Tout comme pour plusieurs d’entre vous, des points d’interrogation m’ont assailli lorsqu’on a annoncé la mise en chantier d’une version québécoise – et très Productions J – de La voix, la fameuse télé-réalité musicale qui est devenue, au fil des années, une franchise récupérée dans une quarantaine de pays. En plus de remettre en question un monde où Marc Dupré pouvait être qualifié de coach de musique (puis j’ai poussé ma recherche à son sujet et son succès populaire dans ce domaine m’oblige à m’incliner), je me demandais ce qui pouvait encourager des artistes à surfer sur la mince ligne séparant le grand public des mélomanes plus huppés qui tournent les talons devant ce genre de divertissement. Est-ce qu’un quelconque embargo a été levé? Est-ce que la boîte derrière cette production lorgne l’indie après avoir écumé à outrance le répertoire de Ginette Reno? La gent underground fait-elle le saut après avoir constaté tout le potentiel de ces locomotives?

Pour Daniel Bélanger – qui a refusé un poste de coach, mais qui a accepté de devenir mentor pour épauler Ariane Moffatt –, La voix est une tribune qui vaut le coup. «C’est sûr que je n’aurais pas frappé à leur porte pour y participer absolument», confie d’emblée le chanteur, réputé pour sa plume, bien sûr, mais aussi pour sa discrétion, «mais à titre d’auteur-compositeur-interprète qui fait de la pop, je trouve le concept intéressant. Je ne trouve pas que les artistes y sont dépréciés.» En ce qui concerne l’éternelle levée de boucliers face aux variétés du genre (tout le marasme entourant la première saison de Star Académie vient en tête), Bélanger y va d’une image inspirée du neuvième art. «Ici, c’est un peu le village d’Astérix par rapport à tout ça: on essaie de se protéger, de voir avant, etc.»

Et, mine de rien, on a quand même vu!

Bien que Star Académie ait consacré plusieurs artistes qui ont remporté un grand succès, mais sur lesquels les mélomanes de bon goût lèvent toujours le nez, certains participants ont tout de même tiré leur épingle du jeu au fil des années, dont Stéphanie Lapointe, surtout au cinéma, et Maritza, qui m’a jeté sur le cul avec un maxi concocté en compagnie de personnages-clés de la scène locale: Émilie Proulx et José Major, notamment.

Alors que la présente campagne de La voix est loin d’avoir trouvé sa ou son vainqueur, Annie Chartrand – qui gagnait la dixième édition des Francouvertes, un des rares concours musicaux à faire l’unanimité, avec son projet Ma blonde est une chanteuse – sent déjà les retombées de sa fameuse audition à la télé-réalité.

«Je ne m’attendais pas à un tel impact. Ni TVA, ni Productions J d’ailleurs!» lance d’emblée Chartrand. «Avoir su, mon disque serait déjà prêt!» En attendant cette parution – toujours produite de façon indépendante – qui devrait être dévoilée d’ici la fin de l’année, le mini-album enregistré à l’époque de sa conquête des Francouvertes est désormais distribué numériquement, avec nouvelles chansons en prime, depuis mardi sur les plateformes Zik.ca et Archambault Musique.

La blonde s’est donc tenue occupée en devenant mère et réalisatrice par la suite, la chanteuse, elle, était loin de ranger son micro. «J’aime me donner des challenges et je trouvais que c’était une bonne façon de “repartir la machine”», fait-elle valoir en abordant ses motivations. «Autour de moi, dans mon entourage, mais aussi dans le milieu de la musique plus underground, on me disait: “Je sais pas. Est-ce que ça vaut vraiment la peine? Rentres-tu dans cette catégorie de chanteuses? Tu sais, c’est TVA…”» Son audition, tellement mémorable qu’elle aura été parodiée subséquemment, n’aura laissé personne indifférent. «Autant une partie du public semble me dire: “C’est nous autres qui décidons, pis on n’a pas aimé ce que tu fais, maudite folle!”, autant l’autre est tombée par terre et était contente que je propose quelque chose de différent là-dedans.»

Bien qu’elle œuvre dans le domaine de la télé, Chartrand martèle que sa performance n’était pas calculée, tout comme elle excuse le montage de celle-ci. En fait, selon l’interprète, le malaise serait ailleurs. Ma théorie: il proviendrait des attentes d’un public abreuvé depuis des années d’airs mièvres et de chanteuses que les matantes voudraient comme filles adoptives. «Les gens devaient se dire: “Hey! La voix, ce n’est pas censé être ça! Elle est complètement à côté de la track, elle!” Et c’est quelque chose, au final, qui a été décidé par le public, pas par TVA ou les Productions J.»

En attendant de voir quel artiste sera couronné «la Voix» – et l’impact que ce dernier aura dans l’écosystème musical québécois –, les présentes cotes d’écoute laissent déjà présager une seconde saison. Rendons-nous service: encourageons nos cousins ou nos amies qui font dans la chanson champ gauche, et qui pourraient être intéressés par un tel tremplin, à auditionner. Pour paraphraser une citation populaire de Charlebois: «À la prochaine saison, on fait peur au monde!»

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  • 3 mars 2013 · 12h40 Réjean Asselin

    Je ne lève pas le nez sur « la Voix « même si dans ce genre de concours, surtout dans l’univers Quebecor, les grosses émotions sont payantes en côtes d’écoutes et que le fla –fla superficiel est assurément présent. Les candidats sont dans l’ensemble talentueux et le physique agréable et vendeur ne semble être aussi important que dans les autres concours du même genre. On s’entend que c’est d’abord la voix qui prime et au Québec les « grosses « voix ont la côte. Plus les possibilités de casser des verres de crystal avec ta voix sont présente plus le publique en demande.

    Quand Bélanger mentionne « qu’a titre d’auteur –compositeur – interprète qui fait de la pop je trouve le concept intéressant « j’admets que j’ai une certaine difficulté à le suivre. Ce concept n’a rien à voir avec les auteurs –compositeurs mais d’avantage avec le seul talent de La VOIX !!!!! Je n’ai rien contre mais je crois que Bélanger a réalisé qu’un peu « d’exposure « a la veille de sortir son nouveau disque ne lui ferait pas de tort et qu’il se contorsionne dans une explication un peu rigolote de sa présence a ce concours !

    Ce qui m’étonne toutefois est la popularité d’un chanteur « un peu castra « sur les bords qui fait tripper le Québec au complet alors que la majorité des québécois ne connaissent de la musique classique que les cantiques de Noël populaires. Les ventes de musique classique étant comme celles du Jazz, rachitique et toujours au bord de la catastrophe, ce phénomène chantant me fait penser a un animal de cirque que les gens applaudissent ici maintenant et qu’ils auront complètement oubliés plus tard !

    Je regarde quand même cette émission alors que les Stars-Académie, Occupation-Double et autre fla-fla du genre de m’intéresse aucunement !

    A quand un vrai concours d’auteurs-compositeurs – interprètes pour sortir le Québec de sa fascination pour les casseurs et les casseuses de verres de crystal ?

  • 3 mars 2013 · 15h39 André Péloquin

    Bonjour M. Asselin,

    Merci beaucoup pour votre commentaire. Il offre plusieurs pistes de réflexion.

    En ce qui concerne le commentaire M. Bélanger, je crois qu’il voulait dire que «La Voix» respecte les ACI en misant davantage sur la voix des candidats que sur leur beauté, par exemple, et en ratissant plus large que les autres télé-réalités du genre (je vous concède toutefois votre amusement face à cette fascination pour le chanteur d’opéra alors que le genre demeure quand même méconnu, voire boudé par le grand public).

    En ce qui concerne les concours d’ACI, il y en a déjà plusieurs, mais, lorsqu’ils ne sont pas télévisés (ex. : Les Francouvertes), ils demeurent cantonnés sur les ondes de réseaux moins accessibles (ex. : Ma Première Place des Arts sur MATV, anciennement Vox).

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