Au sous-sol du Palais des sports, Émilie fourbit ses armes. Dans une dizaine de minutes, la fin de la deuxième période déversera dans ce bar Mise au jeu dont elle a cet après-midi la responsabilité son flot d’amateurs de hockey assoiffés. Je l’observe arracher au frigo caisse de Coors Light après caisse de Coors Light, qu’elle enligne sur le comptoir. Je commande deux grandes canettes de Molson Ex (seulement 5,50$), deux parce que c’est 2 pour 1 ici au sous-sol. «Je suis obligé de te les déboucher les deux», m’annonce-t-elle, mignonnement navrée. Sur la télé derrière moi, le Phoenix de Sherbrooke et les Cataractes de Shawinigan, qui croupissent ensemble dans la cave du classement de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, se livrent une chaude lutte, dans la mesure de leurs moyens.

Le bar Mise au jeu est le seul reliquat de ce Palais des sports vétuste dans lequel je n’avais mis les pieds que pour voter lors d’assemblées générales de grève du temps du cégep et pour assister à l’Australian Pink Floyd Show. Je tète ma bière seul au sous-sol comme je pourrais téter ma bière dans le sous-sol de n’importe quel aréna au Québec, en humant l’odeur unique qui embaume toujours ces lieux, mélange de friture, de bières syndicales, de glace fraîche et de bonne vieille familiarité.

Partout ailleurs, le Palais des sports a revêtu les chics et clinquants habits d’un Centre Bell miniature. Des maudites belles rénovations, s’exclamerait sans doute un homme que ce genre de choses émeut. C’est ce qui me frappe d’emblée quand je pénètre les lieux samedi dernier, peu avant 16h, pour ma première partie du Phoenix. On a visiblement bien lu dans les officines de la nouvelle équipe de hockey de Sherbrooke le petit guide marketing que rédige ingénieusement le CH depuis une dizaine d’années. Comme au Centre Bell, une jeune fille fraîchement diplômée d’un programme de communications (je mettrais ma main au feu) intervient presque à chaque arrêt de jeu pour exhorter les partisans à faire plus de bruit, encore plus de bruit, encore plus de bruit. Comme au Centre Bell, les couples qui s’embrassent pour l’écran géant remportent un prix, dans ce cas-ci, ô piquante ironie, un sac de croustilles Old Dutch (je conserve un souvenir douloureux de la dernière fois où j’ai tenté de voler un baiser à une fille après avoir avalé une grosse poignée d’Old Dutch). L’entrée des joueurs sur la patinoire n’avait pour sa part rien à envier à un spectacle sons et lumières (enfin, j’exagère un peu); ne manquait que la pulsation de l’intro d’In the Air Tonight pour que l’on se croie véritablement au Centre Bell. Mon amie Stéphanie, une Française d’origine qui travaille au Palais des sports, ne pourrait mieux résumer mes impressions que lorsqu’elle avoue: «Je ne comprends rien au jeu, mais c’est l’fun quand même.»

En bon chroniqueur luttant chaque jour pour le droit du public à l’information, je n’ai bien sûr pas manqué de me pointer entre la première et la deuxième période au comptoir à chiens-chauds. Verdict: ce n’est pas le hot-dog de Louis Luncheonette, mais pour 3$, c’est très bien, surtout le pain, moelleux et réellement roboratif. Combien d’étoiles, me demandes-tu chère Anne-Marie Withenshaw? Un bon 3 ½.

Question pour mon patron: une loge Voir Estrie au Palais des sports, c’est envisageable? J’ai été gentil cette année, non?

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