signé chaque pub, celui-ci laissant sa place au nom de l’agence. Qui sait si ne se cachent pas derrière ces petits films de grands noms du cinéma ou les jeunes loups de la relève?

Du 7 au 20 décembre, au Cinéma du Parc, cinemaduparc.com
Du 7 au 20 décembre, au Cinéma Le Clap, clap.qc.ca

 

Coup de cœur: Le 10 décembre, ce sera la Journée internationale des droits de l’Homme. À cette occasion, l’ONF offrira gratuitement en ligne, les 7, 8 et 9 décembre, le documentaire de Paul Émile d’Entremont Une dernière chance. Présenté lors du dernier festival image + nation, ce film aussi touchant que percutant trace le portrait de personnes ayant demandé l’asile politique au Canada parce qu’elles étaient persécutées en raison de leur orientation ou de leur identité sexuelle dans leur pays. On y suit entre autres Trudi, lesbienne jamaïcaine dont le mantra est devenu au fil des ans «Don’t kill me», Carlos, père de famille colombien devant prouver aux autorités canadiennes qu’il est réellement homosexuel, et Jennifer, transsexuelle libanaise rejetée autant par la société que par sa famille. Si le film illustre sans fard les répercussions de l’homophobie dans certaines cultures, Une dernière chance met également en lumière les carences du système d’immigration au Canada.

Haut-le-cœur: Je l’avoue, les versions doublées, très peu pour moi. Ainsi, lorsqu’un film dans une autre langue que le français prend l’affiche, je choisis d’aller voir la version originale (ou la version sous-titrée lorsqu’il s’agit d’une œuvre de Ken Loach ou d’un film dans une langue autre que celle de Shakespeare). Cela ne veut pas dire toutefois que je rejette le doublage en bloc. J’étais d’ailleurs choquée que Lincoln de Steven Spielberg ne prenne l’affiche qu’en version originale seulement. Et parce que ce film est plus que bavard, je pense même que la meilleure façon de lui rendre justice serait d’en offrir une version doublée. Or, comme nous l’a appris Marc-André Lussier de La Presse la semaine dernière, le public francophone n’aura droit qu’à la version doublée en France, le 18 janvier. La raison? Ne croyant pas au succès du film auprès des francophones, les Studios Disney n’ont pas voulu perdre des sous dans une version doublée chez nous.

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