«Nicholas, comment je fais pour faire marcher le micro-ondes?» demande une petite fille dont les lulus fouettent l’air. Elle brandit au bout de ses bras un plat en plastique dans lequel repose sans doute depuis ce matin son souper. Mardi sonnera bientôt sa 18e heure. Nicholas Williams, un grand type au sourire engageant et à la poignée de main franche, aide la jeune musicienne du monde à réchauffer son lunch puis gagne le local où il enseignera pendant une demi-heure les rudiments du piano à Janelle et Alfredo, elle assise sur un grand banc devant un clavier, les jambes battant dans le vide, lui, avachi comme le préado qu’il est devant un piano droit. Je les écoute pendant quelques minutes tenter difficilement d’enfiler les premières mesures d’À la claire fontaine en me félicitant de ne pas avoir choisi d’assister à un cours de violon. La session de cours est vieille d’à peine quelques semaines; il ne faut pas s’attendre à des prouesses dignes d’Alain Lefèvre. Nicholas, ta patience t’honore.

Je suis donc dans le sous-sol du building de Famille-Espoir où loge Jeunes musiciens du monde (JMM). Mis au monde en Inde par une gang de rêveurs de la Vieille Capitale il y a une dizaine d’années, l’organisme fit ensuite des petits à Montréal, Québec, Kitcisakik ainsi qu’ici, à Sherbrooke, au milieu des blocs appartements en carton-pâte du quartier Ascot, réserve régionale de grisaille, berceau de la misère la plus commune qui soit et terre d’accueil de nombreux immigrants. Je pense deviner en scrutant le soleil qui se couche sur le Carrefour Dunant, où la pauvreté est en spécial 7 jours sur 7, ce que cela représente pour Janelle ou Alfredo de venir jouer et rejouer et rejouer ici À la claire fontaine quelques fois par semaine, après les classes, sous la bienveillante supervision de Nicholas.

«Il y a plusieurs parents dont on n’entend jamais parler», déplore Christine Fortin, directrice du chapitre sherbrookois de l’organisme œuvrant strictement dans les quartiers dits «populaires». «Leur manque d’intérêt en révèle long sur le reste.» En révèle aussi long sur l’influence que peut avoir JMM sur le parcours de ces enfants qui, autrement, demeureraient étrangers aux plaisirs de la musique.

À l’étage, où je poursuis ma visite, un jeune garçon – je lui donne à peu près 11 ou 12 ans – attend en tapant du pied son professeur de guitare, qui fait irruption, un grand café dans les mains, quelques minutes plus tard. Avec sa tuque sur la tête et sa chemise de chasse, Yannick, la vingtaine, pourrait sans trop de maquillage tenir le rôle principal dans un biopic sur Kurt Cobain. Les deux musiciens agrippent leur instrument et plongent le regard dans la partition de J’entends le moulin. J’observe quelques minutes le garçon tenter sans succès de camoufler derrière une mine impassible toute l’admiration qu’il a pour son prof. C’est beau à voir.

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Sous la présidence d’honneur d’Anik Beaudoin, copropriétaire des restaurants Auguste et Augustine, Jeunes musiciens du monde présente le 2 novembre dès 20h à la Salle du Parvis de Sherbrooke un spectacle-bénéfice animé par Anik Moulin. Après une performance des élèves, Yann Perreau, David Goudreault, Mathieu Lippé, Amylie, Olivier Brousseau et Steffy Banchette se succéderont sur scène.

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