Le mauvais goût de la lettre en question a été mille fois répété. Le mauvais goût dans la réaction générale a pour sa part trop peu été abordé. 

On se l’est dit mille fois: la lettre érotique à l’intention de Mariloup Wolfe, rédigée par le blogueur Gab Roy dans le cadre de la (non)rupture de son couple, était dégoûtante (et a été retirée depuis). Il s’agissait de mauvais goût qui transformait Michel Beaudry en Simone de Beauvoir. Mais les réactions ont suscité quelques malaises chez moi. Les voici.

(NdR: J’essaierai de m’éloigner de l’erreur littéraire de mon ami pour me pencher plutôt sur les réactions générales envers le personnage.)

1. La mémoire sélective: Et si une personnalité web très bien connue avait publié un statut ou un tweet dans lequel elle fantasmait de s’acheter un godemichet pour sodomiser un détracteur sans consentement? Serait-ce plus acceptable parce que c’est un statut plutôt qu’un article? L’agression sexuelle est-elle injustifiable en prose, mais acceptable en haïku?

2. L’indignation sélective: Face aux accusations de sexisme et de machisme de l’intervention de Gab Roy, doit-on peut-être se rappeler que, quelques jours plus tôt, dans le cadre de l’initiative des Janette, la comédienne Denise Filiatrault avait expliqué en ondes que toutes les femmes voilées étaient folles, et que les mœurs des gens qui viennent de ces pays (excluant la possibilité qu’une femme voilée puisse être née ici) impliquent souvent des noyades, entre autres. Dans ce cas de sexisme et de racisme à peine voilés, on a eu droit à des rires timides et des silences non-accusateurs de Paul Arcand. Personne n’a demandé à ce qu’on retire les publicités des ondes de la station.

3. Deux poids, deux mesures: Des années avant la triste lettre de Gab Roy, la blogueuse Mélodie Nelson courait les événements montréalais et leur donnait une tournure sexuelle fictive dans à peu près tous ses billets de blogue. Elle parlait régulièrement de foutre et d’humiliation. Punie? Plutôt, elle par la suite publié un livre (magnifique page couverture d’ailleurs) et écrit professionnellement (et toujours avec autant de talent) pour canoe.ca.

4. (MàJ) Le flou artistique: La polarisation de ce texte a fait en sorte qu’il était difficile de débattre à savoir s’il s’agissait de fiction médiocre ou de fantasme d’agression. Une fiction de viol ou une agression réelle? Le débat, somme toute, semble difficile.

5. Le mot d’ordre: Noam Chomsky, parlant de politique américaine, explique qu’il y a un espace discursif très restreint octroyé au débat dans les médias, mais qu’à l’intérieur de cet espace les gens peuvent être très virulents. Le postulat de base auquel il fallait absolument se soumettre en discutant de cette affaire, c’était d’avouer que son texte était impardonnable, injustifiable et horrible. Affirmer autrement nous disqualifiait de l’arène discursive du moment, comme un politicien américain qui ne voudrait pas nier la malveillance inhérente du socialisme.

6. Œil pour œil: Dans l’indignation envers la lettre de Gab Roy, on a eu droit sur les réseaux sociaux à des textes plutôt violents qui appelaient au suicide de l’auteur de la lettre en question, entre autres. Ce n’est pas parce qu’on exige la tête du Roy fautif qu’on n’est pas capable d’indécence. «Toi t’es capable de le faire, moi aussi», ça marche peut-être dans une cour d’école et en politique internationale, mais d’un point de vue argumentatif, c’est une dégringolade intellectuelle.

7. Conclusions hâtives:


Photo : VOIR

La veille de la publication de la lettre érotique (ou pornographique), le VOIR avait publié une image de six personnalités du Web, l’une derrière l’autre, faisant référence aux tableaux de l’évolution que l’on connait si bien. Aucune information n’est sortie de la part du VOIR, mais les conclusions ont été tirées rapidement: Gab Roy allait avoir un blogue au VOIR, rumeur partagée avec une certaine certitude à l’émission de radio de Catherine Perrin à Radio-Canada (et rectifiée depuis). Or, la seule information concernant le lien entre Gab Roy et le VOIR, c’était cette image. Il pouvait s’agir d’un documentaire sur le web à paraître en ligne le 12 novembre. Il pouvait s’agir de portraits individuels de ces créateurs qui pourraient sortir une fois par semaine. Il pouvait même s’agir d’un blogue au VOIR. Mais dans l’ignorance totale concernant la nature réelle du projet, on a assisté à des conclusions hâtives qui dénonçaient un blogue inexistant qui n’avait jamais été annoncée par la boîte.

8. L’appel à la censure: Bien que les propos puissent avoir été horribles, ils ont inspiré un appel à la censure assez douteux. Sur les réseaux sociaux et certains articles, toujours, on parlait de baliser la liberté d’expression ou de faire taire le blogueur pendant une certaine période. Si nos lois encadrent suffisamment bien la liberté d’expression et la diffamation, n’était-ce pas à la loi déjà existante de s’en charger? Sinon, qui deviendrait la police du bon goût, prêt à faire fermer des blogues ou mettre de la pression pour couper les annonceurs sur le site?

9. La fierté dans l’ignorance: on a assisté à une étrange habitude sur les réseaux sociaux lorsque vient le temps de parler d’une (autoproclamée ou non) webstar. Plusieurs s’amusent à dire, fièrement, qu’ils ne savent pas qui est cette personne, et que tout le monde devrait atteindre leur degré d’ignorance pour retourner à un état fœtal de bonheur en ligne. Or, avec Google et la barre de recherche Facebook à ta disposition, la question «Mais c’est qui Gab Roy anyway» fait tout simplement preuve de paresse intellectuelle tout à fait déplorable.

10. La culture du silence: dans le cadre de l’indignation commandée de multiples voix puissantes du web québécois, il devenait difficile de s’exprimer sans sentir qu’on se fermait des portes ou qu’on était éternellement exclu d’une certaine communauté intellectuelle ou médiatique. Contrairement aux appels officiels de censure envers Gab Roy, il n’y a jamais eu d’appels au silence de ses possibles supporteurs (ils et elles existent et ces gens se manifestent surtout en message privés), mais la position était considérée comme tellement inacceptable que le moindre fait de pointer les failles argumentatives ou les réactions excessives relevait de la possible ostracisation sociale. Bien dommage quand des esprits brillants refusent de s’entendre.

Le Web, en 2013, devrait peut-être réfléchir sur certaines de ses attitudes. Ce n’est pas parce qu’on est meilleur que le pire qu’on n’est pas mauvais.

*J’ai retiré mes propos initiaux du point numéro 4, ayant mal interprété les propos de l’avocate Véronique Robert. Je tiens à m’en excuser sincèrement. Je relirai une ou deux fois ses textes avant de m’aventurer dans une interprétation possiblement malhabile.

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 17

  • 28 octobre 2013 · 12h05 Frédéric Verville

    J’ai comme un malaise intellectuel en lisant ce texte. Particulièrement la section sur Véronique Robert. Pour quelqu’un qui critique certains manques de nuance dans cette affaire, je pense qu’il y a une grosse distinction à faire entre rappeler la définition légale de ce qu’est une agression sexuelle à celles et ceux qui minimisaient totalement la chose et défendre quelqu’un qui se fait poursuivre au criminel pour mettre en scène des fictions, tout aussi douteuses, qui auraient très bien pu figurer dans n’importe quel film. D’ailleurs, comme le dit Mme Robert :

    « Je pense qu’on a droit d’avoir une opinion en faveur ou en défaveur de la chose, mais ici, c’était un procès criminel, a-t-elle poursuivi. La question était de savoir si Rémy Couture a agi comme un criminel en produisant et en diffusant ces images-là, et le jury a décidé que non. »

    http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2012/12/21/003-remy-couture-jury-deliberations-proces.shtml

    À ma connaissance, Mme Robert n’a jamais demandé qu’on poursuive en justice Gab Roy et si c’était arrivé, je suis certain qu’elle aurait été la première à se présenter pour le défendre…

  • 28 octobre 2013 · 16h29 Denis McCready

    Le vidéo qui a déclenché l’enquête sur Remy Couture met en scène un garçon de 10 ans (avec le consentement de sa mère). Interpol a contacté le SPVM après avoir reçu un signalement. Le documentaire sur cette affaire est clair là-dessus. Les comédiennes mises en scène dans ses vidéos sont consentantes ; je soupçonne que la comédienne que GR a mis en scène n’était pas d’accord pour être l’objet de son « désir ».

    L’usage du mot érotique m’a fait éclater de rire. Ça ressemble aux pauvres excuses de GR d’avoir été mal compris…

    Simon Jodoin a confirmé sur Facebook que GR contribuerait à Voir Trouble, nouveau rejeton de Voir.

    • 28 octobre 2013 · 16h35 Joseph Elfassi

      Je ne sais pas à quel point on veut rentrer dans les détails de l’affaire Remy Couture (j’ai été un de ses proches collaborateurs pendant les années du procès et un peu avant), mais il ne s’agissait pas d’une vidéo, plutôt d’une série de photos qu’un individu soupçonnait d’être véridiques.

      Ensuite, il ne s’agissait plus de ce seul garçon, qui était visiblement en santé et bien vivant, mais bien l’ensemble de l’oeuvre de Couture, qui contient beaucoup plus de jeunes femmes mutilées que de jeunes enfants, aussi déclencheurs puissent-ils être. Si elles sont consentantes comme actrices, leurs personnages ne le sont vraiment pas. Je ne remets pas en question la valeur de son art. J’y ai contribué, je le soutiens. Mais il y a des rapprochements à faire, même si ce n’est pas 100% identique.

      J’ai bien dit que les propos avaient été réfutés à Radio-Canada par la suite, et que ce que je déplorais, c’est la circulation de rumeurs avant que celles-ci ne soient adressées réellement par le Voir. Dire qu’il allait avoir un blog au VOIR, c’était tout simplement fabriquer des faits.

  • 28 octobre 2013 · 21h55 Denis McCready

    Personnellement, je n’aime pas ce que Couture fait et je suis gentil, parce que ce n’est pas le sujet de votre article. Ceci dit, il faut se poser la question de l’oeuvre et ce qu’elle représente. La pire excuse pour un « humoriste » est de dire une bêtise et ensuite essayer de se justifier en plaidant qu’il n’a pas été compris. Nul.

    Pour ce que Simon Jodoin a dit sur sa page FB, il se pourrait qu’il ait changé d’idée après la tempête.

  • 28 octobre 2013 · 23h09 martin dufresne

    Il y aurait beaucoup de choses à dire (non, j’y arrive pas… enweye, fais un effort!) sur les grossiers sophismes et la prétention de ce texte, dont le leitmotiv semble être l’intelligence que s’attribue celui qui qualifie lourdement son, *ses* malaises d’*intellectuels*, avec pour point d’orgue final « Bien dommage quand des esprits brillants refusent de s’entendre » (pace Néron, ton mot final a été (re)pris sans second degré). Refusons.
    Le procédé servant suggérait, rappelons-le, qu’une foule de luminaires montréalais assuraient discrètement GR sinon de leur appui à son petit caca, du moins de leur indignation à voir l’Écrivain en être tenu responsable. (Où va-t-on, camarades?)
    Je n’en doute pas, hélas.
    Comme l’a démontré il y a quelques années, Wajdi Mouawad face à un assassin devenu impopulaire, quand un homme appelle n’importe quel homme « mon ami », il active un « male bonding »; il rappelle que le pouvoir est collectif. Ce soutien de l’ami est le même mécanisme qui permet régulièrement à des violeurs et à des assassins de trouver témoigner des copains pour venir attester de sa « bonne moralité » au tribunal.
    Côté culture – je le dis vite, en pinçant le nez – c’est d’ailleurs cette solidarité prévisible qui permet à n’importe quel homme de publier, guilleret, un long fantasme de viol haineux, à un éditeur de l’accepter en se pourléchant les babines, à des vendeurs de le commanditer, et à des « wannabes » de se rallier à sa défense.
    Je suis compréhensif.
    Je sais qu’il est difficile de s’imposer dans le petit monde des chroniques d’humeur. Il y a déjà tellement de « bad boy » faisant du sous-Foglia, quêtant le buzz, le scandale payant, On est déjà si près du fond absolu, surtout après le texte de GR, que creuser risque de ne provoquer, au-delà du simple mépris, qu’un complet désintérêt – la pire des répudiations, surtout quand on cherche à lancer avec un max de vagues un blogue qui se veut provocateur.. Comment être plus obscène que Couture, plus cynique que Martineau, plus douche que Binamé, plus malhonnête que JC Lord? La barre est de plus en plus basse dans le limbo du sexisme primaire.
    Rendons tout de même grâce à l’auteur de ne pas avoir cherché plus loin que de nous ramener aux tonalités familières de ses dix malaises, ânonés aux accents de « celui le dit celui l’est ».
    Si ça marchait dans la cour d’école, ça devrait faire l’affaire.

  • 29 octobre 2013 · 03h45 Claude Perrier

    Après quelques lectures de ce billet, et aussi lecture des divers commentaires, je ne sais trop s’il se trouve – par-ci par-là – une certaine apologie de Gab Roy (laquelle serait quelque peu tempérée par une excuse relevant surtout du principe de tolérance – malgré toute désapprobation ressentie personnellement).

    De la sorte, sans pour autant aller jusqu’à applaudir à ce qui est manifestement totalement nauséabond, on aura plutôt opté du côté de l’auteur du billet pour faire des remontrances à celles et ceux que des propos scabreux et répugnants indisposent. Sans oublier un blâme cynique à l’égard de qui aura avoué ignorer qui était ce Gab Roy.

    Comment transformer un fait divers (répugnant à sa face même), en une plus ou moins grosse tempête. Quoique dans un petit verre d’eau… très polluée. En redistribuant la responsabilité en parts égales entre pollueur et celles et ceux incommodés par un smog irrespirable.

    Tâchons donc, le plus souvent, d’avoir assez de sagesse collectivement pour ne pas faciliter indûment l’accès médiatique à ce qui est dégradant et jeté dans la sphère publique sans autre but que d’attirer l’attention sur le pollueur. Une sagesse nous ayant malheureusement fait défaut dans le cas présent.

  • 29 octobre 2013 · 09h14 Bruno Perreault

    Ouais mais c’est votre Gab Roy est votre ami, cher mr Elfassi. Donc…

    • 29 octobre 2013 · 09h25 Bruno Perreault

      Vous voulez un exemple d’indignation sélective, mr Elfassi?

      C’est comme vous, dans votre dernier billet(que vous avez retiré je crois), qui traitait de ce sujet. Vous traitiez d’une manière péjorative un tweet ou statut facebook extrêmement banal de Fabienne Larouche sur le dossier Mariloup Wolfe, mais d’un autre coté, vous traitiez du billet de Gab Roy d’une manière tout ce qu’il y a de plus normal.

      Vous voyez bien que vous vous êtes moqué de Fabienne Larouche, parce qu’elle est Fabienne Larouche, tout simplement. Et, pour Gab Roy(je le répète, de votre entourage), qui a pondu un texte bien pire que le statut de la dame ci-haut, pas de moquerie ou de sous-entendu.

      Indignation sélective? Moquerie sélective?

  • 29 octobre 2013 · 10h39 jean-claude bourbonnais

    Nous avons l’humour et les humoristes qu’on mérite.
    Dans les années 70, nous avions « Les Cyniques » et Yvon Deschamps.
    Leur humour était à la même hauteur que la politique et la Révolution Tranquille. Et la souveraineté allait être soumise au peuple, sans boulechite, par référendum.
    René Lévesque était un vrai chef d’État qui traitait son peuple en adulte.
    Aujourd’hui nous avons une gouvernante qui tape de la casserole en guise de projet politique et qui nous administre comme une garderie.
    Ça nous donne une charte des valeurs grotesque digne de l’Halloween, et cette marche des Janette, Place des Spectacles, comme cela se doit, quand on bosse dans le show business…
    Gab Roy a autant de talent que les humoristes cités plus haut. Seulement il est honnête, de son temps et pas nostalgique pour deux sous. Je le soupçonne de ne pas aimer les valises. Cet humoriste saute dans le vide sans parachute.
    C’est pas beau, ça nous fait mal…là où il faut…dans nos couilles molles!!!

  • 29 octobre 2013 · 17h41 Françoise Pelletier

    … Et un malaise de moins avec les propos retirés concernant Me Véronique Robert ! Y’en restent 9.

    Je ne sais pas si c’est de bon goût de s’attarder aux réactions de mauvais goût de la population en général ?

    Ou encore s’il l’est de faire des parallèles douteux même pas voilés avec les Janettes et leurs propos sur la charte ?

    Ce dont je suis certaine, par contre, c’est du fait que ce n’est pas seulement de mauvais goût mais carrément malséant d’en appeler à « cette culture du silence » avec ces mots: « Contrairement aux appels officiels de censure envers Gab Roy, il n’y a jamais eu d’appels au silence de ses possibles supporteurs (ils et elles existent et ces gens se manifestent surtout en message privés). »

    Plus de 6 700 « recommandés » pour la chronique de Gab Roy, on ne peut pas trop parler de culture du silence, là.

    Peut-être devrait-on retracer les 6 700 « recommandés » pour mettre les liens en bleu, de façon à faire contrepoids avec ce supposé mauvais goût effarant de celles et ceux qui ont dénoncé la misogynie du propos.

  • 29 octobre 2013 · 18h08 Marie-Sophie

    Bon ben on va y aller pour un autre petit cours 101 sur la liberté d’expression, puisque la question est soulevée : Dans la cité, les gens qui ont une tribune publique, c’est un privilège, car leur liberté d’expression est plus étendue que celle du citoyen lambda. Au Canada, nous avons reconnu deux limites à la liberté d’expression pour les gens possédant ce privilège : l’atteinte à la réputation d’une personne en particulier d’une part, et la propagande haineuse ou l’appel à la violence contre un groupe identifiable d’autre part. Ça repose sur un principe bien simple, à savoir nos libertés s’arrêtent là où celles des autres commencent. Donc oui, une femme à le droit de vivre dans une société en étant protégée contre l’expression, dans l’espace publique, d’un viol symbolique la visant spécifiquement. La question de savoir si c’était une vraie intention d’agression ou non ne se pose même pas. C’est un équilibre, une balance entre les droits de tous. Effectivement, les lois protégeant et encadrant les droits de tous en matière de liberté d’expression existent et s’appliquent (quoique difficilement parfois) aussi au contenu web. Mais dans le cas de Gab Roy, pas eu besoin de les appliquer car on a vu jouer le deuxième principe fondamental de la liberté d’expression dans la cité : ça implique de se faire répondre. En clair : y’était pas dans sa cuisine, y’était public et, sur le web, (ce peut-être malheureux), le contenu a le potentiel de se répandre bien plus que n’importe quel chapitre de livre. Internet est un espace public, tout le monde y a accès (en théorie) et tout le monde est concerné. Donc quand on prend la parole et qu’on lance une énième blague sexuelle dégradante à l’encontre des femmes, faut être prêt à en assumer les conséquences possibles, c’est-à-dire se faire répondre. La teneur des propos, le médium choisi, l’époque, le lieu et la position de la personne qui s’exprime dans l’espace public sont tous des facteurs qui influencent comment les autres vont recevoir le message, et y répondre (ou non). Mais pour ce qui est du contexte ici et maintenant, justement parce que la liberté d’expression est protégée (bon, en fait c’est pas exact car il y a des dérives sérieuses mais c’est du côté des gouvernements fédéral et provincial québécois qu’il faut regarder et c’est pas les blogueurs qui sont visés…), il faut assumer quand on se lance dans l’arène. Je trouve cela vraiment décourageant que des blogueurs et des chroniqueurs utilisent leur tribune publique pour venir stigmatiser le public dans ses réactions, par des petites formules cheap du genre « la victoire des tenants du bon goût ». Défendre la liberté d’expression, c’est défendre celle de tous, pas seulement la liberté de ceux et celles qui possèdent un accès à une tribune publique. Tout le monde a le droit de s’indigner de ce qu’il veut. Surtout de s’indigner de l’humour de quelqu’un qui, ouvertement, avoue depuis le début faire de « l’humour » provoquant… Personne n’a forcé Gab Roy a retirer son billet. Dans le cas d’un recours en justice, la question soulevée aurait été où s’arrête le droit à la liberté d’expression de Gab Roy et où commence le droit de Mariloup Wolfe à la protection de son intégrité morale. Du reste, la personnalité publique a aussi le droit que son intégrité soit respectée, et donc d’avoir accès à des recours pour les appels à la haine et à la violence la visant spécifiquement.

  • 29 octobre 2013 · 18h11 Marie-Sophie

    Bon ben on va y aller pour un autre petit cours 101 sur la liberté d’expression, puisque la question est soulevée : Dans la cité, les gens qui ont une tribune publique, c’est un privilège, car leur liberté d’expression est plus étendue que celle du citoyen lambda. Au Canada, nous avons reconnu deux limites à la liberté d’expression pour les gens possédant ce privilège : l’atteinte à la réputation d’une personne en particulier d’une part, et la propagande haineuse ou l’appel à la violence contre un groupe identifiable d’autre part. Ça repose sur un principe bien simple, à savoir nos libertés s’arrêtent là où celles des autres commencent. Donc oui, une femme à le droit de vivre dans une société en étant protégée contre l’expression, dans l’espace publique, d’un viol symbolique la visant spécifiquement. La question de savoir si c’était une vraie intention d’agression ou non ne se pose même pas. C’est un équilibre, une balance entre les droits de tous.

    Effectivement, les lois protégeant et encadrant les droits de tous en matière de liberté d’expression existent et s’appliquent (quoique difficilement parfois) aussi au contenu web. Mais dans le cas de Gab Roy, pas eu besoin de les appliquer car on a vu jouer le deuxième principe fondamental de la liberté d’expression dans la cité : ça implique de se faire répondre. En clair : y’était pas dans sa cuisine, y’était public et, sur le web, (ce peut-être malheureux), le contenu a le potentiel de se répandre bien plus que n’importe quel chapitre de livre. Internet est un espace public, tout le monde y a accès (en théorie) et tout le monde est concerné. Donc quand on prend la parole et qu’on lance une énième blague sexuelle dégradante à l’encontre des femmes, faut être prêt à en assumer les conséquences possibles, c’est-à-dire se faire répondre. La teneur des propos, le médium choisi, l’époque, le lieu et la position de la personne qui s’exprime dans l’espace public sont tous des facteurs qui influencent comment les autres vont recevoir le message, et y répondre (ou non). Mais pour ce qui est du contexte ici et maintenant, justement parce que la liberté d’expression est protégée (bon, en fait c’est pas exact car il y a des dérives sérieuses mais c’est du côté des gouvernements fédéral et provincial québécois qu’il faut regarder et c’est pas les blogueurs qui sont visés…), il faut assumer quand on se lance dans l’arène.

    Je trouve cela vraiment décourageant que des blogueurs et des chroniqueurs utilisent leur tribune publique pour venir stigmatiser le public dans ses réactions, par des petites formules cheap du genre « la victoire des tenants du bon goût ». Défendre la liberté d’expression, c’est défendre celle de tous, pas seulement la liberté de ceux et celles qui possèdent un accès à une tribune publique. Tout le monde a le droit de s’indigner de ce qu’il veut. Surtout de s’indigner de l’humour de quelqu’un qui, ouvertement, avoue depuis le début faire de « l’humour » provoquant… Personne n’a forcé Gab Roy a retirer son billet. Dans le cas d’un recours en justice, la question soulevée aurait été où s’arrête le droit à la liberté d’expression de Gab Roy et où commence le droit de Mariloup Wolfe à la protection de son intégrité morale. Du reste, la personnalité publique a aussi le droit que son intégrité soit respectée, et donc d’avoir accès à des recours pour les appels à la haine et à la violence la visant spécifiquement.

  • 30 octobre 2013 · 10h59 Chantale Caron

    Ce qui me sidère dans toute cette histoire, c’est l’espèce de coude-à-coude des jeunes hommes qui prennent la parole publique. L’arrogance de ces hommes qui sont tellement habitués à tenir le haut du pavé qu’ils n’ont même plus conscience de vivre dans une société qui les favorise systématiquement. Qu’ils en sont encore à prendre ce favoritisme platement patriarcal comme un acquis qui serait dû à leur talent (humoristique?) ou à leur intelligence supérieure (ouf!). On est en 2013, il y a 200 ans que les femmes enseignent à la société ce que c’est que la construction sociale du genre, et il y a des hommes des nouvelles générations qui se mêlent d’essayer de convaincre la société qu’on ne saurait pas faire la différence en un joke de mauvais goût et la description d’un viol? De deux choses l’une: soit que vous prenez vos lecteurs pour des imbéciles finis et que vous êtes bien conscients que vous tentez que fabriquer des mensonges destinés à être crus; ou alors, vous vous croyez dans cette posture de victimes des médias sociaux que vous appelez «appels à la censure». Des deux possibilités, je ne sais pas laquelle est le plus à plaindre.

  • 30 octobre 2013 · 14h32 François Thivierge

    Condamner le texte abject de ce Gab Roy d’un côté de la bouche et de l’autre faire de ce prétendu humoriste une sorte de pauvre victime n’est qu’un bel exemple d’hypocrisie, M. Elfassi.
    Et tenter de réduire la publication d’un fantasme d’agression sexuelle à « une lettre de mauvais goût » est une sympathie à peine déguisée envers l’auteur.
    Michelle Blanc a vite convaincu les commanditaires du blogue de G.B. de ne plus financer ce triste individu.
    Faudra-t-il viser les commanditaires de Voir, afin que cesse cette sympathie pour Gab Roy ?

  • 1 novembre 2013 · 15h16 Isabelle

    Il y eut un temps où une certaine étiquette sévissait encore sur la blogosphère. Celle qui, entre autres, exigeait qu’une correction ou modification importante laisse voir le texte substitué. Il semble qu’on ait oublié cette règle élémentaire.

  • 1 décembre 2013 · 22h53 A. Ouellet

    Bien essayé…….. Le fait que ce soit un fantasme particulièrement dégradant ou un viol ne change rien: dans les deux cas c’est un texte dégoutant visant une personne en particulier et ca n’a pas du tout sa place dans un espace public. Et aussi: lame tentative de défendre M. Roy en disant que lui-même a été victime de propos hyper haineux. Ce n’est pas parce que la violece est (malencontreusement) utilisé contre l’agresseur que sa propre violence est justifiable. En d’autres mots: devenir à son tour victime de violence ne justifie pas la violence dont on a fait preuve. Et sur la liberté d’expression: comment fait-on les lois? Je crois bien que c’est au moins un peu en choisissant collectivement ce qu’on juge inacceptable ou non. DOnc…. indignation populaire = ultimement le tribunal auquel il faudrait s’en remettre? Par ailleurs, proposer de s’en remettre à l’opinion des lois plutôt que de s’appuyer sur son propre raisonnement est une drôle de suggestion de la part d’un journaliste qui regrette qu’il n’y ait pas de véritable débat de fond sur la lettre de M. Roy.

  • 2 décembre 2013 · 13h28 martin dufresne

    Je crois que le dérapage de Monsieur Roy a pour effet heureux de remettre en question le principe même de la chronique « identitaire » où chaque nouveau champignon sur la pelouse engraissée par les publicitaires et les médias copains tente de « pousser l’enveloppe » pour se démarquer comme plus outrancier que son voisin.
    Puisse-t-on en revenir à du véritable journalisme pour faire oublier cette misérable course nombriliste à qui semblera faire preuve de l’ego le plus provocateur. La droite a depuis longtemps exploré ces miasmes.

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