FME jour 3 (correspondance rouandaise)

4 septembre 2011 14h53 · Dominic Tardif

Salut
man,

 

Si je
voulais que tu saisisses l'esprit qui anime le FME en une seule image, je retiendrais
sans doute celle-ci: la gueule d’ahuri d’Yves
Lambert
se détachant de la foule au concert de Duchess Says. Je ne sais pas s’il est resté jusqu’à la fin monsieur
Bébert (je peux te garantir qu’il n’a pas plongé dans le circle pit, en tout
cas), je ne sais pas non plus si l’ex-leader de la Bottine-tine-tine a rigolé
pendant cette cérémomie insane et défoulatoire présidée par l’inquiétante Annie-Claude
Deschênes
. Peu importe, son ouverture d'esprit l’honore (Lambert avait offert un
spectacle familial en plein air un peu plus tôt en journée).

Même si Duchess Says est devenu assez prévisible
dans son imprévisibilité, c’est toujours avec une fascination bouche-bée que
j’observe la toute menue Annie se garrocher à gauche, à droite, couiner comme
un cochon que l’on égorge et dévisager de son regard glacial les spectateurs.
Comme de raison, elle était déjà descendue de scène avant la fin de la deuxième
chanson (pour mieux nager dans la foule) et n’y est presque jamais retournée,
allant jusqu'à remettre son micro et les responsabilités qui viennent avec à un
fan exalté. Les punks qui étaient venus assister au concert des locaux Nique à Feu (les Rancid du Nord qui
précédaient Duchess Says sur la scène du Petit Théâtre du Vieux Noranda) s’en
sont donnés à cœur joie quand Annie a demandé à la foule de se séparer en deux
pour un wall of death digne d’un concert de Children of Bodom. Et c’était fort,
très fort, assourdissant, un vrai cas de bouchons. Bien hâte d’écouter leur
nouvel album qui paraît en octobre, je crois.

L’accent parisien se faisait entendre bruyamment
sur le parvis de l’Agora des Arts, où Young
Empires
, trio électro-dance torontois dont se sont entichés les Inrocks,
recréait leur propre version de la mythique émission de MusiquePlus Bouge de là. Retour total aux années 90
et à sa dance androgyno-mélancolique, pleine de tambourines, de lignes de
basse assassines et d’instruments pseudo-exotiques (mettons, une flûte de
pan). Le FME s’enorgueillissait dans son dépliant de programmation que la
formation ait participé à une compilation du très branchouille label français
Kitsuné; à mon sens, ça dit tout ce qu’il faut savoir sur ce groupe-là. Si tu
écoutais plus de Cut Copy et moins de Maiden, tu aimerais Young Empires. Mais tu
n'écoutes que du Maiden et du Priest, espèce de motté…

Je suis retourné au Petit Théâtre attraper la fin
de Galaxie (un autre cas de
bouchons). Josée-les-lunettes entrait au même moment que moi, en courant, parce
que commençait Jusqu’à la fin,
"sa" toune (la toune de filles, oserais-je dire). Oui, il peut parfois avoir le
cœur tendre Olivier Langevin, qui
était flanqué de son grand frère spirituel Fred
Fortin
(grosse basse vrombissante), de Pierre
Fortin
(grosse batterie bulldozer) et de Dan Thouin (claviers et effets sonores rigolos, en remplacement de
François Lafontaine). En ce qui concerne les deux choristes, Audrey-Michèle Simard et Myëlle, mon féministe intérieur
pourrait regretter qu’elles jouent à ce point les utilités, si ce n’était de mon
Tommy Lee intérieur, qui parle plus fort que tout le monde, et qui aime que des
filles grimées se trémoussent sur scène pendant un show rock. Voilà pour les
stéréotypes.

Le FME, c’est aussi beaucoup de rencontres
improbables. Tu vois, j’ai raté hier après-midi un concert surprise de Patrick Watson au pied des
cheminées
("celles qui brûlent jour et nuit") de la
Noranda (on y avait, semble-t-il, transporté un piano).

L’autre rencontre improbable s'est avérée,
finalement, un match parfait entre le rock bluesé et ténébreux d’Amanita Bloom et le Bar Club des Chums,
un établissement de seconde zone qu’investissent tout au long du week-end les
festivaliers désireux de faire du tourisme de classe (class tourism) en buvant
des quilles de Labatt 50 (un plaisir auquel je n'ai pas pu résister).
Habituellement, le duo Éclipse y officie et fait retentir sur toute l’avenue
Carter ses reprises de Corbeau et cie.

On se serait crus dans un film de Tarantino, à cause
du décor du Bar des Chums (les musiciens étaient installés entre les machines
de vidéo poker et les toilettes), mais aussi parce qu’Amanita Bloom semble
avoir écrit toutes ses chansons spécialement pour qu'elles figurent sur la b.o.
d’un Tarantino. Tout y est en tout cas: orgue à la The Doors, voix
caverneuse qui rappelle Nick Cave et guitares réverbérées façon Urge Overkill (parlant de
b.o. de Tarantino!). Assez traditionnel dans la forme, mais très incarné, très
américain. Mon concert préféré à date.

Me suis ensuite laissé dériver jusqu’à la Nuit
électro. Tu me pardonneras de ne pas trop savoir quoi t’en dire, j’étais un
brin abîmé rendu là. Une avenante demoiselle venait de m’offrir une pilule
d’ecstasy, alléchante proposition que j'ai sagement déclinée.

Parlant drogues, j’ai croisé un Christophe
Lamarche-Ledoux (Man Machine, présent ici à titre de technicien de son) vaguement
blafard. L'ami descendait la pente d’un buzz de champignons magiques. Comprends
moi bien, il n’était pas amoché Christophe, seulement vaguement amorphe. «J’ai
pêché tout l’après-midi sur un ponton, man, un fuckin’ ponton. On a pris du
mush et on a fumé des pétards. C’était super!» Un homme heureux, quoi.

Un peu plus tôt dans la journée, pour le 5 à 7, je
suis allé voir Jérôme Minière. Ce
n’était pas mon intention pour tout te dire, avant que le croise jeudi soir au
Cabaret de la dernière chance avec, à sa gauche, le batteur Marc-André Larocque (Dumas, Hello
Postier, 12 hommes rapaillés), l'homme au back beat imparable, un de mes
batteurs québécois favoris, sinon mon batteur québécois favori.

Surprise, Minière est capable de rock. De rock
d’obédience situationniste et d’inspiration oulipienne pour être plus précis.
Une performance plutôt survoltée, dans la mesure où Jérôme Minière peut être
survolté, durant laquelle l’intelligence de ses textes narquois m’a totalement
ébloui. Intelligent, le gars, trop intelligent, et culotté en plus. Je ne te
parle même pas de ses quelques pas de danse faussement empotés qui ont déridé
l’Abstracto, rempli à ras bord (j’ai passé tout le concert appuyé contre le
cadre de porte).

ciao,

Dominic

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 9

  • 5 septembre 2011 · 12h44 Olivier Langevin

    Mon cher Dominic,

    Ton féministe intérieur a été pas mal réducteur pour la femme dans son commentaire.

    Deuxièmement, ça serait bon pour ton travail de regarder le spectacles. Audrey-Michèle Simard et Myelle chantent la majorité des refrains pendant le spectacle en plus d’assurer la section de percussions. Je ne pense pas que ce soit jouer les utilités.

    Je te souhaite de bien récupérer de ton FME.

    Olivier

  • 5 septembre 2011 · 13h30 Olivier Langevin

    spectacle
    show

  • 5 septembre 2011 · 13h58 Audrey-Michèle Simard

    J’avoue être un peu dépassée par ton commentaire sur le féminisme aussi…

    Aide-moi un peu à comprendre, j’avoue que suis confuse… Y’a-t-il en 2011, une façon de danser et de chanter pour une fille dans un band rock de gars sans être automatiquement étiquetée à la pauvre nunuche qui n’est là que pour être cute? Franchement, plutôt facile comme critique. Nous sommes deux femmes sur la scène au sein d’un band de gars qui nous traite d’égal à égal, payées à salaire égal, on s’assume, on est bien dans notre peau et on a un travail à faire: celui de chanter, de jouer des percussions et de danser, on fait ce qu’on a à faire avec le plus grand bonheur du monde. C’est quand à moi un bel exemple de réussite pour la femme…

    Si ton n’est pas un commentaire sexiste, je me demande ce qu’il est…

    Audrey-Michèle Simard (Choriste utile de Galaxie)

  • 5 septembre 2011 · 16h39 Dominic Tardif

    Salut Olivier, salut Audrey,

    Vous aurez compris que je voulais marquer une opposition (de façon pince-sans-rire), poser les deux pôles du spectre.

    D’un côté, une féministe pourrait vous dire qu’être choriste, c’est jouer les utilités (une opinion que je partage en partie). Surtout quand leurs voix sont enterrées sous le (jouissif) magma sonore comme c’était le cas avant-hier.

    De l’autre côté, un rockeur balourd (par exemple, Tommy Lee) se réjouirait bêtement que deux belles filles dansent sur scène (un enthousiasme que je partage en partie, je ne suis pas pape après tout).

    D’ailleurs, je ne crois pas avoir utilisé l’expression « pauvre nunuche ». Ce n’est pas mon genre.

    Audrey, tu peux cependant difficilement nier que ta collègue et toi surjouez la posture de la choriste glam/grimée.

    Plus largement, la question que j’aimerais poser est celle de la place des filles dans le monde du rock. Mais bon, je ne suis pas sociologue.

    Olivier, je te trouve un peu vite sur la gâchette. Mettre en doute mon « professionnalisme » parce que je soulève une question? J’ai attrapé presque tout votre concert au FME (j’étais à Young Empires avant, c’est la nature de ce genre de festival, non?) et vous ai vus il y a quelques mois au Boquébière de Sherbrooke. Avec un plaisir indéniable, pour ne pas dire euphorique, à chacune des occasions.

    Bon retour à vous deux.

    Dominic

  • 5 septembre 2011 · 21h42 Olivier Langevin

    Bonsoir Dominic,

    Je n’ai aucun problème avec la critique, je ne m’excite pas avec les bonnes et ne m’emporte pas avec les mauvaises.

    Je ne doute aucunement que tu aies vu le spectacle et le problème est là. Ton commentaire semble réduire l’apport des filles au simple fait de se trémousser pendant le show et en l’ayant vu, tu aurais dû remarquer leur travail tout au long de la soirée. Si les choristes n’y sont pas, il n’y a pas de refrain et pas de percussions (qui sont d’ailleurs à la base des grooves du dernier disque).

    Je crois simplement que c’est un manque de rigueur et c’est dans l’idée que tu donnes que les choristes sont qu’accessoires que je vois du sexisme.

    Et quant à ce que tu dis ici « Plus largement, la question que j’aimerais poser est celle de la place des filles dans le monde du rock. Mais bon, je ne suis pas sociologue.  »

    Je pense que si tu te questionnes sur la place des filles dans le monde du rock, tu as un sérieux problème.

    Olivier

  • 5 septembre 2011 · 22h41 Dominic Tardif

    Bonsoir Olivier,

    Je ne veux pas entrer dans un dialogue de sourds avec toi.

    Bien sûr que je crois à la place des filles dans le rock, voyons. Tu me fais dire le contraire de ce que j’écris.

    Je me questionne parfois sur la trop petite place qu’on leur accorde. Voilà, c’est tout. À mon avis, qu’elles soient souvent réduites au rôle de choriste est dommage (c’est « mon féministe intérieur » qui parle). C’est ici que se situe notre désaccord. Je ne crois pas que ce point de vue fait de moi un sexiste, pas plus que je pense que tu en es un. Je ne te jette pas l’anathème.

    Ce regret n’empêche pas, par ailleurs, « mon Tommy Lee intérieur » de les trouver bien jolies quand elles dansent, les choristes. Mon cerveau reptilien et mon néocortex sont en contradiction. Je ne peux pas être plus honnête.

    Je le redis, ce bémol n’a pas entamé le plaisir que m’a procuré votre concert.

    Pour la suite, on en parlera un jour devant un verre, si tu veux.

    Dominic

  • 6 septembre 2011 · 10h24 Audrey-Michèle Simard

    Salut Dominic,

    Non, je n’avais pas compris que tu voulais marquer une opposition. Marquer une opposition aurait été de donner un aspect positif et négatif pertinent sur notre présence et notre travail pas que l’unique côté positif de notre présence soit le fait qu’être un rockeur épais trippe à nous voir se « trémousser »!

    Je ne vois pas comment être choriste est de jouer les utilités plus qu’un autre musicien… C’est un bien étrange point de vue et je pourrais débattre jusqu’à ma mort avec ta sois-disant féministe et toi-même par conséquent puisque tu partages entièrement ce point de vue, assume…

    Et non, tu n’as effectivement pas utilisé le mot « nunuche », c’est vrai… tu y es plutôt allé de sous entendu… On s’entendra pour dire que la femme de Tommy Lee, Pamela Anderson n’est pas reconnue pour sa théorie sur la loi de la gravité…

    Être sur un stage implique l’amplification de toutes les actions et ça se fait naturellement, sans effort. Olivier se met assez rarement à genoux quand il fait un solo de guitare en répet… c’est la magie de la scène, la magie du live… Alors, oui, on danse et on bouge plus que si on était dans notre salon en pyjama et, crois-moi, ça procure un énorme sentiment de bien être et de défoulement.

    Pour ta question sur la place de la femme dans le monde du rock, je t’avoue que là, je suis un peu subjuguée… Venant d’un « critique de la musique » c’est, comment dire…? Déroutant…? Frustrant…? Aberrant…? Triste…? Je sais pas, je soulève la question… Mais bon, je ne suis pas directeur en chef du Voir…

    Je me joins à Olivier pour remettre en doute ton professionnalisme parce que si on relis bien ton texte, tu ne soulèves aucune question. Je fais ce métier depuis quelques années… Des bonnes critiques, j’en ai eu, des mauvaises critiques pertinentes, j’en ai aussi eu je les ai prises et me suis même souvent remise en question. Mais quand on me fait passer pour une utilité accessoire aussi futile qu’un mag de roue, je peux pas faire autrement que de me défendre et, par conséquent de défendre, le métier de choriste et la pertinence de la présence de la femme peu importe quel milieu.

    Bon retour à toi

    Audrey-Michèle

  • 6 septembre 2011 · 10h43 Dominic Tardif

    Salut Audrey-Michèle,

    Je t’invite simplement à relire ce que je répondais précédemment à Olivier:

    « Bien sûr que je crois à la place des filles dans le rock, voyons. Tu me fais dire le contraire de ce que j’écris. »

    Je me questionne parfois sur la trop petite place qu’on leur accorde. Voilà, c’est tout. »

    Il va de soi que je pense qu’il y a une place pour les filles dans le rock, comme partout ailleurs (je trouve absurbe de même devoir l’écrire). Je ne suis pas un Néandertal.

    On ira donc prendre un verre à trois? Ça me ferait plaisir d’en discuter davantage.

    Dominic

  • 6 septembre 2011 · 11h20 Audrey-Michèle Simard

    je me joindrai à ce verre avec plaisir!

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    Dominic Tardif vit à Sherbrooke. Il collabore à Voir Estrie et à Voir. Il s'intéresse à la musique et à la littérature.

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