Richard Martineau… Profession: grande gueule

8 octobre 2012 21h48 · Simon Jodoin

Richard Martineau en soi n’est pas un objet de réflexion très intéressant. On prend un peu plaisir, parfois, à répondre à ses colères et ses envolées populistes, mais tout bien considéré, le lire ou ne pas le lire revient à peu près au même.

Toujours est-il que, parfois encore, il convient de rétablir certains faits avancés par lui et il vaut certainement la peine de réfléchir sur l’omni-commentation, concept général dont il est une manifestation particulière.

L’omni-commentation, mot qui n’existe pas encore mais qui mériterait qu’on l’invente, consiste à avoir quelque chose à dire sur tout et, comme la chose est en soi impossible et inhumaine, à crier son point de vue, très fort, afin que la puissance du bruit puisse suppléer à l’insignifiance.

Par exemple, imaginez que vous ne connaissiez rien à l’Islam radical. Ça arrive aux meilleurs d’entre nous. Ce n’est pas une tare. C’est un sujet complexe et même les experts, lorsque vient le temps de se prononcer sur cette question, choisissent la nuance. Vous, incompétents que vous êtes en cette matière, vous ne pouvez articuler un discours signifiant à ce sujet. Dans la mesure où vous voulez vous faire entendre sur cette question, il vous faut donc crier, faire des simagrées, gesticuler avec un entrain démesuré pour qu’on vous remarque. Il vous faut entrer en compétition avec d’autres, plus compétents, qui tentent de se faire entendre tout en douceur. Le rôle de l’omni-commentateur consiste à enterrer la signifiance avec du bruit. C’est bien connu, entre un bulldozer et une pièce de Satie, le bulldozer l’emportera, même si le pianiste a du talent et que l’opérateur du bulldozer est un con fini qui n’a jamais conduit un tel véhicule de sa vie.

///

L’important, surtout, est de ne jamais confondre la possibilité de faire du bruit avec le métier –si tant est que le mot «métier» puisse signifier quelque chose- de chroniqueur.

Or, c’est justement l’erreur fondamentale que commet Richard Martineau dans un texte intitulé «Lettre à un jeune chroniqueur», écrit à l’encre de l’amertume, qu’il publiait cette semaine. Je le cite.

«On m’a dit que tu aimerais devenir chroniqueur, plus tard.

Personnellement, je ne t’encourage pas à suivre cette voie. Il y a des professions plus utiles à la société: médecin, chercheur, journaliste d’enquête (personne qui travaille d’arrache-pied pour sortir des histoires qui permettront aux chroniqueurs de chroniquer).

(…)

Mais si tu veux absolument devenir une grande gueule professionnelle, voici quelques conseils, fruits de plusieurs années de labeur. Qui sait ? Mon humble expérience te permettra peut-être de ne pas tomber dans les mêmes pièges que moi… »

C’est exactement à cet endroit que quiconque désirant devenir chroniqueur devrait cesser sa lecture. Il n’y apprendra rien d’utile. Pour une raison fort simple, toute la suite repose sur une prémisse erronée. Il n’est aucunement question de devenir une «grande gueule professionnelle».

Le péril de Richard Martineau est de ne pas avoir compris cette subtilité pourtant évidente. Le piège dans lequel il est tombé, c’est sa propre mâchoire. Être chroniqueur, ce n’est pas avoir une «grande gueule», ce n’est pas tenir des propos à contre courant simplement parce qu’ils sont à contre courant, ce n’est pas non plus brasser le bon peuple en leur criant «les vrais affaires».

Chroniquer, c’est surtout écrire régulièrement sur un sujet particulier en tentant d’y apporter une certaine expertise, sinon un éclairage nouveau qui permet de nouvelles voies de réflexion. La grande gueule n’est qu’un accessoire de scène, un artifice, un effet spécial. On peut s’en passer comme un bon chanteur peut se passer des explosions et des shows de boucane. Son talent suffit.

C’est là que se trouve le piège tendu au jeune chroniqueur: Vouloir crier très fort, à tout prix, avant même d’avoir réfléchi ou d’avoir quelque chose à dire, comme si sa profession l’engageait sur cette voie et sur cette voie seulement. C’est cette erreur que commet jour après jour Richard Martineau et, assez curieusement, en voulant conseiller la relève, il lui propose de se lancer tête première dans le même précipice.

Je ne sais si Richard le sait, mais s’il discutait quelques fois avec les chroniqueurs de la relève, il se rendrait compte que plusieurs d’entre eux avancent prudemment afin de ne pas tomber dans le piège de «la grande gueule comme Martineau»… Le piège, il est là, et pas ailleurs.

///

Le reste de la démonstration de Martineau est à l’avenant. Il n’y a, en-soi, aucun problème à pointer une piste de réflexion qui sort du «consensus québécois». Si tant est qu’il y ait bien consensus… Un simple regard au dernier résultat des élections permet de s’en convaincre! Où ça, un consensus? Aucune position ne fait l’unanimité. Nous sommes plusieurs à tenir des positions divergentes, parfois même au sein d’un même média. Rares sont les lettres d’insultes et encore plus rares sont ceux qui retrouveront leurs visages sur les pancartes des manifestants. Yves Boisvert, à La Presse, par exemple, a bien remis en question les présupposés étudiants lors du printemps dernier sans devenir la tête à claque de service. Il le faisait simplement avec classe. Je pilote pour ma part tout un groupe de jeunes chroniqueurs, pas toujours d’accords entre eux, sans qu’il n’y ait de réels problèmes ou de foire d’empoigne. Moi-même, je m’inscris dans une ligne pas nécessairement populaire au sein de la gauche indépendantiste –lectorat naturel du Voir- en toute quiétude et sans être submergé par les attaques personnelles.

Comment une telle chose est-elle possible?

Je vous le donne en mille.

Parce que nous ne suivons justement pas les conseils de Richard Martineau.

Être une grande gueule professionnelle n’est pas un but, c’est un obstacle.

Partagez cette page

Classé dans :  Humeur, Société

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

À lire aussi

+ Ajouter le vôtre Commentaires 22

  • 9 octobre 2012 · 02h16 le calinours bienveillant

    bon. ça fait ça de régler. bravo!

    joanne marcotte asteure.

    et ensuite andré pratte.

    • 10 octobre 2012 · 13h28 Martin Doiron

      Commence donc par écrire ton vrai nom calinous bienveillant…..Pis Johanne marcotte n’est pas une grande gueule….pis les point qu’elle amènent sont plus souvent qu’autrement prouvables..!!!!

    • 10 octobre 2012 · 15h38 le calinours bienveillant

      @martin

      le calinours bienveillant c’est mon vrai nom.

      quelle est ta définition de grande gueule?

      et merci de confirmer qu’au moins parfois la marcotte dit n’importe quoi.

    • 13 octobre 2012 · 12h30 Pascal Dubé-Larcoque

      Bon sang, depuis que les boomers à la retraite ont pris d’assaut le web, l’anonymat semble être devenu un péché impardonnable.

      Quelle époque magnifique, celle où ils ne savaient pas encore comment ouvrir Internet Explorer

  • 9 octobre 2012 · 08h57 Marc Saindon

    Richard Martineau est un très mauvais chroniqueur parce que son principal sujet, c’est lui-même et ce que les gens pensent de lui. Et passer des journées entières à faire du moi, moi, moi comme ce chroniqueur de catégorie C, ça ne pousse pas une réflexion très loin pour un humain qui veut passer d’un monde subit à un monde compris.

  • 9 octobre 2012 · 10h20 Mélanie Robert

    Simon, j’aime beaucoup ton texte. Le mot omni-commentateur est excellent. Je vais l’employer dans toutes mes discussions et à force de l’utiliser, les gens l’emploieront à leur tour. On se passe le mot. :)

  • 9 octobre 2012 · 11h48 Francyne

    Enfin !! quelqu’un qui laisse de côté le « politically correct » pour dire son fait à la personne concernée, en ayant le courage de nommer cette personne, et non pas en envoyant un message en l’air en souhaitant que le chapeau tombe sur la bonne tête. Et de plus, tout cela fait sans crier !! Chapeau M. Jodoin !

  • 9 octobre 2012 · 16h40 Joseph Berbery

    Merci Simon Jodoin.

    La crise étudiante nous a prouvé que les grandes gueules sont désormais finies. Et que la relève est là : Rationnelle, articulée, informée et… modeste.

    Merci encore.

    • 10 octobre 2012 · 11h18 Claude Perrier

      Eh bien, Monsieur Berbery, vous avez une «lecture» très personnelle et particulière de ce que la crise étudiante aurait prouvé…

      Une «lecture» très probablement unique.

      Mais si ça fait votre affaire de penser de la sorte, ne vous gênez pas.

      (Quelques précisions relatives au «pourquoi» du «comment» ladite preuve aurait été faite ne nuiraient pas, par contre, pour la petite poignée n’ayant pas vraiment perçu cette évidente preuve. Alors, quand vous aurez un moment…)

    • 10 octobre 2012 · 15h44 le calinours bienveillant

      @claude

      « Une «lecture» très probablement unique. »

      http://tinyurl.com/8qjpx8v

      trois cent mille qu’on était claude.

  • 9 octobre 2012 · 18h55 Mario Goyette

    Richard Martineau aime tellement les sophismes qu’il a marié Sophie sme Durocher.
    Blague à part, vous pourriez choisir n’importe quel de ses supporteurs anonymes sur son blogue pour le remplacer, vous ne verriez pas la différence dans la démagogie des propos.

  • 10 octobre 2012 · 13h45 Pierre Beauchesne

    Je me vois comme un homme de gauche et je lis régulièrement Richard Martineau qui est de droite, je le trouve intéressant et amusant. Mais je me demande comment on peut avoir la tête faite pour voir autant de merde dans le monde et à tous les niveaux. Je trouve qu’il a souvent raison, en tout cas en partie raison. On a tous sans doute un côté merdeux.C’est un chevalier sans peur et sans reproche qui fait flèche de tout bois, faut le faire. Il dénonce des tas d’exploitations et d’abus dans tous les domaines, c’est sûrement un indigné. Chapeau pour cela! Mais le problème avec lui est qu’il regarde trop à la surface de l’eau; de temps en temps, il devrait descendre dans les bas-fonds ou monter dans les hauteurs, son analyse aurait plus de portée, je pense.

  • 10 octobre 2012 · 14h07 Jean-Pierre Gascon

    Voici une analyse du groniqueur polpuliste démagogue prenant exemple d’un autoproclamé « franc » tireur: http://www.mauvaiseherbe.ca/2012/10/02/comprendre-martineau-1/
    Bonne lecture !

  • 10 octobre 2012 · 14h17 blahblahblah

    except that your article was neither informative nor funny, and Martineau’s
    almost always are.

    un gros thumbs down

  • 10 octobre 2012 · 18h06 J

    Oui mais sans lui, tu n’aurais pas de sujet !!
    Voici un article tout aussi inutile que lui. haha

  • 10 octobre 2012 · 22h33 Greg

    Bravo ! Enfin quelqu’un qui trouve les bons mots pour décrire les chroniqueurs qui se prennent pour des journalistes. Merci !

  • 11 octobre 2012 · 00h02 Dany

    il me semble que quelqu’un avait dis un jour que martineau vivait intellectuellement au dessus de ses moyens.

    nous en avons la preuve tous les jours.

    un vrai sujet de maitrise

  • 11 octobre 2012 · 00h17 Réjean Patry

    Chez mes parents, le « bruit d’ambiance », c’est LCN. L’autre jour, je soulignais à mon père que c’était peut-être pas le meilleur truc à écouter en permanence…

    Sa réponse m’a autant étonné que rassuré. Pour lui, c’est comme le festival Juste pour rire 24/24. Martineau, Lévesque, Poirier… Tous des clowns, des cons. Il se plaît à les trouver ridicules.

  • 11 octobre 2012 · 09h45 Alexandre Paré

    Complément: http://consdep.info/blog/dix-theses-sur-martineau/

  • 13 octobre 2012 · 16h01 Réjean Asselin

    Richard Martineau est le « tambour  » de la petite droite libertarienne du Réseau Libaââârté Québec !

    Faut pas s’ attendre a un haut niveau intellectuel et raffiné de sa part quand même !

    • 14 octobre 2012 · 10h23 Maxime Béton

      Ah ben ah ben! Monsieur Asselin! Que faites vous ici? Ne devriez vous pas être en train de commenter sur le blog du tambour? Tsé tsé tsé… Retourné au blog de richard vous la! (lire ses dizaines de milliers d’interventions sur le blogue de Richard Martineau). Vous êtes comme sherlock holmes et le prof moriarty. L’un ne peut exister sans l’autre! MDR!

  • 7 novembre 2012 · 16h30 Serge William

    Vous commencez par dire: « …le lire ou ne pas le lire revient à peu près au même. » Je ne suis pas d’accord; pensez aux 4 ou 5 minutes que vous aurez perdues. Le seul intérêt que représente Martineau ce serait sa dissection pour fins d’analyse scientifique sur la composition d’un furoncle sociétal.

    Mais cela ne peut se faire qu’une seule fois. Et il n’est même pas sûr que ce soit indispensable.

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

À propos RSS

  • Simon Jodoin
    Rédacteur en chef et directeur du développement des nouveaux médias au Voir.

S’abonner au blogue

@simonjodoin

+ @simonjodoin →

Catégories