Laissez-moi vous parler de ma blonde. Et du même coup, laissez-moi vous parler du système qui vous surveille.

Depuis quelques mois, nous attendions un deuxième enfant. Ma blonde avait été hospitalisée à deux reprises et les médecins avaient usé de franchise avec nous: c’était bien loin d’être gagné d’avance.

Et puis, au début janvier, la vie a fait son choix. Ça a commencé par des contractions, et quelques heures plus tard, ça s’est terminé par un accouchement trop prématuré.

Comme la grossesse n’en était qu’à 24 semaines, quand même nous aurions voulu faire quoi que ce soit, toute tentative de sauver cet enfant aurait été de l’acharnement pur et simple. C’est donc moins de 20 minutes après sa naissance qu’Éli s’éteignait, alors qu’il était blotti au creux de mes bras.

Une histoire tragique, vous dites? Ouais. Pas pire.

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Quand on attend un enfant, on fait des plans. Non seulement on se prépare mentalement, mais on règle un tas de trucs administratifs. Comme les fameux congés parentaux, par exemple.

Et quand on attend un enfant et que ça se met subitement à merder, on refait des plans. Et là, même si je ne veux pas tomber dans la victimisation, vous comprendrez que c’est lourd. Ce n’est pas de gaieté de cœur, disons…

Je ne vous le cacherai pas, on a beau avoir eu Serge Postigo qui a parlé du deuil d’un nouveau-né à Tout le monde en parle, le sujet est tellement tabou que notre système est pas mal dépassé par ça. Certes, on y a pensé un peu, mais on a plus droit à une job de «patchage».

En fait, si jamais une telle histoire vous arrivait (et je ne le souhaite même pas au chanteur de Nickelback), vous comprendriez assez rapidement le sens de l’expression «assis entre deux chaises».

Or, ma blonde a fait ses devoirs et a téléphoné à toutes les instances gouvernementales possibles pour mettre son dossier à jour. Mais alors qu’on croyait que tout était réglé, un fonctionnaire a décidé de rouvrir son dossier.

«Et si madame avait inventé toute cette histoire…?» qu’il a dû se dire.

Tsé le genre d’idée de génie de merde.

Je comprends qu’il y a du monde assez débile pour inventer des histoires de même, mais si jamais tu es fonctionnaire et que ça te tracasse, me semble qu’il y a 10 000 façons de valider ça sans avoir à appeler la mère endeuillée.

Le pire dans tout ça, c’est qu’après avoir fait capoter ma blonde en lui téléphonant à cinq reprises, le fonctionnaire a eu la gentillesse de la croire, mais à la condition qu’elle lui envoie une preuve par écrit! Oui, oui. Il l’a rushée pour qu’elle aille au complexe funéraire afin de se procurer un certificat de décès!

Quand t’as autant de compassion qu’une couille d’éléphant…

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Chaque semaine, j’entends des gens se vanter de leurs petites crosses à l’assurance-emploi. «T’as rien qu’à dire ça pis tu vas passer tout de suite!» Dommage que ce ne soit pas une job parce que des spécialistes, on en aurait à la tonne.

Peut-être que je me trompe, mais si j’étais chargé d’évaluer les demandes d’aide gouvernementale de toute sorte, au lieu d’aller écœurer des mères qui viennent de perdre leur bébé, je sortirais de mon bureau et je ne ferais que tendre l’oreille.

Je ne dis pas qu’il y a des catégories de gens qui devraient être à l’abri de tout doute. Ce serait juste niaiseux d’avancer une telle chose. Toutefois, ce ne serait pas fou qu’il y ait des dossiers que l’on traite autrement.

Au cours des dernières années, on a tranquillement remplacé les réceptionnistes par des boîtes vocales et on encourage de plus en plus les gens à remplir des formulaires en ligne au lieu de contacter directement des agents au téléphone. La bonne nouvelle, c’est qu’on va économiser beaucoup d’argent en ayant moins de fonctionnaires.

Pas besoin de les remplacer parce que de toute façon, un robot aurait plus de cœur.

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