Quatrième long métrage de Sébastien Rose, Avant que mon coeur bascule s’intéresse au destin d’une jeune délinquante en quête d’amour.

Pour son quatrième long métrage, Avant que mon coeur bascule, Sébastien Rose a voulu se concentrer davantage sur le jeu des acteurs que sur la forme du film. Or, grâce à la caméra nerveuse et très mobile de Nicolas Bolduc qui suit à la trace Sarah, adolescente paumée interprétée par la nouvelle venue Clémence Dufresne-Deslières, évoquant par moments la Rosetta des Dardenne, c’est d’abord la forme organique du film qui capte l’attention.

"Nicolas Bolduc, qui est un grand directeur photo, a été particulièrement inspiré par cet automne-là, se souvient Sébastien Rose. On avait le temps de mettre en scène; il y a du temps derrière ces chorégraphies de caméra à l’épaule qui semblent improvisées. Par ailleurs, ça allait vite parce qu’on n’éclairait pas, c’était en extérieur jour. J’aime l’automne pour sa lumière, mais aussi parce que cette saison rappelle la mort. C’est le récit d’une jeune fille qui doit accepter de vivre avec la mort. Pour moi, c’est ça le passage de l’enfance à l’âge adulte. Sarah est habitée par la mort d’un homme. On le sent plus dans celui-là grâce à la nature, mais tous mes films ont été tournés l’automne."

Errant sur l’autoroute avec son petit ami Louis (Étienne Laforge), Sarah joue les demoiselles en détresse auprès des automobilistes charitables qu’elle détrousse. Après avoir provoqué accidentellement la mort de Marc (Alexis Martin), la jeune fille se lie d’amitié avec la veuve de ce dernier, Françoise (Sophie Lorain), qui ignore tout des circonstances de leur rencontre. Murées toutes deux dans leur silence, Sarah et Françoise vivront une relation fragile. En dehors de sa relation avec Françoise, Sarah fera les 400 coups avec Louis et Ji-Guy (Sébastien Ricard), les deux autres membres de son étrange cellule familiale.

"Je voulais un film de peu de mots avec beaucoup d’action. Bref, un film d’action existentiel. Je trouvais que cette énergie était appropriée pour ce film qui parle de la naissance d’un coeur. Je voulais quelque chose qui ait du mouvement, que ça bouge, que ça aille vite. Sarah est une ado: elle ne parle pas, mais elle bouge! Ado, quand on souffre, on se ferme."

Ses confidences, Sarah les réserve au spectre de Marc, qui deviendra étonnamment l’objet de ses fantasmes sexuels, alors qu’elle tentera de faire de Françoise la mère qu’elle n’a jamais eue. Du coup, Sébastien Rose convie au banquet non seulement Éros et Thanatos, mais aussi Oedipe.

"Hé oui, on s’en sort pas! C’est pour ça que je voulais de l’onirisme et que j’ai voulu le traiter comme Buñuel, de façon hyperréaliste. On est dans sa tête, et c’est ce genre de pensées qu’on a quand on est une petite fille comme Sarah. Oui, c’est oedipien, fantasmé, mais moi, c’est ça que j’aime! Montrer cette jeune fille caressant un cadavre, c’est être dans l’essence du cinéma, je montre l’innommable. Je veux aller de plus en plus vers un cinéma où les gens ont plus de place pour projeter du sens", conclut le réalisateur.

En salle le 16 novembre

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Avant que mon coeur bascule

Après l’émouvant La vie avec mon père, le coquin Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause et l’ambitieux drame social Le banquet, Sébastien Rose est de retour avec un projet plus modeste dont la forme l’emporte sur le fond. Baigné d’une splendide lumière automnale, gracieuseté du directeur photo Nicolas Bolduc, Avant que mon coeur bascule est mû par une énergie du désespoir qui sied parfaitement aux états d’âme de la jeune protagoniste. Malheureusement, à vouloir trop laisser place à l’interprétation, à miser sur les non-dits, Sébastien Rose maintient tout du long une distance entre le spectateur et ses personnages déjà peu attachants et défendus de façon inégale par les acteurs. Si l’on ne peut éprouver de réelle empathie pour eux, tout au plus reconnaîtra-t-on la subtilité de Rose dans l’illustration du deuil de la veuve.

Mademoiselle Stop Critique par - 2012-11-15
Cote: 2

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