Jusqu’au 22 mai, le Festival de Cannes se poursuit en beauté malgré quelques petites déceptions. Et l’on pressent que le meilleur reste à venir alors qu’on attend les Von Trier, Almodovar et Sorrentino…

C’est sur une note plus que charmante que le 64e Festival de Cannes a débuté avec Midnight in Paris de Woody Allen. Dès les premières images de cette comédie romantique mettant en vedette Owen Wilson et Rachel McAdams, le ton est donné. Ainsi, peu avant le classique générique sur fond noir, Allen balance de superbes images de Paris le jour, Paris la nuit, Paris sous le soleil et Paris sous la pluie. Un regard de touriste amoureux auquel il est difficile de résister: "Je ne suis pas allé à Paris avant 1965, racontait le cinéaste en conférence de presse. Le Paris que je connaissais était celui du cinéma américain. Comme je l’ai fait pour Manhattan, j’ai voulu montrer Paris à travers mes yeux. Je ne voulais pas montrer Paris de façon réaliste, mais subjective." Grand coup de coeur de la compétition, Polisse de Maïwenn se veut une incursion dans la Brigade de protection des mineurs: "Je cherchais parmi les enfants acteurs, faisais du casting sauvage. Je les recevais, leur parlais pour voir s’ils étaient à l’aise avec le sujet. Ce qui les motivait, c’était qu’il s’agissait d’histoires vraies. Cette solidarité enfantine m’a frappée." Rappelant L.627 de Bertrand Tavernier, Polisse, qui met notamment en vedette Joey Starr, Karin Viard et Marina Foïs, d’un naturel sidérant, bénéficie d’un travail alerte de caméra à l’épaule et d’un montage fébrile, traduisant parfaitement l’atmosphère tendue du poste de police où, entre deux drames, les policiers, complexes à souhait, se racontent leurs tracas familiaux et sentimentaux. Percutant.

Lauréat de la Palme d’or en 2001 pour La chambre du fils, Nanni Moretti livre avec Habemus Papam, où le vénérable Michel Piccoli interprète avec maestria un pape craquant sous la pression, un film surprenant. De fait, l’on s’attendait de la part du réalisateur du Caïman, brûlot anti-Berlusconi, à une charge féroce contre l’Église catholique, plutôt qu’à une incursion tendre, amusante et pleine de finesse dans les coulisses du Vatican: "On pensait que j’allais dénoncer le Vatican, mais je ne voulais pas parler des prêtres pédophiles et des scandales financiers. L’an dernier, dans les journaux, on pouvait lire plein de choses qu’on savait déjà; l’Église semblait avoir perdu toute crédibilité et autorité." Habemus palmable?

Dans Le gamin au vélo, la rafraîchissante Cécile de France campe une coiffeuse qui prend sous son aile un garçon de 12 ans (Thomas Doret, émouvant) rejeté par son père (Jérémie Renier, crédible). Avec ses motifs empruntés au Petit Poucet, au Petit Chaperon rouge et à Pinocchio, cet opus de Luc et Jean-Pierre Dardenne déroute par sa photo lumineuse, sa caméra sage et son optimisme discret: "Je dirais qu’on a travaillé de manière plus simple, dévoilait Luc Dardenne, avec des personnages moins complexes. Grâce à Thomas, qui était toujours souriant, nous étions moins angoissés et plus sereins." Une troisième Palme d’or?

Intégré à la compétition à la dernière minute, The Artist de Michel Hazanavicius, film muet en noir et blanc, dépeint le déclin d’un acteur (Jean Dujardin, très Douglas Fairbanks) à l’arrivée du parlant en 1927, alors qu’une starlette (Bérénice Bejo en mode Clara Bow) conquiert Hollywood. Un bel exercice de style non sans quelques longueurs: "J’ai voulu reprendre là, en 1927, où les grands cinéastes se sont arrêtés", confiait le réalisateur.

Film attendu depuis un an sur la Croisette, The Tree of Life de Terrence Malick, qui brillait par son absence, de même que Sean Penn, à la plus courue des conférences de presse, a été chaleureusement applaudi et… copieusement hué. "Avec une structure si complexe, il ne pouvait pas y avoir de gestation normale", a défendu Brad Pitt.

The Tree of Life se penche sur un homme (Sean Penn) se remémorant sa jeunesse dans un petit village du Texas, dans les années 50, auprès de ses deux frères, sa mère aimante (Jessica Chastain, lumineuse révélation du film) et son père autoritaire (Pitt, solide comme toujours). À travers cette chronique familiale impressionniste, Malick relate en parallèle l’origine du monde – big bang et dinosaures inclus! Splendide spectacle visuel, The Tree of Life porte bien la griffe de son brillant et minutieux créateur (voix off, dialogues incantatoires, images lyriques, communion avec la nature), mais au troisième tiers, l’intérêt pour cette fable mystique et métaphysique s’étiole dangereusement. Le 2001 de 2011?

Suivez quotidiennement le Festival de Cannes sur mon blogue Cinémaniaque.

Partagez cette page

+ SUR LE MÊME SUJET : , , , , , , , , , , , , , ,

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

Concours

+ Concours →