Liberté, j’épuise ton nom partout…

25 mai 2013 18h14 · Simon Jodoin

Au risque de vous étonner, je trouve assez saugrenu qu’on veuille faire pression sur des annonceurs en appelant au boycott de leurs produits s’ils continuent de faire de la réclame sur les ondes de CHOI. Ce genre d’initiative risque tout simplement, au mieux, de faire subir des pertes à des détaillants qui n’ont rien à se reprocher. De plus, on nuit ce faisant à la réputation de commerces qui n’endossent certainement pas tous les propos des animateurs. Je suis assez bien placé pour savoir que les annonceurs utilisent les médias pour rejoindre les auditeurs sans pour autant soutenir les propos véhiculés par tel ou tel chroniqueur. Et c’est tant mieux.

Je demeure persuadé que pour s’opposer à des propos que l’on juge idiots, il vaut mieux prendre la parole pour semer un peu d’intelligence et mettre de l’énergie à dénoncer la bêtise, en utilisant même parfois des mots très durs, l’humour ou l’ironie.

Il m’est même arrivé, suivant cette méthode que je préconise, de participer à des émissions à CHOI, notamment avec Gasse à Québec ou Duhaime à Montréal. On m’y a invité pour m’adresser à leurs auditeurs ou débattre avec eux et j’ai toujours accepté.

Dans l’affaire qui concerne en ce moment un internaute qui a choisi de dénoncer la «radio-poubelle» et les propriétaires de CHOI Radio X qui lui réclament 250 000 $ en dommages, je sourcille tout de même en lisant les propos de Patrice Demers rapportés par Olivier Parent du Soleil:

«On sera toujours des grands défenseurs de la liberté d’expression. On a appris à la dure quelles en étaient les limites et comment on devait les respecter. L’historique juridique de CHOI depuis plusieurs années est impeccable. Dans ce sens-là, on respecte [...] des règles de société», fait valoir M. Demers.

Le problème avec les sites ciblés par l’injonction du groupe de Radio X, c’est qu’ils sont alimentés par des auteurs anonymes, soumet Patrice Demers. Il précise que des extraits audio diffusés sur les blogues qu’il veut voir retirés ont été «manipulés» au montage, sans en donner le contexte.

«Qu’il y ait n’importe quel site qui exprime des opinions qui pourraient être contraires à la nôtre ou qui aiment pas notre produit, on est capables de vivre avec. À partir du moment où on transforme notre contenu pour nous faire mal paraître et qu’on l’associe à nos annonceurs, ça devient complètement illégal et on n’a pas le choix de prendre des mesures».

Pour l’essentiel, on semble nous dire ici que la liberté d’expression, pour les propriétaires de Radio X, doit être défendue, même pour des propos allant très loin, sauf pour des intervenants anonymes qui manipuleraient leurs contenus pour les diffuser hors contexte. De quoi sourciller, donc. Comme si la manipulation d’extraits et la citation hors contexte, visant à tourner au ridicule une position adverse, n’étaient pas des moyens largement utilisés par les animateurs de CHOI. Comme si, aussi, Joe Machin ou Josée Unetelle qui téléphonent en studio pour participer aux foires d’empoigne n’étaient pas des «anonymes».

Mais il n’y a pas que ça. J’aimerais ici sortir de mes souvenirs une petite anecdote méconnue mais qui mérite aujourd’hui d’être racontée.

En janvier 2012, je signais sur le site du Voir un texte intitulé: «Choi Radio X : lettre ouverte aux jambons». Un brûlot comme j’en signe parfois au gré de mon exaspération. Cette fois-là, oui, j’étais très exaspéré. Dans la foulée de l’annonce de l’arrivée de CHOI à Montréal, le fameux «débat» entre la gauche-plateau-machin et la droite gros-bon-sens-viande repartait de plus belle. J’ai donc écrit cette lettre où je me moquais des «vraies affaires», du «vrai monde» et de toutes les sottises que peuvent soutenir certains animateurs, têtes parlantes vedettes, des radios populistes. Je le dis sans me défiler: ce n’était pas gentil.

Ce texte avait marché assez fort et mis le feu aux poudres dans la communauté des X. Plusieurs animateurs m’ont invectivé personnellement, invitant leurs fans à réagir. Un autre avait même lu la lettre en entier sur les ondes d’une radio X au Saguenay, ponctuant sa lecture de réactions indignées hautes en couleur. Ça m’avait bien fait sourire. De toute évidence, ils étaient très fâchés. Et pour cause.

Or, vous ne trouverez pas cette lettre sur le site du Voir. Quelques jours plus tard, j’ai été mis en demeure de la retirer. Elle nuisait, m’expliquait-on, à la réputation des animateurs de CHOI. On me demandait donc de me rétracter et de présenter des excuses.

À l’époque, nous avons accepté de nous «tasser» comme on dit dans le jargon. C’est à dire que nous avons retiré mon texte, mais sans excuses. J’ai accepté de le faire car j’ai considéré qu’engager l’argent que mes collègues des ventes arrivent à faire rentrer dans notre boîte pour aller défendre le droit d’utiliser le terme «radio-jambon» ne valait pas la peine. Je venais aussi de sortir d’une autre affaire en cour qui nous avait coûté assez cher.

Bref, on s’est tassé comme je le disais. Sans trop d’amertume, j’avais au moins appris une leçon qui vaut très cher à mes yeux: On peut dire bien des choses sur les ondes de CHOI, on s’y vante de défendre coûte que coûte la liberté d’expression, mais on n’aime pas trop, de leur côté des ondes, se faire servir des pamphlets ou des noms d’oiseaux.

Je n’ai pourtant jamais été un «anonyme», mes chroniques sont signées et je suis très bien identifié dans le monde des médias. Je n’ai jamais non plus falsifié des extraits audio ou quoi que ce soit du genre. J’ai écrit une lettre à une station de radio pour dire jusqu’à quel point, pour reprendre les mots de Patrice Demers, son «produit» m’exaspère souvent au plus haut point.

J’ai néanmoins été menacé de poursuite et sommé de me rétracter. Vous comprenez donc pourquoi je sourcille un peu aujourd’hui…

Je le répète, je n’endosserai jamais un boycott ou une pression sur des annonceurs. Jamais je ne militerai pour la fermeture d’une station de radio ou d’un média, sauf peut-être dans des cas extrêmes qui dépassent le cadre de la légalité. Je demeure cependant un peu sceptique quant à la fameuse «liberté d’expression» défendue par les artisans et les dirigeants de CHOI. Elle ressemble plus, dans leur esprit, à une marque de commerce qui leur appartient en exclusivité qu’à un principe pour lequel il convient de militer sérieusement.

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Classé dans :  Humeur, Société

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 15

  • 25 mai 2013 · 18h59 Julie Blaquière

    Excellent point de vue!

  • 26 mai 2013 · 00h10 David

    CHOI défend la liberté d’Expression que la gauche a mis en place suite à la persécution de Jeff Fillion.

    Si la gauche n’aime pas le livre de règlement utilisé par CHOI, elle peut bien se dire que c’est elle qui a écrit ce fameux livre de règlements.

    Exemple: à l’époque Fillion a été condamné par un tribunal parce qu’il avait donné l’adresse email (professionnel) d’une journaliste du Soleil. C’était à propos d’un article sur le 11 septembre.

    • 2 juin 2013 · 09h23 Jean sol patte

      C’est quoi ton raisonnement ! Est-ce que tu a quelques choses a dire sur la problématique de fond?

  • 26 mai 2013 · 06h59 Claude Perrier

    Sans commentaire.

    (Prudence oblige…)

  • 26 mai 2013 · 14h58 Michaël Lessard

    Bonjour M. Simon Jodoin. Merci pour cette intéressante chronique.

    Vous écrivez : « Je le répète, je n’endosserai jamais un boycott ou une pression sur des annonceurs. Jamais je ne militerai pour la fermeture d’une station de radio ou d’un média, sauf peut-être dans des cas extrêmes qui dépassent le cadre de la légalité.»

    Je crois qu’il y a certains points qu’il faudrait clarifier.

    Les citoyens et citoyennes qui estiment qu’un média est mauvais, peu importe leurs raisons, ont évidemment le droit de demander à des entreprises de ne pas s’y afficher et aussi de suggérer que ce média ne devrait pas jouir de subventions publiques. Ils et elles peuvent suggérer un boycott car, après tout, leur pouvoir de consommation est à peu près le seul pouvoir qui leur est accordé. Tout comme il est commun des fans de Radio X de dénoncer les subventions des autres médias jugés trop à gauche (ignorant soigneusement de mentionner les subventions de Radio X, Summun, etc.).

    Le média en question ne va pas fermer. Parmi les gens pour ou contre, certains dérapent quand ils parlent d’éventuelle fermeture. Il est demandé uniquement que cessent certains propos jugés diffamatoires et discriminatoires.

    Dois-je rappeler ici certains des mensonges (diffamation) et propos discriminatoires/haineux de ces radios de la haine? Plusieurs cas auraient dû mener à des poursuites en justice. Sauf que, comme vous l’exprimez clairement ici, le système judiciaire n’est pas accessible. Quand il est suggéré que les «BS» devraient perdre leur droit de vote, qu’il est acceptable de déplacer de force des personnes itinérantes, qu’on devrait être violent envers untel (cas réel que je censure), qu’une lettre ouvertement fasciste n’est pas si pire (cas réel aussi), ou quand on fait dans la diffamation (c’est arrivé souvent), ce sont des « cas qui dépassent le cadre de la légalité ».

    D’un côté, on enseigne à nos enfants de ne pas dénigrer, être homophobe et sexiste et on dénonce la cyberintimidation, mais de l’autre côté on a des radios populaires qui se gênent à peine. Sauf que les citoyens et citoyennes n’ont pas les moyens et le temps d’utiliser le système judiciaire. Radio X et ses fans jouent tout à coup aux victimes quand les victimes décident de contre-attaquer.

    Les entreprises savent depuis toujours que se payer de la publicité dans un média les associe indirectement à ce média. C’est pourquoi elles ne se paient pas de publicité dans des médias plus alternatifs, socialistes, etc. Même certains médias communautaires sont parfois évités. Elles choisissent toujours où s’afficher; elles savent qu’un média qui dit n’importe quoi ou, pire, fait dans la haine, risque de nuire à leur image.

    Cela étant dit, les critiques des radios de la haine et des chroniqueurs haineux doivent néanmoins faire très attention à la véracité de leurs propos pour justement s’éviter des accusations de diffamation. Pour le reste, les mises en demeure sont généralement des actes d’intimidation.

    M’enfin, nous sommes d’accord sur la question de fond de votre chronique.

  • 27 mai 2013 · 09h05 alain

    Les Radio X sont à genoux devant le dieu profit, il ne faut pas dénigrer leur religion : celle de faire du fric, quitte à abrutir.

  • 27 mai 2013 · 09h07 alain

    Excellent titre de chronique, en passant !

  • 27 mai 2013 · 10h46 Sylvain Laplante

    Le seul qui était écoutable à Radio X Montréal c’était Jean-Charles, imaginez les autres…

  • 28 mai 2013 · 21h34 David

    Super bonne idée de censurer les commentaires dans un billet sur la liberté d’expression.

    • 3 juin 2013 · 23h30 Benton

      Faut croire que certains ont réussit a épuiser leur liberté!!!

  • 30 mai 2013 · 14h05 unepersonne

    Vous êtes rédacteur d’un journal qui a besoin des fournisseurs pour vivre. Vous deviez mettre en équilibre des principes de liberté de parole et la viabilité de votre journal. Vous avez choisi le long terme en laissant un article sur les jambons qui m’avait rire beaucoup -que j’avais lu deux fois plutôt qu’une – le temps vous donnera surement raison.
    Rien empêche comme citoyen d’aller de l’avant et mettre de la pression sur les annonceurs.
    Les sarcasmes généralement confirment le pouvoir en place comme l’appel à l’intelligence, les bons sentiments et la bonne conscience, mais un déplacement de sens pour afficher la mise en scène de l’argent par une parole libre sauf que Radio X aime le libre marché pas vraiment l’humour et la parole d’action. Elle intente une poursuite. Autrefois pour se défendre de leurs propos Radio X revendiquaient l’humour. Pour rire des autres. Cela va de soi ! Rire du libre marché ! Jamais

  • 2 juin 2013 · 18h25 P. Lagassé

    « Je demeure persuadé que pour s’opposer à des propos que l’on juge idiots, il vaut mieux prendre la parole pour semer un peu d’intelligence et mettre de l’énergie à dénoncer la bêtise, »

    Question: Où ?
    Les tribunes où on donne droit de parole à l’intelligence sont moins faciles à trouver que celles où la bêtise est une marque de commerce.
    Et ils n’ont pas la même diffusion, fautes de moyens.

    Le jour où le Voir aura les moyens financiers que Radio X…

    Quelqu’un disait justement: « La liberté de presse n’existe que pour ceux qui en ont une ».

  • 2 juin 2013 · 18h40 P. Lagassé

    A remarquer que cette campagne de boycott ne vise pas à faire fermer Radio X, mais bien à changer ses façons de faire.
    Elle s’inspire d’une campagne similaire aux États-Unis. Campagne qui a conduit départ de Glenn Beck du réseau Fox, après que 57 gros annonceurs aient retiré leurs annonces de son émission.

    Si ce boycott conduit à la mort de Radio X, ce sera simplement parce que ses dirigeants se montreraient trop obstinés et refuseraient de changer légèrement leur style.
    (Malgré le départ de Glenn Beck, Fox reste sans conteste le plus gros réseau de désinformation et de propagande des États-Unis; ils ont simplement diminué légèrement l’intensité des insultes grossières et vulgaires contre les progressistes).

    • 27 août 2013 · 12h41 C.Boulet

      Woah M. Lagassé, comparer les animateurs de Radio X à Glenn Beck est trop fort. Vous leur prêtez trop de force ou vous ne les connaissez pas. Beck était carrément incontrôlable ! Et même Fillion dans les pires années n’est jamais allé aussi loin.

      Mesurez vos ardeurs je vous prie.
      vous l’aurez compris, je suis un auditeur depuis plus de 10 ans, tous les jours. Mon cerveau est donc contaminé je le sais… Mais je me plait encore à croire que je sais faire la différence entre l’opinion, l’humour et les faits. Et je sais entendre les distinctions lorsque j’écoute un animateur ou que je lis un chroniqueur. Rarement dans cette chronique on parle de faits, beaucoup plus d’opinion. Si on veut parler de faits, il faut ajouter du « rationel » et des détails complets (ou des références). Mais bon, encore c’est mon opinion…

  • 27 juin 2013 · 10h55 Mario Goyette

    Écouter un extrait de l’émission de radio ( Radio-Canada), La soirée est (encore) jeune.
    Politique
    Le bêtisier des médias
    Contrairement à bien des gens, il ne sort pas poubelles, il les écoutent.
    Olivier Niquet, les larves, Boston et la Journée de la terre
    http://www.radio-canada.ca/emissions/la_soiree_est_encore_jeune/2012/archives.asp?date=2013/04/26&indTime=2103&idmedia=6675248

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