La double nomination d’André Boisclair, comme délégué général du Québec à New York et sous-ministre au ministère des Relations internationales – un emploi à vie –, provoque tout un tollé depuis son annonce mardi dernier. Plusieurs y voient un geste purement et simplement partisan, voire carrément un retour d’ascenseur pour un ex-chef du PQ. Ce sont en tout cas des questions qui se posent. Se pourrait-il qu’André Boisclair soit plus péquiste que compétent? Peut-on imaginer qu’en soutenant Pauline Marois lors d’un passage à l’émission de Jean-Luc Mongrain, en traitant notamment de novices, de nobodies et de gros égos ceux qui demandaient sa tête pas plus tard que l’an dernier, il ait en quelque sorte gagné son ciel, et une bonne retraite, pour réintégrer la politique active?

Fait cocasse, c’est Jean-François Lisée qui, le 2 novembre 2011, prenait la peine de rapporter ces propos de Boisclair à titre de blogueur politique à L’actualité… Ce même Jean-François Lisée qui, désormais ministre des Relations internationales, l’engage comme haut fonctionnaire.

Des questions qui se posent, donc… Peut-être de mauvaises questions, posées avec toute la mauvaise foi du monde, mais des questions tout de même, pour lesquelles il peut exister de bonnes réponses. Si ce n’est pas du copinage et de la partisanerie, comme certains l’avancent, qu’est-ce qui peut bien justifier un tel traitement d’exception, inédit même, envers André Boisclair? En quoi, outre le fait qu’il soit demeuré un fidèle péquiste, mérite-t-il plus que tous ceux qui ont occupé des postes similaires avant lui?

De la part d’un gouvernement qui a fait campagne en prétendant laver plus blanc que blanc, se présentant comme une solution de rechange à la collusion partisane, il convient à tout le moins de demander des explications.

Mais il y a plus grave encore. De la part d’un intellectuel comme Jean-François Lisée, qui fut directeur général du CÉRIUM (Centre d’études et de recherches internationales de l’UdM), ce en quoi il devrait au moins être convaincu de l’importance de la pensée critique, on s’attendrait à autre chose que des pirouettes et des acrobaties sur le mince fil du sophisme.

En effet, pour expliquer cette nomination qui soulève de nombreux doutes, Lisée s’est tout simplement rabattu sur un argument fallacieux. En résumé: on fait bien des nominations partisanes à Ottawa, citant le cas de Lawrence Cannon, et on en a fait beaucoup au PLQ. Alors hein… Pourquoi pas nous?

C’est un sophisme gros comme un ballon de plage. N’allez surtout pas chercher plus loin. Un argument tu quoque… toi aussi. C’est une variante du «celui qui le dit, celui qui l’est» que les écoliers apprennent très tôt à manipuler.

Le sophisme en politique déçoit, mais n’étonne plus.

Mais les sophismes d’un homme connu pour ses argumentations rigoureuses, qui s’est baladé sur toutes les tribunes l’an dernier pour nous vendre ses leçons afin de «mettre la droite K.-O. en 15 arguments», se gonflant le torse en démolissant les mauvais raisonnements de ses adversaires, on s’en passerait volontiers. Ça étonne et ça déçoit en même temps. C’est à peine croyable de voir ce gentleman, redoutable adversaire dans les débats auxquels il participait à Radio-Canada, se mettre ainsi les pieds dans les plats de la niaiserie.

Que faut-il croire? Devient-on intellectuellement malhonnête – ou carrément con – lorsqu’on se joint à un parti politique pour être élu et nommé ministre? Quelle leçon Jean-François Lisée est-il en train de servir à tous les analystes et intellectuels qui pourraient être tentés par l’aventure politique? Est-il en train d’illustrer le destin funeste de l’intellectuel partisan au service du bien commun? Avant, je pensais librement, maintenant, je dois spinner n’importe quoi…

Le sophisme en politique déçoit, je vous disais. À force de les collectionner, le citoyen téléspectateur des acrobaties politiciennes finit par ne plus y croire. On voudrait bien rétablir la confiance, mais c’est presque en vain… Ce citoyen, il ne s’étonne plus. Il n’y croit plus… «Essaye pas, le grand, on sait bien que tu portes un masque…» C’est la politique elle-même – et la démocratie – qui en paye le prix.

Jean-François Lisée veut-il maintenant étendre cette perte de foi vers les intellectuels? Jusqu’où est-on prêt à élargir le territoire du cynisme?

Une telle attitude entraîne avec elle bien des espoirs, dont celui de l’entrée en scène de politiciens jouissant d’une certaine crédibilité. Avant son passage en politique, on pouvait ne pas être d’accord avec Lisée sur tel ou tel aspect de son argumentaire, mais il fallait reconnaître qu’il s’exprimait honnêtement, animé par une conviction certaine et un désir de débusquer des affirmations fausses ou infondées. C’était l’objectif de son dernier essai d’ailleurs. Armé de gants de boxe, il se proposait de se battre contre des mensonges.

Dommage qu’il semble maintenant vouloir porter les gants du sophisme pour se battre contre lui-même.

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