Il est instructif de penser à la vie politique d’une société démocratique comme consistant en une vaste conversation à laquelle chacun est convié.

Cette conversation, qu’on veut sereine et éclairée, serait composée d’échanges de faits et d’arguments et, idéalement, déboucherait sur des décisions auxquelles chacun se rallierait, au moins provisoirement.

Dans les faits, je le sais bien, on a toujours été loin de cet idéal très élevé, et cela pour des raisons bien connues – à commencer par le fait que certains désaccords peuvent être irréductibles. Mais permettez-moi d’en rappeler quelques autres, en les rattachant à l’actualité récente et plus précisément à ce fascinant et à mon sens bien triste recul du gouvernement sur les mesures fiscales qu’il préconisait.

Pour commencer, il faut un minimum d’instruction pour prendre part à la conversation démocratique, et ce minimum consiste d’abord et avant tout en la capacité de lire afin de s’informer. Or, au Québec, et ces données donnent le vertige, quelque 49% des gens ne seraient pas en mesure de faire convenablement cet exercice parce qu’ils ne sont pas au niveau minimal d’alphabétisation qu’il demande. Que ce chiffre soit un peu – et même modérément – exagéré, il reste que cette donnée est proprement hallucinante.

Lire ne suffit pourtant pas: il faut aussi comprendre ce qu’on lit. Ce minimum d’instruction demande donc en outre, quand on sait lire, que l’on possède des savoirs indispensables pour comprendre les enjeux qui sont discutés. Les transmettre et former des citoyens est un des grands objectifs de l’éducation publique. Dans le cas qui nous occupe, il s’agira des connaissances minimales en économie, en mathématiques (comprendre ce que sont des pourcentages, par exemple), en fiscalité, en sociologie (les classes sociales), en philosophie politique (les diverses définitions concurrentes de la justice, la faculté de penser en citoyen, etc.). Il est rigoureusement impossible de prendre part de manière éclairée à des échanges et des débats sur la hausse des impôts (et sur mille autres sujets) sans posséder ces connaissances, et quelques autres.

Quant au débat lui-même, on le sait, il est toujours largement mené et alimenté par les médias. Mais voyez où nous en sommes sur ce plan. Voyez où nous en sommes, paradoxalement, en ces heures de la prolifération annoncée de l’information et de son accessibilité jamais égalée dans l’histoire humaine.

Le meilleur, et de très loin, de nos quotidiens, le seul qui soit indépendant, est aussi, malgré une hausse de son lectorat qu’il faut saluer, le moins lu – encore une fois de très loin.

Tous les autres médias, ou peu s’en faut, sont la propriété d’une poignée de grandes entreprises et font peu ou prou office de propagandistes de leurs intérêts. C’est exactement ce qui s’est passé cette fois-ci, menaces à peine déguisées de quitter le pays avec ses capitaux en prime. «La propagande est à la démocratie ce que la violence est aux dictatures», a déjà affirmé Chomsky. Le récent débat sur la hausse des impôts au Québec pourra être cité comme preuve à l’appui de cette idée.

De plus, dans certains cas mais je ne nommerai personne, l’opinionite, l’invective, les menaces ont remplacé les débats et les argumentaires informés, et ce n’est pas sans un véritable malaise qu’on lit certains des textes qui sont publiés ou, pire encore si on a le malheur de les lire en ligne, certains des commentaires de lecteurs et lectrices qui les accompagnent.

Il est triste de songer que nous en sommes là, surtout quand on se rappelle que nous y sommes après un demi-siècle d’éducation obligatoire et gratuite. Mais il y a, hélas, d’autres raisons de s’inquiéter de la santé de notre conversation démocratique. C’est que celle-ci devrait aussi être alimentée par la vie intellectuelle de l’époque. Et je vois sur ce plan une grave raison de s’inquiéter dans la transformation de nos institutions d’éducation supérieure sur laquelle un sommet doit bientôt se pencher.

On verra le bilan qu’il fera. Mais il est selon moi clair que depuis quelque trois décennies, cette transformation a signifié la tendance à un dangereux rétrécissement de la liberté de la pensée et son asservissement aux intérêts économiques. Le recteur Breton, de l’Université de Montréal, a excellemment résumé cette tendance, que pour sa part il approuve et souhaite accélérer, en disant que la tâche de l’université est de faire en sorte que «le cerveau des étudiants corresponde aux besoins des entreprises». La conformité idéologique qui menace alors est une bien mauvaise nouvelle pour la conversation démocratique.

Il y a, bien entendu, des palliatifs à tout cela: le militantisme, l’éducation, la conscientisation, des gens qui résistent. Ils permettent d’espérer. Mais certains jours, comme aujourd’hui, tout ce qui précède me laisse dans un état qui tient à la fois de l’inquiétude et de la tristesse; et ce n’est alors pas tant le recul du gouvernement qui m’attriste que la manière dont il a été obtenu.

En attendant, connaissez-vous quelqu’un capable de rapiécer une conversation démocratique en loques? C’est à vrai dire assez urgent…

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 22

  • 17 octobre 2012 · 19h15 François Doyon

    Excellent texte! Je me permets de signaler ma recension d’un autre excellent texte de M. Baillargeon sur la question, « Je ne suis pas une PME, plaidoyer pour une université publique » :

    http://vitamimpenderevero.wordpress.com/2012/05/11/compte-rendu-de-n-baillargeon-je-ne-suis-pas-une-pme-plaidoyer-pour-une-universite-publique-montreal-editions-poetes-de-brousse-2011/

  • 17 octobre 2012 · 19h19 F. LaForest

    Selon ce médecin et recteur d’université, l’objectif de la formation universitaire est de faire en sorte que «le cerveau des étudiants corresponde aux besoins des entreprises». Ainsi, faut-il croire que ces seules entreprises soient à ce point le chemin qui ouvre l’esprit de l’homme à son achèvement suprême au sein de nos sociétés. Je me réjouis, que la sagesse ne soit pas le seul fait de toutes ces bonnes gens biens cravatés et biens instruits et que pour paraphraser Zundel, il nous soit permis de croire que parfois l’homme passe l’homme.

  • 17 octobre 2012 · 20h08 Marie

    M. Baillargeon. Si je rejoins bien les conclusions de votre triste bilan, je m’interroge cependant sur la fatalité de cette situation. Comme vous le soulignez vous même, l’instruction gratuite et obligatoire pour l’ensemble de la population, sans même parler de l’université, sont choses fort récentes au Québec. Ses effets, ne pourront se faire sentir que sur plusieurs générations et par une prise de conscience collective de l’importance primordiale de l’éducation et de ses bienfaits.

    Il faut bien constater qu’en Amérique du Nord, l’instruction, la connaissance et l’esprit ne sont nullement considérés et encouragés à leur juste valeur. Le Québec, sur ce plan, ne fait pas exception. Pourtant, la jeunesse qui s’est mobilisée durant le printemps érable a su en étonner plus d’un par son intelligence, par la profondeur de ses réflexions et de ses propos. Gageons qu’eux même ainsi que leurs enfants et les enfants de ceux-ci seront en mesure de changer la situation dramatique, voir déplorable, d’une province ravagée par l’analphabétisme, le décrochage scolaire, l’indifférence mâtinée de méfiance face à la culture et à l’éducation.

    Qu’on puisse considérer le Devoir, que je respecte par ailleurs et auquel je suis abonnée, comme le summum de ce qui peut être fait sur le plan journalistique au Québec est d’une infinie tristesse. Qu’on puisse considérer des textes qui se résument à une énonciation des faits jamais accompagnée de la moindre réflexion critique, comme des articles journalistiques en dit long sur le niveau d’information dans la belle province. Qu’on puisse nommer à la tête de nos institutions politiques des hommes et des femmes qui sont à peine en mesure de s’exprimer dans un français approximatif est un drame sans nom.

    Un peuple privé de mots ne peut exister. Un peuple privé d’instruction ne peut se définir. Un peuple privé de réflexion ne peut s’épanouir et se dépasser.

    À la lumière de cette situation, on comprend mieux ce qui, au Québec, motive ce terrible fatalisme qui fait dire aux gens que les choses sont ce qu’elles sont et qu’il ne faut pas trop chercher à les changer. Ce qui, aussi, maintient les réflexions à la surface lisse des choses sans jamais chercher à les pénétrer.

    L’éducation, l’instruction, la connaissance, le savoir, la découverte intellectuelle sont ce que nous avons de plus précieux pour nous mêmes. Rien n’est possible ou ne peut être accompli sans eux.

    Merci pour vos nombreux plaidoyer en faveur d’une plus grande emphase mise sur l’éducation.

  • 17 octobre 2012 · 23h01 Jacques Morissette

    Il y a le problème de l’analphabétisme. Mais la chose que je redoute le plus c’est quand des gens s’engagent sans trop comprendre dans quoi ils se sont engagés. S’engager dans un groupe sans trop comprendre pourquoi on le fait, pour donner l’impression qu’on s’implique dans quelque chose, c’est là où l’analphabétisme peut conduire.

    N’est-ce pas un peu ce qu’un analphabète fait s’il décide de voter quasi aveuglément pour un certain parti politique plutôt qu’un autre? Au Québec, je trouve que le PLQ et la CAQ ressemblent beaucoup au parti Républicain aux États-Unis. Je prétends que plus il y a d’analphabètes au Québec, plus le PLQ et la CAQ sont avantagés quand il y a des élections démocratiques. Il faut comprendre ces deux partis politiques quand ils disent ne pas vouloir remplacer l’anglais par l’histoire. Sans cours d’histoire, point de racine.

  • 18 octobre 2012 · 04h43 Daniel Legault

    Le rejet quasi unanime des cours de philosophie au Cegep qui pour l’instant sont encore obligatoire est un indice que socialement acquérir des connaissances qui ne sont pas qu’utilitaire n’est pas une grande priorité pour la majorité des gens. Personnellement, une grande partie de ma réflexion sur la société et du rôle que je dois y jouer provient de la lecture de livres dans une démarche personnelle.

  • 18 octobre 2012 · 07h58 Annie Marchand

    M. Baillargeon,

    Si je n’avais pas lu vos livres j’aurais tendance à associer votre pensée actuelle, dans votre pamphlet, à celle de Martin Heidegger, du moins, le temps de son triste parcours de recteur. Je comprends parfaitement votre sentiment de tristesse; je le partage même.

    En même temps que je vois des étincelles d’espoir. Le Québec se radicalise. Il le faut. Le mouvement des étudiants, s’il n’est pas homogène, certes, a fait surgir des controverses essentielles à une meilleure compréhension du bien commun, même chez les plus profanes. Nous sommes loin de la coupe aux lèvres. Je garde la foi.

  • 18 octobre 2012 · 09h56 alain a

    « … ce n’est alors pas tant le recul du gouvernement qui m’attriste que la manière dont il a été obtenu. »

    Au lendemain de la proposition du PQ d’abolir la taxe santé en haussant les impôts des plus riches M. Legault affirmait publiquement qu’il voterait contre le budget. Ayant obtenu le recul du gouvernement, il aura maintenant le beau jeu d’accuser le PQ de ne pas remplir ses promesses. Voilà un jeune parti qui fait de la vieille politique !

    Comment penser s’ouvrir à la conversation démocratique devant un tel spectacle ? Car il faut bien constater qu’une grande part des citoyens agit encore par mimétisme : utilisant les figures d’autorité pour baliser ses comportements. L’éducation rend l’homme un peu plus libre, la propagande l’enchaîne. Instrumentalisée, l’éducation n’est plus l’éducation.

    • 18 octobre 2012 · 12h36 Marie

      Compromis : Nom masculin (latin compromissum) –1. action qui implique des concessions réciproques 2. Québec. Recul significatif ou abandon total d’un principe progressiste face aux exigences du patronat et des intérêts conservateurs.

      En ce sens et concernant le renoncement des instances publiques et de la presse écrite à exercer leur rôle respectif :

      « A quoi peut servir un journal ? A apprendre et à comprendre. A donner un peu de cohérence au fracas du monde là où d’autres empilent des informations. A penser posément ses combats, à identifier et faire connaître ceux qui les portent. A ne jamais rester solidaire d’un pouvoir au nom des références qu’il affiche sitôt que ses actions les démentent. » – Serge Halimi

      On peut en dire tout autant de l’éducation.

    • 18 octobre 2012 · 13h18 alain a

      Marie
      « … A ne jamais rester solidaire d’un pouvoir au nom des références qu’il affiche sitôt que ses actions les démentent » La présence de plusieurs partis à l’Assemblée implique des compromis réciproques, et c’est très bien ainsi. On peut probablement qualifier de recul significatif la position du PQ, effectivement. Et ne plus être solidaire de ce pouvoir, j’en conviens.

      Mais ce qui m’indigne par-dessus tout, c’est le jeu politique de Legault (qu’il n’est pas seul à utiliser, d’ailleurs). Annoncer publiquement qu’il votera contre une promesse électorale d’un parti élu, c’est un mépris de la démocratie.

      Alors qu’au lendemain des élections il promettait de collaborer, le voilà sitôt brandir le spectre du renversement parce qu’il se rend compte qu’une mesure de remplacement effraie la population. C’est du pur opportunisme. Ça mérite une petite chanson…

      « J’peux pas croire que tu sois si bas
      J’peux pas croire que tu sois si rat
      Faudrait qu’tu sois si bête
      À s’mer du vent de cette force-là
      Tu t’prépares une joyeuse tempête
      Peut-être ben qu’tu t’en aperçois pas. »
      Vignault

    • 18 octobre 2012 · 17h55 Marie

      Tout à fait et la bassesse d’une telle stratégique est renversante (mais guère étonnante au vue du personnage).

      Les compromis sont une chose, la trahison systématique des idéaux qui ont porté un parti au pouvoir en est une autre. Halimi faisait bien évidemment référence au parti socialiste français et à la distinction de plus en plus difficile entre ses politiques et celles de son principal adversaire. De semblables remarques pourraient être faites ici entre le PQ, le PLQ et la CAQ qui véhiculent dans l’ensemble une vision commune du modèle économique propice au Québec ou qui, s’ils prétendent l’inverse au moment des élections, s’empressent de faire machine arrière une fois au pouvoir.

      Mais nous nous éloignons du sujet principal.

      Ceci étant dit, je ne serais guère étonnée de constater que l’électorat majoritaire de Legault se trouve justement du côté de ceux qui n’ont soit pas bénéficié de l’éducation prônée par M. Baillargeon, soit qui s’en méfit comme la peste. Au vue des raccourcis intellectuels et autres sophismes de bas étages auxquels il s’est livré, on est en droit de se demander à qui il s’adresse.

      Bien amicalement.

    • 22 octobre 2012 · 15h07 alain a

      Tout à fait d’accord Marie. Le jeu des politiciens vise d’abord et avant tout l’obtention du pouvoir. Et très peu d’électeurs semblent être en mesure de noter les incohérences de leur langage qui trahissent cet objectif ultime. Tout ça manque d’éducation, c’est flagrant! Nous dénonçons souvent le sarcasme de nos politiciens, rarement le nôtre.

  • 18 octobre 2012 · 10h21 Normand Baillargeon

    L’éducation rend l’homme un peu plus libre, la propagande l’enchaîne. Instrumentalisée, l’éducation n’est plus l’éducation.

    j’aurais aimé l’écrire, ça…

    • 18 octobre 2012 · 10h39 alain a

      Merci M. Baillargeon, mais il faut bien que vous en laissiez un peu aux autres -)

  • 18 octobre 2012 · 21h58 Danielle Turcotte

    Monsieur Baillargeon, je suis plus optimiste que vous, car je vois la jeunesse s’exprimer, les plus vieux s’en réjouir et en faire autant. Nous sommes dans un tournant qui me donne beaucoup d’espoir. La corruption est mise à jour. Même si je suis triste d’en voir autant, les révélations à la Commission Charbonneau et aux diverses enquêtes des journalistes de Radio-Canada démontrent qu’un vent de changement est à l’oeuvre. La période de nettoyage pourra être longue ; qu’importe, si justice est rendue. Je pense vraiment qu’elle le sera parce que plus rien n’empêche maintenant les citoyens de protester, de manifester, de s’exprimer.

    Si les universités n’existent à l’avenir que pour préparer au travail en excluant la réflexion philosophique, celle offerte par les milliers de sites sur internet prendra le relève. D’ailleurs, ils la prennent déjà. Par exemple, que pensez-vous provoquer par vos articles ? Une magnifique réflexion. :)

  • 19 octobre 2012 · 13h41 Steve T.

    Excellent article M. Baillargeon! Il est bien vrai que la liberté de pensée est pratiquement inexistante dans certaines facultés universitaires. J’ai fait un bac en enseignement à l’UQAM et c’est frappant à quel point la majorité des professeurs (et des maîtres de stage, surtout) ne nous laissaient aucune marge de manoeuvre intellectuelle. Avec du recul, je réalise que c’était rien de moins que de l’endoctrinement. Une chance que j’ai eu un excellent cours de philosophie de l’éducation qui m’a permis de prendre du recul par rapport à tout ça! ;-)

  • 20 octobre 2012 · 22h15 Rachel Laverdure

    Bonjour M. Baillargeon,

    Il y a un moment que je n’avais pas lu le journal Voir, (m’en tenant plutôt au  » Devoir », et aux sites web d’actualités françaises généralement…) et ça m’a fait plaisir en le feuilletant cette semaine de retrouver un texte, et même une chronique de vous en page 8.

    C’est si rafraîchissant de lire vos propos !
    J’ai apprécié déjà la lecture il y a quelques mois de « Liliane au Lycée », et « Petit cours d’auto-défense intellectuelle » (aussi il y a quelques années). Deux livres que j’ai souligné et annoté abondemment en marge tellement ils collaient à ma pensée et m’inspiraient des idées et des commentaires.

    Merci de poursuivre votre beau travail.

    Je sais que vous semblez défendre l’anarcho-syndicalisme, Pelloutier, (je le cite de mémoire, je sais plus si ça s’écrit comme ça) etc. et parfois, je trouve que vos idées peuvent tomber un peu dans l’extrême gauche, mais je suis moi-même intéressée par les idées de partis comme Québec Solidaire, etc. Et je me questionne souvent sur le bien-fondé de certaines allégeances politiques….
    On a beau tous avoir un point de vue, et savoir que la liberté d’expression est un bien précieux dans une société démocratique comme la nôtre, je me demande parfois comment les gens de droite qui défendent un capitalisme à tous crins, un individualisme crasse, qui ont pour seul dieu la prospérité économique, l’élitisme soigneusement entretenu, etc., comment ces gens qui peuvent raisonner aussi bêtement (sous couvert pourtant d’un pragmatisme bon chic bon genre) sans tenir compte de toutes les données disponibles, en occultant une part de la réalité, comment ils peuvent continuer à régner en maître dans nos sociétés, pire; à convaincre et à entraîner tant de gens en leur giron, alors que la vraie gauche peine à s’épanouir au delà de 6 ou 7 % dans les sondages…

    Pourquoi le progressisme semble-t-il se heurter à une telle réticence, à une frilosité chronique au sein de la population ?

    Si on se réfère aux valeurs de la gauche qui sont en substance : la liberté, l’égalité, le progrès, et la solidarité, et qu’on jette un coup d’oeil aux valeurs de la droite qui sont plutôt l’autorité, la hiérarchie, la tradition et le sens du devoir, peut-on alors affirmer qu’il y aura toujours un différend irréconciliable entre ces deux visions du monde ?
    Je rêve d’un monde où les êtres humains plus et mieux éduqués que maintenant, vivraient en relative harmonie, impliqués socialement, et solidaires, etc. mais cette vision fait-elle abstraction de valeurs (aussi valables) issues de la droite ? Cette vision fait-elle abstraction surtout de la soif de pouvoir de certains hommes ou femmes, et de sentiments proprement humains tels la rivalité, la jalousie, la convoitise, la frustration ?

    • 22 octobre 2012 · 16h07 Edouard Mercure

      Salut Rachel, je me propose à répondre…
      Je crois que la gauche et la droite proviennent essentiellement des abus du pouvoir monétaire; la gauche ne serait pas nécéssaire si il n’y avait pas eu à la base un abus de liberté qui se traduit par la liberté de s’enrichir au détriment des autres. La gauche ( l’état qui assure l’égalité ) autant que la droite ( la liberté économique sans frontière ) doivent tout deux être gérés par une autorité. En bref, les excès du marché nous ont conduient à devoir choisir entre l’égalité et la liberté, tandis que ces deux qualitées devraient se retrouver dans un éventuel « pouvoir de bonne volontée ».

      Je crois que l,anarchisme ne devrait pas être considéré comme étant de gauche, mais bien comme surpassant ces deux pôles pour permettre l’émancipation du meilleur de l’humanité; « ceux qui veulent la liberté potentielle du plus grand nombre ». La gauche est vue comme étant dépassée puisqu’elle relève souvent d’une mentalité de groupe, de « suiveux », tandis que la droite laisse place à la liberté (bien qu’elle soit extrêmement limitée) qui pour beaucoup est l’aquis le plus important des sociétés contemporaines. Il faudra d’avantage de mouvements indépendants des sphères étatiques et économiques (qui relève de la liberté foncière de l’individu) pour contrer le monde unipolaire dans lequel nous sommes engagés… Je ne pense pas que la gauche puisse aujourd’hui arriver à ralier un si grand nombre de perspectives, de cultures et d’opinions différentes… Il s’agira de trouver un point culminant aux luttes indépendantes qui sont présentement engagées contre les excès du pouvoir financier.
      J’ai plusieurs théorie sur la convergeance éventuelle de ces luttes; Selon moi, elles passeront par la revendication du droit à la terre ( dont occupy fut une première tentative ) et la formation d’une société « altermondialiste » qui se dévellopera de manière parallèle au capitaliste à l’échelle internationale. Une société alternative et liée à l’échelle planétaire pourrait éventuellement « faire fondre » le capitaliste en cessant de l’alimenter, et c’est quelque chose qui pourrait se faire ici et maintenent, sans l’aide d’un parti politique.

    • 23 octobre 2012 · 09h04 alain a

      M. Mercure, bien que je comprenne votre idée et que je sois en accord avec votre proposition, j’aimerais souligner que votre définition de la gauche et de la droite s’avère assez réductrice. Ces termes sont si galvaudés et tellement évidés qu’il vaudrait mieux éviter de les utiliser de nos jours. Mais nos experts en propagande savent combien les expressions fourre-tout sont utiles pour entretenir les préjugés et la guerre des clans.
      Vous notez, et c’est très bien, de quelle manière sont « vues » la gauche et la droite. Donc, question de perception. Mais la gauche c’est aussi des mesures sociales qui visent le bien-être du plus grand nombre et la droite la liberté, oui, mais aussi la liberté de s’enrichir sur le dos des plus démunis (et cela se fait aussi entre les nations, ne l’oublions pas).
      Je terminerais avec un extrait du livre L’empire de l’illusion de Chris Hedges : « Les faits sont reconnus ou niés selon leur concordance avec les idées reçues, si bien que la recherche de la vérité a perdu toute pertinence. » Donc, avant de proposer quelconque nouveaux modèles il conviendrait d’éduquer suffisamment la population pour la soustraire des mains des manipulateurs et des fabricants de bonheur.

    • 26 octobre 2012 · 21h57 Edouard Mercure

      Comme vous l’avez dit, il faudrait presque s’abstenir de mentionner ces termes aujourd’hui… Le lien que je mettais en lumière : « La gauche et la droite » relèvent toutes deux d’une organisation qui ce doit d’être dirigée du haut vers le bas. D’ou la nécéssitée d’un « 3e pouvoir » qui provient du bas qui pourrait éventuellement les démocratiser. ( Rendre l’état représentatif, et le marché efficace. )

  • 21 octobre 2012 · 14h55 Normand Baillargeon

    @Rachel Laverdure: très bonnes questions que vous soulevez là. J’ai risqué quelques éléments de réponse, mais suis conscient que je suis loin du compte. D’autres ont peut-être des idées. Je suis preneur.,,

  • 22 octobre 2012 · 14h47 MAX

    Sommaire de l’Enquête internationale sur lʹalphabétisation et les compétences des adultes (EIACA) 2003 par Collège Frontière

    http://www.frontiercollege.ca/pdf/Sommaire_de_l%27Enqu%C3%AAte_internationale_sur_l%27alphab%C3%A9tisation.pdf

    Selon la dernière enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA 2003),il y a au Québec 800,000 personnes de 16 à 65 ans qui sont de niveau littéraire 1, *(voir descriptif ci-dessous des niveaux 1 à 4).

    800 000, personnes de tous les groupes d’âge

    – 10% ont de 16 à 25 ans
    – 39% ont de 26 à 46 ans
    – 51% ont de 47 à 65 ans

    - 53% sont des hommes
    – 47% sont des femmes

    «49% des adultes québécois de 16 à 65 ans, soit 2 millions 500 milles personnes sont de niveaux 1 & 2», c’est donc dire que ces citoyens se retrouvent avec de sérieuses difficultés lorsqu’il s’agit de comprendre l’information, sans parler d’un minimum d’esprit critique pour être en mesure d’assumer le rôle de citoyen à «part entière»…

    DE SPÉCIFIQUE À SYSTÉMIQUE…

    En grande partie occupés à survivre tout simplement et les autres à essayer de comprendre ce que les technocrates et manipulateurs professionnels de groupes de presse, de l’économie, de la politique, des affaires et de la finance tentent de leur faire avaler ouvertement ou à leur insu par la propagande, la désinformation, la publicité, etc., j’imagine facilement que le niveau de compréhension est davantage de l’ordre du… slogan!

    Rien de méprisant de ma part envers ces citoyens. Simplement mettre en évidence l’ampleur de ce drame d’instruction, d’éducation et que, bien au fait de cette «aubaine», il n’est pas étonnant alors de voir comment la démagogie des cerveaux de la communication et du marketing au service des oligarchies de tous horizons et des technocrates, mettent tout en oeuvre pour arriver à mettre en place des opérations de distraction et d’hypnose collective nocive aux démocraties pour ce qu’il en reste. Et qu’on ne s’y méprenne pas, les niveaux 3-4-5 ne sont nullement à l’abri de la manipulation par la sophistication des messages qui leur sont adressés…

    Peu importe le niveau, conditionner les esprits et les comportements à agir dans une direction ou une autre s’effectuent par la valorisation de «modèles à suivre», par la gratification ou la punition… qu’elle soit sociale, financière, physique, psychologique; concrète ou, aujourd’hui, de plus en plus abstraite et insidieuse… Pour plusieurs, le niveau de conscience s’arrête à la séquence suivante: si quelque chose me procure plaisirs, satisfactions et pouvoirs, pourquoi changerais-je quelque chose à quoi que ce soit?

    Il y a des réformes fondamentales et radicales à faire en matière de Constitution, de système parlementaire, de système électoral, du financement des partis politiques et d’instaurer une formule de démocratie participative pour nous réapproprier notre pouvoir démocratique. Pour nous responsabiliser sur nos choix de société et éviter les dérives de n’importe quel gouvernement, nous devons être en mesure de chapeauter, au besoin, le législatif et l’exécutif…

    Oui, se mobiliser, s’indigner, revendiquer et se révolter c’est vital, mais si ce n’est pas assorti d’une reprise de pouvoir réelle, ce pouvoir continuera d’être d’être pris en otage par les mains armées «invisibles», virtualisées, des armes financières et des traités de libre échange qui ne sont rien d’autres que des ententes de contournement pour faire en sorte que les législations des états ne puissent nuire aux intérêts des «sociopathes philanthropiques» qui oeuvrent aussi bien dans le système bancaire de faux-monnayeurs légalisés, de la finance, des affaires, de la mafia et des politiciens corrompus qui prennent le rôle de président de comité de gestion…

    Radical, oui. Radical, ça ne veut pas dire violence, ça veut dire aller aux causes profondes et réelles de la prédation et de la mise en esclavage des citoyens, sans attendre que ces chimères de type sauveurs économiques & persécuteurs démocratiques avouent ce qu’ils font, ce qu’ils sont et pour quoi ils le font… Tous ces sophistes et esclavagistes modernes vous diront que c’est votre perception… Ils posent les chaînes et les entraves, et si vous vous débattez et que vous vous blessez, vous êtes les seuls responsables de la cause de vos blessures! vous n’avez qu’à vous soumettre. L’Histoire de l’humanité est éloquente à ce sujet…

    En espérant que nous ne sommes pas condamner à répéter ce qui ne marche pas mais qui fonctionne à merveille..
    ************************************************************

    *Niveau 1: Les individus se situant à ce niveau éprouvent des difficultés en lecture et possèdent peu de compétences de base ou de stratégies pour décoder un texte.

    Niveau 2: Les individus se situant à ce niveau ont des compétences limitées. Ils lisent mais ne lisent pas bien. Les Canadiens et Canadiennes de ce niveau ne peuvent lire que du matériel simple et clairement présenté.

    Niveau 3: Les individus se situant à ce niveau peuvent lire avec facilité mais éprouvent des difficultés pour la réalisation de tâches plus complexes. Ce niveau est considéré par bien des pays comme le niveau minimal de compétences pour une pleine participation à la société.

    Niveau 4/5: Les individus se situant à ces niveaux possèdent de fortes compétences en littératie, incluant un grand éventail de compétences en lecture et de nombreuses stratégies pour décoder du matériel complexe. Ces Canadiens et Canadiennes peuvent relever de nouveaux défis en lecture.

    Sources:

    Sommaire de l’Enquête internationale sur lʹalphabétisation et les compétences des adultes (EIACA) 2003 par Collège Frontière

    http://www.frontiercollege.ca/pdf/Sommaire_de_l%27Enqu%C3%AAte_internationale_sur_l%27alphab%C3%A9tisation.pdf

    bulletinalpharemai2010pdf

  • 23 octobre 2012 · 12h16 Marc Huber

    J’ai ouvert mon dictionnaire pour connaître le sens du mot «loques». J’espère que vous faites référence à une étoffe servant au nettoyage, car je suis intéressé par l’extermination des parasites. Une passion au point que le dimanche 21 octobre, j’ai pédalé contre un vent implacable pendant plus de 20 minutes, pour me procurer un film sur les parasites. Vous le connaissez sans doute. Il s’agit de Prometheus, une œuvre de science-fiction qui traite de cette mission vouée à l’échec à cause de méchantes bestioles: utiliser la connaissance humaine et le financement privé pour rencontrer les créateurs de l’humain et tenter de puiser une sagesse bénéfique de ces derniers.

    J’ai lu Conversation démocratique en loques le lendemain en faisant des liens avec Prometheus. Le monde universitaire connaît une récupération de ses compétences par des entreprises, groupes et individus qui parasitent l’esprit des étudiants et d’enseignants. Et plus ils s’étendent dans les institutions du savoir, dans les médias, dans la science, la culture et la politique, plus ils ont tendance à utiliser des plumes, des caméras et des microphones pour nous répéter qu’ils ont la clairvoyance qui traduit la vérité. Qu’une plus grande proximité avec eux nous préserverait des maux qui menacent notre santé, notre économie, nos libertés et notre démocratie!

    Ne fermons pas nos yeux. Nous sommes aux prises avec une opération de contamination dont un des effets est la marginalisation des gens qui ne sont pas infectés. Devant cette situation, je reconnais l’importance de s’informer pour débattre et comprendre, à la condition que ce cheminement nous permette de saisir qu’il faut pédaler contre le vent pour espérer un moment de répit. Dans notre société, cela consiste à placer les parasites en quarantaine pour éviter que les plus faibles soient contaminés. Comment? En osant confronter notre bonne conscience, cette sève dont les effluves attirent les bestioles. En le faisant, je constate qu’acheter un film peut devenir un geste condamnable et que manifester avec 250,000 personnes n’empêchera pas l’aigle de dévorer quotidiennement le foie de Prométhée ou à un parasite de proliférer dans le tissu social. Par contre, si 250 individus se débranchent d’un service de câblodistribution, annulent leur abonnement à un quotidien de convergence, cessent d’encourager des entreprises aux philosophies discutables ou exigent une rencontre avec le recteur d’une université pour expliquer leurs attentes, ils se transforment en exterminateurs de parasites. Des gens qui forcent un peu plus que les autres pour profiter de leurs moments de repos.

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