Finie la comédie. Anh Minh Truong réalise Après la peine et pousse le drame dans ses derniers retranchements.

Dans la bande-annonce d’Après la peine, dernier film d’Anh Minh Truong, la voix du comédien Jacques Godin sert un troublant discours qui trouve malheureusement écho dans l’actualité québécoise. "Tous les jours, des crimes qui dépassent l’entendement sont commis…" Immédiatement, on pense à la famille Shafia, à Guy Turcotte.

"Tous les membres de l’équipe qui ont vu le film m’ont fait la remarque", confirme le Sherbrookois, qui réfute cependant tout sens du timing à ce sujet. Facile de s’en convaincre, car Jean-Philippe Boudreau a écrit ce conte philosophique en 2008. L’auteur y propose une réflexion sur les "monstres de l’histoire" (Hitler en est sûrement le meilleur exemple). "Le film se penche sur comment on perçoit les incarnations du mal, sur la manière dont l’histoire les traite, précise le réalisateur. On se demande si ça peut se revirer contre nous. En mettant des humains sur un piédestal du mal, en canalisant tout ça sur eux, est-ce nous qui devenons plus mauvais?"

Après la peine se déroule dans une région rurale d’un pays isolé où il y a eu un drame, une sorte de purge. À la suite de ce massacre, tous les jeunes de l’endroit sont morts, sauf un (interprété par Sasha Samar), qui a perdu la mémoire.

Explorant les grands thèmes liés au génocide (dont la haine profonde), Après la peine marque un changement draconien pour le tandem Truong-Boudreau: leur dernier film, Entre nous et nulle part, était une comédie légère! "Après avoir montré notre côté givré, on passe au côté sombre. On aime faire le contraire de ce qu’on a fait avant."

"C’est un film pour cinéphiles avertis. C’est rigoureux et dérangeant. Même la musique n’est pas nécessairement plaisante à entendre. C’est drôle parce qu’on a enregistré avec des violonistes de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke, et les filles capotaient parce qu’on leur demandait de jouer faux!" On pourrait également parler d’un film à mystères. "Tout est dans le non-dit, le non-vu et le non-su. Par exemple, dans le générique du début, tout se joue d’un point de vue sonore; tu ne vois rien. J’ai mis plein d’indices, mais que des sons…"

NI COURT, NI LONG

Avec ce moyen métrage, Anh Minh Truong se positionne près des récentes réalisations de Podz, mais une nuance s’impose. "Podz, c’est graphique. Si quelqu’un se fait tuer, tu le vois. Avec moi, on ne le verra peut-être pas. Un peu comme chez Haneke. Et il y a aussi un côté vicieux, comme chez Lars von Trier."

"Après la peine demande une grande qualité d’écoute. Rétroactivement, je pense que le film est en réaction au déficit d’attention que le Web a créé." Il est vrai que pour cartonner sur le Web, les clips doivent être courts, et l’effet, direct. Après la peine dure 61 minutes. Cela semble vouloir poser problème car, jusqu’à maintenant, le film trouve difficilement sa place dans les festivals. Trop long pour plusieurs programmes de courts. Trop court pour plusieurs compétitions officielles. "Le meilleur exemple, c’est Toronto. Mine de rien, c’est le deuxième plus important festival de films au monde. Ils ont capoté sur le film, mais il n’était pas assez long. S’il avait été 20 minutes plus long, peut-être qu’il y aurait eu un buzz…"

Mais il y a de l’espoir. La première mondiale du film aura lieu aux Rendez-vous du cinéma québécois (le 24 février au Cinéma ONF). Et à Sherbrooke, Après la peine sera projeté au Théâtre Granada, un soir seulement.

NON-LIEU, NON-TEMPS

L’autre bon timing qui entoure la sortie tant attendue d’Après la peine (initialement prévue pour 2010), Anh Minh Truong le doit à la présence à l’écran de Sasha Samar (qui partage le haut de l’affiche avec Jacques Godin et Monique Miller). Après plusieurs rôles fantômes, ce comédien fut la coqueluche de la plus récente rentrée montréalaise grâce à Moi, dans les ruines rouges du siècle, une pièce de théâtre portant sur sa vie. "On avait aimé sa gueule. Et son accent, c’était vraiment un atout parce que le film se situe dans un non-lieu et un non-temps."

Par son esthétique, le film présente donc une collision entre trois identités culturelles: le Québec de Boudreau, le Vietnam de Truong et l’Ukraine de Samar. "Ça demeure subtil, mais ce n’est clairement pas un film typiquement québécois."

Et pourtant, on s’y trouve. Après la peine a été tourné en Estrie… "On a fait beaucoup de repérage et nos trouvailles ont donné de la valeur au film. On a tout fait pour ne pas que ça ressemble au Québec. On y voit un terroir, mais mystifié!"

Le 2 mars à 20h30
En première partie: une sélection de courts métrages québécois
Au Théâtre Granada

www.apreslapeine.com

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