Il est désolant, ces temps-ci, de voir les attaques que subit la communauté homosexuelle (et lesbienne et transgenre) en Afrique; dans certains pays musulmans; en France et aux États-Unis, à travers l’opposition au mariage homosexuel; et bien entendu en Russie, où on a adopté une loi réprimant l’homosexualité.

La contribution de la philosophie aux débats qui s’ensuivent tient surtout à la clarification des concepts employés et à l’examen critique des arguments des uns et des autres.

Voici justement trois mauvais arguments souvent employés contre l’homosexualité et les contre-arguments à leur opposer.

Le premier: l’homosexualité n’est pas naturelle et pour cela doit être moralement condamnée.

En réponse à cet argument, on peut d’abord rappeler que si par nature on entend le monde animal, les comportements homosexuels y sont au contraire très répandus.

Mais surtout, on doit faire remarquer que le fait qu’une chose soit ou non naturelle (une fois ce mot défini) n’a pas à lui seul d’implication directe sur sa moralité et plus largement sur sa valeur. Certaines choses tout à fait naturelles sont malsaines (le cyanure), tandis que d’autres, artificielles, sont bénéfiques (les chirurgies cardiaques).

La leçon cruciale, ici, remonte à David Hume (1711-1776): on ne peut pas tirer de jugements de valeur de seuls jugements factuels, ou, si l’on préfère: on ne peut pas conclure ce qui doit être seulement à partir de ce qui est.

Que l’homosexualité soit ou non naturelle, cette donnée factuelle, à elle seule, ne peut donc pas permettre de tirer qu’elle soit, ou non, moralement acceptable.

La maxime de Hume exige une petite gymnastique intellectuelle pour être comprise, mais cela vaut le coup. Elle dit: «You can’t get an ought from an is». (On comprend ainsi, en prime, que le fait que l’homosexualité soit, dans les faits, moralement tenue pour condamnable dans telle ou telle société ne suffit pas à établir qu’elle doive être moralement condamnée.)

Un deuxième argument souvent invoqué est que l’homosexualité est moralement condamnable parce que Dieu le dit.

Il faut reconnaître que les grandes religions semblent en effet la condamner vigoureusement. L’Ancien Testament est souvent cité dans ce contexte: «Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme: ce serait une abomination» (Lévitique, 18:22).

Ce type d’argument est appelé le commandement divin: ce que Dieu prescrit nous dit ce qui est moralement désirable et doit être pratiqué; ce qu’Il proscrit nous dit ce qui est moralement condamnable et doit être évité. Or, Il a décrété l’homosexualité condamnable: on doit donc ne pas en permettre la pratique.

Il n’est pas facile d’argumenter avec une personne qui s’arrête là – et en certains milieux ou pays, ça fait beaucoup de monde. Mais on peut lui faire remarquer que sa conviction ne devrait pas être imposée aux autres, qui ne partagent pas sa foi; que différentes religions disent parfois sur la même question des choses différentes. On peut aussi rappeler le péril qu’il y a à vouloir décider ce que Dieu veut dire en interprétant un texte ancien et parfois contradictoire; et rappeler que certaines prescriptions religieuses semblent à la plupart des gens, et sans doute même à lui, parfaitement immorales, par exemple quand la Bible prescrit de mettre à mort les personnes qui travaillent le jour du sabbat.

Mais la doctrine du commandement divin souffre aussi d’un problème majeur et irréparable, d’abord aperçu par Platon. Le voici: ce qui est moral l’est-il parce que Dieu le décrète arbitrairement, ou est-il décrété moral par Dieu parce qu’il l’est effectivement?

Supposons qu’on dise que ce qui est moral l’est parce que c’est ce que Dieu commande – disons: un marchand ne vole pas ses clients parce que Dieu l’interdit. En ce cas, voler n’était d’abord ni bien ni mal en soi, et si c’est ce qu’il faut faire, c’est parce que Dieu, qui aurait pu vouloir le contraire, l’a voulu ainsi. Cette conclusion semble inacceptable, même si on est croyant.

Elle fait en effet dépendre contingentement ce qui est moral des commandements arbitraires de Dieu – qui aurait bien pu commander le contraire de ce qu’il a commandé: or, nous avons du mal à penser que, disons, torturer des bébés aurait pu être bien si Dieu, arbitrairement, l’avait décidé. De plus, cet arbitraire et cette contingence des normes de la moralité sont incompatibles avec l’idée que Dieu est omniscient (il sait donc ce qui est bien) et omnibénévolent (sa bonté ne pouvant consister en le simple accord avec ses arbitraires décisions).

Pour sauver la thèse du commandement divin, on se rabattra sur la deuxième option du dilemme: Dieu désigne comme moral ce qui l’est vraiment. Ainsi, Dieu sait que voler ses clients est mal et c’est pourquoi il le condamne. Mais on admet ce faisant qu’il existe un standard de ce qui est bien ou mal indépendamment de Dieu. Pour toutes ces raisons, cette thèse est donc massivement rejetée, par les philosophes comme par les théologiens.

Un troisième argumentaire fréquent contre l’homosexualité est conséquentialiste: c’est pour ce qu’elle entraîne – soit pour l’individu qui la pratique, soit pour la société qui la permet – que l’homosexualité doit être condamnée.

Il y a plusieurs lignes de réponses à pareil argumentaire, mais les suivantes me semblent souvent efficaces. On peut d’abord examiner les conséquences alléguées et, en certains cas, on constatera qu’elles ne sont pas avérées. On peut aussi montrer qu’elles ne sont pas attribuables à la seule homosexualité et que si l’on condamne l’homosexualité pour elles, il faudra aussi condamner des pratiques ou des institutions qu’on ne voudrait pas condamner (par exemple, si la stérilité des relations homosexuelles les rend condamnables, il faut aussi condamner les mariages stériles).

Mais surtout, on doit faire remarquer que bien des conséquences néfastes de l’homosexualité pour les homosexuels et la société tiennent à nos croyances et politiques à son endroit et non à l’homosexualité en tant que telle: ce sont donc elles qu’il faut changer.

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  • 14 août 2013 · 14h05 Benoit

    Encore…svp.

  • 14 août 2013 · 14h11 François Jobin

    Ce que j’apprécie de ce texte, outre sa pertinence et la justesse de ses arguments, c’est d’abord la rigueur du raisonnement qui constitue à mon avis un modèle d’argumentation. Il pourrait inspirer bien des chroniqueurs qui se contentent d’affirmer n’importe quoi et s’imaginent qu’une opinion n’a pas pas besoin d’assises. Ensuite, j’aime le style net et précis qui met en application la maxime de Boileau: « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. » Trop souvent les universitaires emploient une langue absconse qu’ils sont seuls à comprendre et qui ne sert qu’à bien faire paraître celui qui l »emploie. Ne savent-ils pas qu’ils feront encore meilleure figure si on saisit de quoi ils parlent.

  • 14 août 2013 · 14h46 François Doyon

    Merci. De tout cœur, merci.

  • 14 août 2013 · 16h54 Pierre Couture

    Et on pourrait ajouter un superbe sermon de Richard Holloway, qui fut primat de l’Église épiscopale d’Écosse sur le danger de la religion sincère http://homepages.which.net/~radical.faith/holloway/sermondangers.htm

  • 14 août 2013 · 18h03 Samuel

    Merci une fois de plus pour ces matières à réflexion.

    La discussion sur le naturel des relations homosexuelles me rappelle un passage de Sade (La philosophie dans le boudoir), dans lequel l’un des protagoniste se lance dans la démonstration que la sodomie est en fait la relation sexuelle la plus naturelle. Toutes sortes d’arguments relativement farfelus sont invoqués (géométrie: Où est-il le plus naturel d’insérer un objet rond, dans un trou rond ou dans un trou oblong?).

    Ce passage pose plutôt bien la problématique de distinguer ce qui est naturel de ce qui ne l’est pas, de façon plutôt hilarante.

  • 14 août 2013 · 18h40 DavidHume

    Merci !

  • 14 août 2013 · 18h49 DavidHume

    Pour tous les Vladimir :

    http://www.kinseyinstitute.org/resources/ak-data.html

  • 14 août 2013 · 21h50 Procrastigator

    Une autre contradiction à relever dans le cas de la morale du commandement divin est que des choses dites morales par Dieu – dans les religions judéo-chrétiennes au moins (esclavage, peine de mort pour des fautes relativement mineures, abaissement de la femme, etc.) ne sont plus considérées comme morale par la majorité de la population aujourd’hui. L’interlocuteur doit donc, pour être cohérent, soit abandonner cette doctrine, soit affirmer la moralité de ces éléments.

  • 15 août 2013 · 07h27 LezAttitude

    Bravo pour ces arguments, je fais passer l’info :)

  • 16 août 2013 · 15h08 M.Bradette

    C’est quand meme pas possible ce que l’on fait au nom de la religion(peut importe laquelle!) et au nom de la morale aussi! Car après tout,les simples principes d’aimer son prochain comme soi-meme et de ne pas lui faire ce qu’on voudrait qu’on nous fasse ne devraient pas etre compliquer à mettre en pratique! Mais…

  • 18 août 2013 · 21h40 P. Lagassé

    Ça fait toujours plaisir de voir un raisonnement logique et rigoureux.
    Moi qui a une maîtrise en physique, je suis continuellement en manque de ce genre de textes.

    Merci

  • 20 août 2013 · 06h58 Lawrence

    Juste pour poursuivre la logique :
    « Le Dilemme d’Euthyphron est un faux dilemme
    Les philosophes chrétiens, parmi lesquels au tout premier plan Thomas d’Aquin, ont souvent répondu que le dilemme n’en était pas un : certes, Dieu commande quelque chose parce que c’est juste, mais la raison pour laquelle la chose est bonne est que « la justice est un attribut essentiel de la nature divine »[réf. nécessaire]. La justice s’explique par le caractère de Dieu et s’exprime simplement dans ses commandements moraux. De sorte que ce que Dieu commande est toujours juste.»
    Alors … professeur ?
    Lawrence.

  • 20 août 2013 · 17h24 Alys

    En plein dans le mile

  • 25 août 2013 · 16h14 François Gravel

    M. Baillargeon, j’approuve de tout cœur et sans réserve ce que vous dites là. Vous auriez pu puiser à l’argumentaire homophobe, dans votre Petit cours d’autodéfense intellectuelle, pour illustrer l’argument sophistique (mais inusable) de la pente glissante. Dans le genre : «Si vous autorisez le mariage homosexuel, la tendance se généralisera bientôt au mariage pédophile, au mariage zoophile, au mariage nécrophile.» Comme pièces à conviction, je citerais ces questions rhétoriques posées par quelques manifestants français opposés au mariage gai :

    - «Le mariage pour tous? Et puis alors avec des chiens, des chats, des singes? Avec quoi, après? Ça va aller jusqu’où, ça?» (http://www.youtube.com/watch?v=hwmMvpk0U4I, 00:00-00:06).
    - «Si j’aime mon ours en peluche, je vais épouser mon ours en peluche?» (http://www.youtube.com/watch?v=jey2LNT5QKA, 00:12-00:15).
    - «Pourquoi, à ce moment-là, on interdirait la polygamie en France? Au nom de quoi on pourrait l’interdire aux musulmans, si tout est permis? Parce qu’à ce moment-là, pourquoi un père n’épouserait pas sa fille? Pourquoi pas deux frères et deux sœurs?» (http://www.youtube.com/watch?v=sX8MaDkoLZc, 1:00-1:17).
    - «La légalisation du mariage homosexuel, l’adoption, est la porte ouverte à d’autres revendications comme la légalisation de l’inceste.» (http://www.youtube.com/watch?v=Hcb7hHKc5a4, 1:10-1:18).
    - «C’est la porte ouverte à tout et n’importe quoi, même avec des hommes et des animaux.» (http://www.youtube.com/watch?v=Hcb7hHKc5a4, 1:19-1:22).

    Bon, inutile de multiplier les exemples. On peut seulement regretter que ces braves défenseurs des bonnes mœurs soient restés muets sur le cas des fétichistes de la chaussure («Si j’aime ma pantoufle, je vais épouser ma pantoufle?»).

    Blague à part, les opposants au mariage gai n’ont pas l’air de comprendre que leur discours, par sa logique sous-jacente, ne diffère pas fondamentalement de celui qu’ont pu tenir, en des temps heureusement révolus(?), les racistes et les intégristes de tout poil. Soit, par exemple, le raisonnement suivant : « La légalisation du mariage homosexuel est la porte ouverte à d’autres revendications comme la légalisation des mariages interraciaux ou interconfessionnels. Parce qu’à ce moment-là, pourquoi un noir n’épouserait pas une blanche? Pourquoi pas une juive et un catholique?» Vous me voyez venir : au nom de quoi devrions-nous considérer les préjugés homophobes comme plus légitimes et honorables que les préjugés racistes ou l’intolérance religieuse?

    Après cela, il y a quelque chose de jouissif à entendre Thierry Ardisson retourner ce type d’argument contre la très catholique Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate et pasionaria des valeurs familiales, sur le plateau de l’émission Salut les terriens! Sachant que l’ancienne ministre sarkozyste a épousé en 1967 son cousin germain Louis Boutin – mariage invalide du point de vue canonique –, l’animateur se plaît à faire jouer contre elle cette même logique de la «porte ouverte» : «C’est contre nature. Moi, je n’aurais jamais pu épouser ma cousine. On ne tombe pas amoureux de sa cousine, enfin! On a des barrières, enfin! Non, parce que d’abord c’est entre cousins germains; après, c’est les frères, les sœurs. Ça se termine avec les animaux! L’inceste, la polygamie, ça commence comme ça.» (http://www.youtube.com/watch?v=kGGkufCt51g, 1:47-2:12; http://leplus.nouvelobs.com/contribution/793694-salut-les-terriens-christine-boutin-crucifiee-par-thierry-ardisson.html).

    Cela dit, il faut reconnaître que les cathos constituent une cible somme toute assez facile. On connaît moins l’emprise qu’exerce en France, dans ce débat, la secte freudienne et plus spécialement les lacaniens : Monette Vacquin, Jean-Pierre Winter, Pierre Legendre, etc. La rhétorique homophobe qu’ils véhiculent peut paraître, à première vue, moins choquante que les propos «trash» rapportés plus haut. Elle les surpasse pourtant de loin par son outrance et constitue de ce fait, sous ses dehors savants, un parfait exemple du concept de «panique morale». Le «déchaînement de la doxa homosexualiste (sic)», explique ainsi doctement le psychanalyste et juriste Pierre Legendre en entrevue, transforme la société en une «caserne libérale-libertaire» (re-sic) placée sous la coupe de «minorités agissantes». Cette dictature d’un style nouveau représente, selon lui, tout à la fois : 1) «un retour mondial à la féodalité»; 2) «l’accomplissement d’une prophétie d’Orwell»; 3) une subversion du langage apparentée à «ce que, au temps stalinien, on appelait la révision des valeurs»; 4) le triomphe d’«une logique hédoniste héritière du nazisme»; 5) la fin du «principe de raison» et l’avènement d’une «démocratie déraisonnable» engagée sur «une pente de déraison»; 6) un artifice par lequel «les Occidentaux essayent de vaincre leur propre décomposition».

    L’auteur, on l’aura remarqué, ne fait ici aucun effort pour comprendre comment la valeur d’égalité qui fonde les sociétés démocratiques conduit à la normalisation de certains comportements considérés jadis comme déviants, ni comment cette normalisation se traduit à son tour par une logique d’extension des droits civils en matière de mariage et de filiation. Son propos n’est pas d’analyser, d’expliquer, de critiquer ou de réfuter les revendications égalitaires, mais seulement de les dénoncer et de les discréditer par différents procédés rhétoriques de dévalorisation : caricature, hyperbole, amalgame, enflure démagogique – y compris la stalinisation/nazification de l’adversaire. Le résultat tient en une chaîne de pseudo-équivalences dont l’effet de surcharge ne peut que provoquer l’hilarité par ses allures d’«inventaire à la Prévert» : mariage gai = féodalisme = 1984 (Orwell) = stalinisme = nazisme = folie = décadence! On dira que j’exagère et que je déforme la pensée de Legendre. Mais non, je n’invente rien et chacun pourra vérifier sur le Web l’exactitude des citations qui précèdent (http://www.youtube.com/watch?v=TfmEnHfHuZQ; http://www.vacarme.org/article1640.html#nb1).

    Or il faut savoir que Legendre, dans son entrevue précitée, désigne nommément et avec insistance le Québec comme le pays de toutes les perversions, celui d’où nous vient tout le mal et dont le mauvais exemple risque d’entraîner la France, par contagion, dans son effroyable décadence. Voici donc comment ce disciple de Jacques Lacan met ses compatriotes en garde contre le péril québécois, après avoir fustigé les aberrations de notre Code civil en matière d’homoparentalité : «Je pose la question : est-ce que vous croyez qu’au nom de cette démocratie déraisonnable, vous allez convertir le reste du monde? (…) Il faut quand même que les Français prennent conscience de ce qu’on leur vend. (…) Maintenant, si les Français veulent aller là-dedans, ils iront.» Et l’auteur d’ajouter avec ce sacré culot propre à certains intellectuels parisiens : «Je n’ai rien d’un moraliste. [Ah bon?] Simplement, moi, je m’occupe des constructions de la raison. Vous savez, c’est l’absence de limites, la débâcle.» Décomposition, déraison, débâcle : repentez-vous, la fin du monde est proche! Au fond, les propos de cet universitaire distingué rappellent beaucoup ceux d’une Christine Boutin lorsqu’elle emploie l’expression «effondrement de la société» pour décrire la loi autorisant le mariage gai (http://www.youtube.com/watch?v=XAsiZ45K5do, 1:01-1:10).

    Bien sûr, il y a pire que Pierre Legendre et Christine Boutin. L’ex-humoriste Dieudonné n’a-t-il pas récemment caractérisé le mariage pour tous comme un complot sioniste? Et je cite : «Le courant antisioniste se développe dans tous les milieux, dans toutes les couches de la population. On l’a vu notamment avec les manifestations contre le projet de mariage pour tous. (…) C’est amusant de voir à quel point la société sioniste, le projet sioniste est là pour non seulement pour diviser les gens entre eux, mais les hommes contre les femmes. Ils sont derrière tous ces mouvements hystériques féministes. (…) Le sionisme, c’est un projet qui est là pour diviser pour régner, en fait, sur un nouvel ordre mondial. Donc, pour régner, il faut diviser toutes les énergies, tous les peuples; il faut diviser les familles, il faut diviser les couples.» (http://www.dailymotion.com/video/xxkt5l_conference-de-presse-de-dieudonne-a-alger-1ere-video_webcam#.UTSnXaL3joK, 3:01-5:34).
    À lire aussi, sur le même sujet :
    - http://www.metronews.fr/people/pour-dieudonne-le-mariage-gay-est-un-complot-sioniste/mmcd!r7MNt9Y2eZYY/;
    - http://www.conspiracywatch.info/Dieudonne-le-mariage-pour-tous-est-un-projet-sioniste_a1007.html?com;
    - Bruno Roger-Petit, «Comment la République a ridiculisé Dieudonné et sa minable provocation anti-mariage gay», http://leplus.nouvelobs.com/contribution/909220-comment-la-republique-a-ridiculise-dieudonne-et-sa-minable-provocation-anti-mariage-gay.html.)

    Qu’en pense Michel Brûlé, éditeur et candidat à la mairie de Montréal? Car c’est bien lui, si je ne m’abuse, qui déclarait en 2010 : «Dieudonné, c’est quelqu’un qui a beaucoup de courage. Je trouve ça triste qu’on ait mis Dieudonné au ban de la société pour avoir critiqué les juifs. La France ne grandit pas avec le sort qu’on a réservé à Dieudonné, ça c’est clair.» (Entretien avec Michel Brûlé – Partie 2, http://www.egaliteetreconciliation.fr/Entretien-avec-Michel-Brule-3860.html, 17:16-18:25).

  • 25 août 2013 · 19h14 Edouard Mercure

    En retard, mon avis sur une question à mon sens délicate :

    Je crois qu’il y a une différence importante à faire entre l’opposition au mariage homosexuel et le fait de réprimer l’homosexualité. Je vous réfère à la vidéo d’un homosexuel qui s’oppose au mariage gay, en proposant toutefois un statut légal différent pour « l’alliance civile » entre conjoints de même sexe. Son argumentaire se résume comme suit, et emmène un point de vue rafraichissant sur la question : Un enfant a besoin d’un père et d’une mère, et l’on pourrait compromettre son développement intégral en le coupant de l’une ou l’autre de ces figures. Pourtant, il ne faudrait pas non plus brimer le droit légal des homosexuels à partager une vie de couple ensemble (et d’en tirer tous les bénéfices des couples hétérosexuels); ils leurs sont égaux en droit. (http://www.youtube.com/watch?v=moM5ungoloA)
    Lorsqu’on parle de « rendre l’homosexualité hors la loi », ou de la réprimer pour ses effets « conséquentialistes » ou encore de ses fondements soi-disant « immoraux », il s’agit d’une toute autre question. C’est le même principe qu’une personne qui réprimerait certaines parts de sa personne parce qu’elle ne les comprend pas et les trouve gênantes : Une société qui censure certaines de ses réalités se cache les yeux et ne fait pas face à la source de « ses problèmes ». C’est connu, ce sont les homophobes qui ont le plus souvent une homosexualité latente à couvrir. Que dire du comportement d’une société à ce propos?
    Sur la question de la naturalité de la dite homosexualité, je pense que c’est une question qui reste à déceler, mais certaines études semblent démontrer (sans en connaitre beaucoup sur la question) qu’il y a effectivement des différences physiologiques entre hétérosexuels et homosexuels ( Le volume d’une certaine partie du cerveau, « le noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus » –voir wikipedia;homosexualité ou encore le taux de sérotonine dans le cerveau –voir : http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-2332771/Does-brains-happy-chemical-influence-sexuality-Researchers-blocking-serotonin-reverse-preferences.html?ito=feeds-newsxml ). Arthur Janov, fondateur de la thérapie primale ( 92 ans, toujours actif à ce jour!), aurait « guérit » des homosexuels et soutient qu’il y aurait un lien entre le taux de sérotonine et l’émission de cortisol ( hormone du stress ). La récente découverte de la relation entre taux de sérotonine et orientation sexuelle serait pour lui une avancée importante dans la compréhension de l’homosexualité comme tension, ou « comportement névrotique » comme substitution à un besoin non satisfait dans l’enfance ou même – prétend-il- dans l’âge prénatal – — http://cigognenews.blogspot.fr/2013/07/so-why-are-we-gay.html
    Si l’homosexualité provenait effectivement d’un manque ou d’un traumatisme, ayant certains impactes physiologiques qui emmènent ensuite l’individu à adopter un comportement de substitution, il faudrait alors considérer l’homosexualité comme ayant une cause, et n’étant effectivement pas ‘’normale’’, bien qu’elle soit naturelle puisqu’également rencontrée dans la nature. Tout cela n’implique toutefois pas qu’elle soit condamnée moralement d’aucune façon; il faudrait voir, au mieux, à ce que quelqu’un qui en souffre puisse être guéris si cela est possible. À supposer, encore une fois, qu’elle soit réellement le résultat d’un débalancement hormonal observable ayant une cause, et qu’elle soit problématique pour l’individu. Au contraire, si elle est bien vécue, nous devons la considérer comme une différence, un apport unique ou encore – comme grand nombre de gay l’ont déjà prouvés – un gain de grande importance pour la société.

    • 6 septembre 2013 · 18h34 François Gravel

      M. Mercure. Êtes-vous bien sûr qu’Arthur Janov possède l’autorité requise pour dire le vrai sur l’homosexualité? J’ai en tout cas relevé, dans son livre La Biologie de l’amour (Éd. du Rocher), quelques passages qui me font sérieusement douter du sérieux de l’auteur. Janov y affirme notamment : «Des marques de forceps sont apparues sur le front de patients revivant leur naissance. Elles n’étaient jamais ressorties auparavant parce qu’elles avaient été verrouillées et stockées sous forme de souvenir.» (p. 235). Et encore, plus loin dans le même ouvrage : «Sur des photographies parues dans mon livre précédent, on peut voir sur les chevilles d’une patiente la trace des empreintes digitales du médecin qui l’a mise au monde. La première fois que j’ai assisté à ce phénomène, j’ai été sceptique comme, j’en suis sûr, le sont de nombreux lecteurs. Mais il s’est reproduit et n’a rien d’accidentel. Ce genre de manifestation physique accompagne le souvenir.» (p. 323).

      Comme l’écrivait Martin Gardner dans le Skeptical Inquirer (mai/juin 2001) : «If you can believe that, you can believe anything Janov says.» (http://debunkingprimaltherapy.com/gardner-2003/). Ces histoires de marques et d’empreintes font un peu trop penser aux ectoplasmes et autres matérialisations qui ont fait les beaux jours du spiritisme et qui ont d’ailleurs trompé bon nombre d’expérimentateurs scientifiques quelque peu naïfs. Ou, mieux encore, aux stigmates du Padre Pio et de tant d’autres mystiques qui présentaient des marques semblables aux plaies infligées à Jésus-Christ au cours de sa crucifixion. Croire que le «souvenir» de la naissance provoque miraculeusement l’apparition de marques de forceps pendant une séance de «rebirth», c’est un peu comme croire à l’origine surnaturelle des plaies apparues sur le corps des stigmatisés, en excluant a priori que l’automutilation puisse avoir quelque chose à voir là-dedans.

      Toujours dans le même livre, Janov n’hésite pas à dire qu’«une hypertension artérielle peut être associée au souvenir d’un traumatisme précoce engrammé [impressed] dans les structures du tronc cérébral (…) [L’hypertension fait] partie d’un souvenir dont il manque juste le contexte.» (p. 323). Trouvez-moi un cardiologue capable de confirmer cette hypothèse pour le moins audacieuse. Il est d’ailleurs assez significatif que la traductrice de Janov ait choisi de rendre ici le mot «impressed» par «engrammé» – terme parfois utilisé en neurophysiologie mais qui, dans le cas précis, évoque davantage le jargon scientologique.

      Cela dit, je ne suis pas neurologue et je peux me tromper. Je reste néanmoins sceptique devant les protestations de Janov lorsqu’il écrit au début de son chapitre sur l’homosexualité, comme pour se disculper d’avance : «Je ne porte pas de jugement de valeur» (p. 317). Argumentation douteuse, et ce pour au moins deux raisons. Premièrement, on a souvent vu par le passé des prêcheurs de morale proférer leurs excommunications sous le masque de la scientificité. Deuxièmement, Janov peut bien plaider l’innocence, cela n’empêchera pas des homophobes revendiqués d’invoquer ses théories en guise de caution à leur intolérance. André Montmorency en sait quelque chose. Le 6 février 2003, la direction des Violons du Roy recevait un courriel dont la signataire s’insurgeait du choix du comédien comme président d’honneur de l’orchestre, en raison de son orientation sexuelle connue du grand public. Or cette lettre était accompagnée d’une seconde, envoyée antérieurement au GRIS – Montréal, dans laquelle la plaignante convoquait «la thèse de monsieur Arthur Janov, docteur en psychologie», citation à l’appui : «L’acte homosexuel n’est pas un acte sexuel. Il se fonde sur le reniement de la sexualité réelle et constitue le déjouement symbolique d’un besoin d’amour par le moyen du sexe. Une personne vraiment sexuelle est une personne hétérosexuelle.» (Le Cri primal, p. 389) (http://www.homophobie.org/default.aspx?scheme=1010). Voilà au moins de quoi rassurer N.T.S.P. le pape : les prêtres gais (si jamais il s’en trouve) sont tous nécessairement chastes et purs car, par la force des choses, il leur est proprement impossible de commettre un acte sexuel digne de ce nom, foi d’Arthur Janov!

      Pour en revenir à nos violons, l’identité de cette mélomane en colère reste à ce jour un mystère, par la volonté d’André Montmorency. On sait cependant sans l’ombre d’un doute qu’il s’agit d’une vraie croyante, puisqu’elle considère Le Cri primal comme «le livre le plus important dans l’histoire de la psychologie». Rien de moins. Il est vrai que la modestie n’est pas non plus la principale qualité d’Arthur Janov. Raison, sans doute, pour laquelle son ouvrage La Biologie de l’amour s’achève sur cette promesse de rédemption universelle : «J’aimerais pouvoir offrir la thérapie primale au monde entier. Elle marche, et les patients le savent. Et j’espère que ce livre le fera savoir à tous ceux qui souffrent.» (p. 372). Libre à chacun d’adhérer à une pareille «religion de guérison» ou de lui préférer l’agnosticisme. Plus précisément, une société démocratique et pluraliste devrait permettre aux homosexuels de changer d’orientation sexuelle si bon leur semble. C’est là un choix existentiel digne de respect, au même titre que le port du niqab, le végétarisme ou la simplicité volontaire.

      Chose certaine, les positions réactionnaires de Janov en matière d’homosexualité témoignent d’une certaine ambiguïté de la contre-culture contestataire des années 1970 avec laquelle on a souvent associé la thérapie primale (ne serait-ce qu’à cause de John Lennon). Il faut dire aussi que son cas n’est pas unique. Le psychanalyste Wilhelm Reich, fondateur du freudomarxisme et prophète de la révolution sexuelle, a toujours refusé de prendre des homosexuels en thérapie, ajoutant même en une occasion : «Je ne veux rien avoir à faire avec de telles cochonneries.» Le poète beatnik Allen Ginsberg lui avait d’ailleurs écrit pour prendre rendez-vous et avait frappé un mur. En fait, comme l’a bien vu Roger Crémant dans Le Nouvel Observateur (12 janv. 1970), les théories reichiennes «font paradoxalement (et inconsciemment) l’éloge constant de toutes les formes de répression sexuelle. Reich, qui a en vue une société sexuellement «libérée», réinvestit aussitôt dans celle-ci tous les tabous, tous les mythes, tous les interdits sexuels : il s’agit d’instaurer, en matière sexuelle, une «nouvelle moralité» qui supprimera d’un même mouvement les impulsions mauvaises et les interdits qui pèsent sur elles. Aussi la «libération sexuelle» du Dr Reich aboutit-elle curieusement à jeter un interdit moral sur toutes les formes de «perversité», c’est-à-dire, finalement, sur toutes les formes d’activité sexuelle. Dans la nouvelle société sexuelle, plus de viol, plus d’homosexualité, plus de désir (puisqu’il n’y aura plus d’interdit). On fera l’amour moralement : «moralité naturelle» qui sera l’apanage des «personnes sensées, honnêtes et convenables» (http://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS0270_19700112/OBS0270_19700112_034.pdf). En un mot : hors du coït génital hétérosexuel, point de salut!

      Pour plus de détails sur la doctrine hétérosexiste de Reich et sur sa «personnalité phobique», on lira Louis Leclerc, Daniel Zamorano et Josée S. Lafond, «Homosexualité et politique dans la pensée de Reich», Revue sexologique 7(2), automne 1999, 149-178 (http://www.er.uqam.ca/nobel/revsexo/revues/revueSexo_v7n2.pdf). À consulter aussi l’intéressant article de Pierre Albertini : «Une tradition étrangère à la classe ouvrière» – L’homosexualité, douloureux problème des révolutionnaires (http://lmsi.net/Une-tradition-etrangere-a-la). On écoutera enfin sur YouTube deux points de vue opposés mais aussi rigolos l’un que l’autre sur l’homosexualité :
      - Celui du pasteur Quinn, interviewé ici par le journaliste de mode autrichien Brüno Gehard (alias Sacha Baron Cohen) : http://www.youtube.com/watch?v=LazrAzBP_0I;
      - Celui de «Clothilde», la lycéenne rebelle incarnée par Florence Foresti : https://www.youtube.com/watch?v=ZFirwI3yVcc.

  • 25 août 2013 · 19h17 Edouard Mercure

    Je crois qu’il y a une différence importante à faire entre l’opposition au mariage homosexuel et le fait de réprimer l’homosexualité. Je vous réfère à la vidéo d’un homosexuel qui s’oppose au mariage gay, en proposant toutefois un statut légal différent pour « l’alliance civile » entre conjoints de même sexe. Son argumentaire se résume comme suit, et emmène un point de vue rafraichissant sur la question : Un enfant a besoin d’un père et d’une mère, et l’on pourrait compromettre son développement intégral en le coupant de l’une ou l’autre de ces figures. Pourtant, il ne faudrait pas non plus brimer le droit légal des homosexuels à partager une vie de couple ensemble (et d’en tirer tous les bénéfices des couples hétérosexuels); ils leurs sont égaux en droit. (http://www.youtube.com/watch?v=moM5ungoloA)
    Lorsqu’on parle de « rendre l’homosexualité hors la loi », ou de la réprimer pour ses effets « conséquentialistes » ou encore de ses fondements soi-disant « immoraux », il s’agit d’une toute autre question. C’est le même principe qu’une personne qui réprimerait certaines parts de sa personne parce qu’elle ne les comprend pas et les trouve gênantes : une société qui censure certaines de ses réalités se cache les yeux et ne fait pas face à la source de « ses problèmes ». C’est connu, ce sont les homophobes qui ont le plus souvent une homosexualité latente à couvrir. Que dire du comportement d’une société à ce propos?
    Sur la question de la naturalité de la dite homosexualité, je pense que c’est une question qui reste à déceler, mais certaines études semblent démontrer (sans en connaitre beaucoup sur la question) qu’il y a effectivement des différences physiologiques entre hétérosexuels et homosexuels ( Le volume d’une certaine partie du cerveau, « le noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus » –voir wikipedia;homosexualité ou encore le taux de sérotonine dans le cerveau –voir : http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-2332771/Does-brains-happy-chemical-influence-sexuality-Researchers-blocking-serotonin-reverse-preferences.html?ito=feeds-newsxml ). Arthur Janov, fondateur de la thérapie primale ( 92 ans, toujours actif à ce jour!), aurait « guérit » des homosexuels et soutient qu’il y aurait un lien entre le taux de sérotonine et l’émission de cortisol ( hormone du stress ). La récente découverte de la relation entre taux de sérotonine et orientation sexuelle serait pour lui une avancée importante dans la compréhension de l’homosexualité comme tension, ou « comportement névrotique » comme substitution à un besoin non satisfait dans l’enfance ou même – prétend-il- dans l’âge prénatal – — http://cigognenews.blogspot.fr/2013/07/so-why-are-we-gay.html
    Si l’homosexualité provenait effectivement d’un manque ou d’un traumatisme, ayant certains impactes physiologiques qui emmènent ensuite l’individu à adopter un comportement de substitution, il faudrait alors considérer l’homosexualité comme ayant une cause, et n’étant effectivement pas ‘’normale’’, bien qu’elle soit naturelle puisque également rencontrée dans la nature. Tout cela n’implique toutefois pas qu’elle soit condamnée moralement d’aucune façon; il faudrait voir, au mieux, à ce que quelqu’un qui en souffre puisse être guéris si cela est possible. À supposer, encore une fois, qu’elle soit réellement le résultat d’un débalancement hormonal observable ayant une cause, et qu’elle soit problématique pour l’individu. Au contraire, si elle est bien vécue, nous devons la considérer comme une différence, un apport unique ou encore – comme grand nombre de gay l’ont déjà prouvés – un gain de grande importance pour la société.

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