FME jour 2 (correspondance rouandaise)

3 septembre 2011 14h59 · Dominic Tardif

Salut boss,

Tu vas être fier de moi, j’ai répondu à l’appel du
chauvinisme hier et suis allé entendre nos compatriotes sherbrookois de b.e.t.a.l.o.v.e.r.s, qui égayaient le 5
à 7 du Trèfle Noir (une microbrasserie pas piquée des vers). Excuse la formule
éculée: elle en a fait du chemin (au figuré comme au propre, c'est pas à la
porte l'Abitibi!) la bande de Charles
Lavoie
depuis son premier concert. C'était au Tremplin 16-30, on y avait assisté ensemble, tu t'en souviens?
Du chemin, oui, bien que certaines choses ne changent pas: hier, il faisait
aussi chaud que lors de ce baptême du feu (mais sans les odeurs
d’altermondialistes en décomposition). Une chaleur oppressante annonçant l’orage
qui allait s’abattre sur Rouyn plus tard et finalement débarrasser l’air de ses
relents âcres.

Ils en ont fait du chemin les b.e.t.a.l.o.v.e.r.s
donc, et ont largué quelques collaborateurs en route. La nouvelle mouture
«rock-mais-pas-vraiment-rock» (selon Lavoie, grand indécis) prend appui sur la
batterie de Didier Bergeon
(lackofsleep), dit l’adolescent, et les guitares de Stéphane Leclerc (Champion et ses G-Strings), dit le gars avec la
chemise carottée, qui se faisaient voir tous deux pour la première fois avec le
collectif à géométrie variable. Benoît
Converset
, heureux comme un pape, se tient toujours
derrière la contrebasse.

Les nouveaux arrangements plus musclés aidants, on
distingue davantage les stigmates du passé post-rock de Lavoie dans sa folk
foisonnante à la Tom Waits. Comme d'habitude, il en met plus que le client
en demande. Faudra s'y faire, c’est sa marque de fabrique à Charles, le beau
sensible full charisme, Valdorien d'origine, pour qui toutes les filles dans le
bar étaient sous le point de flancher. Le grand gaillard à côté de moi aussi
s’en est rendu compte, ce qui explique probablement pourquoi il couvrait sans
discontinuer sa blonde de baisers. Vaut mieux ne pas faire oublier son
existence quand la concurrence se pointe le bout du nez.

J’ai recroisé les quatre gars plus tard dans la
soirée et les ai suivis dans les locaux de CFME, la radio éphémère du festival.
Après une performance unplugged, Charles et Stéphane ont accordé l’entrevue la
plus décousue de l’histoire des télécommunications à l’équipe de l’émission
70% (diffusée habituellement sur les
ondes de CHOQ.FM). Tommy Gaudet, le pissant animateur, s’est contenté de deux
véritables questions, dont «Quel est votre dinosaure préféré?», et s’est trompé
(à dessein?) trois fois plutôt qu’une en rebaptisant le groupe metalovers.
Je t’ai dit que tout ça avait été précédé d’une chronique d’un indicible
mauvais goût sur les pool nécro-ludiques? Je pense y retourner ce soir
tellement j’ai ri.

J’ai beaucoup moins ri à l’Agore des Arts que
chauffait Akron/Family, trois barbus
de New-York qui tiennent vraiment à ce que l’on sache qu’ils sont «fuckés,
fuckés», qu’ils n'ont rien à branler des convenances. À première vue, on jurerait
avoir devant nous trois prédicateurs hippies mais, après examen, je ne serais
pas surpris qu’ils s’agissent de cocaïno-mégalomanes. Dommage qu'ils n'aient pas
dépassé le stade narcissique, parce que lorsqu’ils prennent la peine de jouer
des chansons (tsé, des couplets, des refrains), on a le goût de placer nos
doigts en position devil. Ils ont des riffs hendrixiens qui torchent, des
rythmes possédés façon Animal Collective, des envolées pastorales plus Fleet
Foxes, mais aussi beaucoup de temps à perde à faire la démonstration de leur
anticonformisme.

Franchement, existe-t-il une bonne raison de se
mettre le micro dans la bouche et de mugir pendant 3 ou 4 minutes (à moins que
l’on s’appelle TSPC)? Comme justifier que l’on consacre 6-7 minutes du peu de
temps qui nous est dévolu à enseigner à la foule les mouvements d’une «danse
intérieure» (comme dans «à l’intérieur de son corps»), en émaillant ses propos
de «motherfucker» par-ci, «motherfucker» par-là. «Ça peut être très
self-indulgent», m’avait prévenu le collègue Lalande plus tôt. Je me promets de
l’écouter à l’avenir. Ai quitté l’Agora en beau fusil.

Une chance que Canailles
et leur inaltérable gaieté éthylique m’attendaient au Diable Rond. Jean-Philippe Tremblay, poète (as-tu lu
son recueil désenchanté et rock’n’roll, Carnavals
Divers
, chez L’Écrou?) et batteur de l’armada
bluegrass/zydeco/country/punk/set carré a dû abréger notre conversation avant
le concert, lui qui cherchait désespérément du rouge à lèvres, question de se
peindre des lignes d’Indien Apache sur les joues. Son conseil: faire gaffe à ne
pas confondre gloss et rouge à lèvres (une erreur qu’il a commise lors d’un
précédent spectacle). «J’avais les joues qui shinaient, ça n'avait pas
d’allure!»

Fidèles à leur réputation, les huit musiciens ont
mis le feu à la place, invitant les spectateurs à risquer leurs vies pour une
séance de bodysurfing, malgré le plafond très bas. «Le troisième qui en fait,
on lui donne un cd!» Il n’en fallait pas plus pour que quelques téméraires s'y
mettent. Si tu veux mon avis, le Boquébière (ndlr: microbrasserie de Sherbrooke
où Canailles jouera en septembre) devrait tout de suite prévoir du personnel
supplémentaire. On éclusera beaucoup de pintes de rousse de seigle ce samedi
soir-là, c’est ma prédiction.

Ils auraient continué toute la nuit les
Canailles, n’eût été de Hanni El Khatib,
grand teigneux marron de peau, fils d’immigrants philippin et palestinien né à
San Francisco. Accompagné d’un batteur, le guitariste pousse un rock
garage/rockabilly des racines en gardant les choses simples (pour reprendre
l’expression chouchou de l’ami Vinnie). C’était tout ce dont j’avais besoin à
cette heure-là, me rincer les oreilles avec quelque chose de rudimentaire.

Me suis arraché à mes draps fleuris tôt ce matin
(enfin, autour de 10h30) afin d’aller épier la gang de Voir TV (que l’on
applaudisse mes instincts convergents, s'il vous plaît.) Sébastien Diaz et son équipe
tournaient une de leurs performances en territoires insolites (pour le segment
"C'est arrivé près de chez"). Cette fois-ci, coin Gamble et
Principale (un carrefour achalandé à Rouyn-Noranda), Socalled (avec son accordéon) et sa fidèle choriste Katie Moore (avec sa guitare), postés
au feu de circulation, gratifiaient les automobilistes de sérénades (yiddishs)
à la fenêtre. Squeegees hip-hop, genre. Socalled a prédit à une petite fille
aux yeux écarquillés que ce serait «une grande journée pour les
accordéonistes». Je veux bien le croire.

Au fait, savais-tu que So Called se la joue aussi
bédéiste? J’ai acheté un de ses comic books hier après son concert (égal à
lui-même) au Petit Théâtre du Vieux Noranda.
The Pocket Book of So Called Cartoons, que ça
s’appelle.

Ah oui, faut aussi que je te demande: avais-tu
compris, toi, que presque toutes les chansons de Grenadine parlent de cul? Je l’ai attrapée au vol hier Chez Bob
pendant le 5 à 7 la Julie Brunet, très Zooey Deschanel avec
sa robe campagnarde et son béret. La teneur subtilement salace de ses paroles m’ont sauté à la figure. Petite coquine.
En tout cas.

Aussi: toi qui est d’une diplomatie légendaire,
est-ce tu penses que ça se dit à des musiciens qu’ils devraient changer de
batteur? C’est que Panache jouait
hier (bien dégourdis Benoit Fréchette
et Carl-Éric Hudon) et que leur
batteuse remplaçante, Lydia Champagne
- fougueuse, exubérante, indocile -, faisait indiscutablement la barbe à leur
teneux de baguettes habituel. C’était particulièrement patent pendant la
génialement pince-sans-rire Filles et
garçons (un dilemme)
. Moi, je l’engagerais pour de bon et donnerait son 4%
à l’autre. En tout cas (bis). Je pense que je vais me mêler de mes affaires,
pour une fois.

je te téléphone à mon retour,

Dominic

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  • Dominic Tardif
    Dominic Tardif vit à Sherbrooke. Il collabore à Voir Estrie et à Voir. Il s'intéresse à la musique et à la littérature.

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