Écrit par le réalisateur Ivan Grbovic et la directrice photo Sara Mishara, Roméo Onze traite des désirs d’émancipation d’un fils d’immigrants.

Remarqué lors de son passage au Festival de Karlovy Vary, où il a obtenu une mention du jury oecuménique en plus de toucher le public grâce à la performance émouvante d’Ali Ammar, Roméo Onze dévoile deux talents à suivre impérativement. Déjà connu pour ses courts métrages (La tête haute, Les mots et La chute), Ivan Grbovic signe enfin son premier long métrage. Pour l’accompagner dans cette aventure, nulle autre que sa compagne, la directrice photo Sara Mishara (La donation de Bernard Émond, Continental, un film sans fusil de Stéphane Lafleur), qui fait ici ses premiers pas comme scénariste.

C’est pendant que Mishara est en vacances que Grbovic se lance dans l’écriture de Roméo Onze. Bien qu’elle y note de très bonnes choses, que l’on retrouve à l’écran, Mishara lui fait quelques propositions. Tout naturellement, elle devient sa coscénariste: "Je suis très visuel, affirme-t-il. Si j’investis autant d’énergie dans une relation, c’est important que la personne qui est derrière la caméra ait une énergie autre que visuelle, qu’elle comprenne l’histoire. Sara a vraiment éliminé beaucoup de dialogues, parce qu’on aime dire des choses sans mots. Elle a apporté cette facilité de dire les choses visuellement."

"Il y a une partie de la direction photo qui est de raconter une histoire, explique Mishara, mais c’est sûr que ça demeure son histoire. Quand on travaille ensemble, il y a toujours une discussion par rapport au travail qu’on fait, au scénario; là, on a seulement mené ça un petit peu plus loin dans la démarche. Pour Ivan, c’est important que je sois totalement investie dans le projet."

Mettant en scène un jeune Montréalais d’origine libanaise, Rami (Ammar), Roméo Onze illustre avec sensibilité comment ce dernier, freiné par un handicap, est déchiré entre le poids des traditions que lui impose son père (Joseph Bou Nassar) et ce que lui offre sa terre d’adoption.

"On voulait faire un film sur une communauté immigrante, mais une histoire universelle qui aurait pu se passer dans une communauté russe, grecque, italienne, relate Grbovic, fils d’immigrants serbes. On a choisi une famille libanaise par envie de recherche, par curiosité. C’est une famille traditionnelle, avec un père dominant. Il n’y a pas de surprise dans Roméo Onze; c’est un film qui ne parle pas d’immigration, ni de guerre."

Ce que l’on remarque dans Roméo Onze, c’est sa lenteur et ses longs silences. Très souvent, le protagoniste est filmé marchant dans la foule, anonyme, solitaire, esseulé: "Dans le premier plan, où il y a plusieurs mains sur la barre du métro, une autre main s’y pose et la caméra se déplace pour montrer Rami. Pour nous, c’était un début de narration qui disait que dans la ville, plusieurs histoires existaient et qu’aujourd’hui, c’était cette histoire que l’on choisissait de raconter. Rami est un personnage très intraverti et dans sa relation avec son père, il est beaucoup dans le non-dit; c’est une relation qui est très commune entre les jeunes hommes et leur père", conclut Sara Mishara.

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Roméo Onze

L’histoire que proposent Ivan Grbovic et Sara Mishara a tout pour émouvoir aux larmes. De fait, le jeune héros solitaire, incarné par Ali Ammar, révélation du film, est mal dans sa peau, en rupture avec les idées de son père (impressionnant Joseph Bou Nassar). Afin de vaincre sa solitude, il s’enfonce dans le mensonge en se créant une existence virtuelle. La vérité lui éclatera violemment au visage. Fort d’une photographie expressive, Roméo Onze illustre délicatement les tourments de son jeune héros sans jamais le juger ni lui enlever sa dignité. Toutefois, la lenteur du rythme et les silences lourds de souffrance retenue rendent par moments l’ensemble presque trop sombre, voire suffocant. Heureusement, la conclusion de cet émouvant récit d’apprentissage est bellement teintée d’espoir.

Double vie Critique par - 2012-03-08
Cote: 3

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