Devant un début d’année cinématographique qui bat de l’aile, parce que nos attentes ne savaient pas trop quoi envisager et que la première partie s’avère si peu prometteuse, le « Project X » que le réputé Todd Phillipps a produit finit par surprendre laissant sur son chemin de mémorables moments d’anthologie tout comme ce qui pourrait bien être l’une des plus impressionnantes surprises que 2012 nous aura servi en cinéma.
Loin d’être un nouveau concept, au même titre que les films de superhéros dont on a soupé à forte dose pour ne pas dire jusqu’à l’intoxication dans les 10 dernières années, on a remis le doigt sur le principe « Blair Witch » et décidé de servir encore et encore l’idée du « fake-actual footage film », au point de l’adapter désormais à pratiquement tous les types de films envisageables. Déjà ce qui est au moins le troisième film du genre en à peine deux mois avec un flop (The Devil Inside) et une audace ne fonctionnant qu’à moitié (Chronicle qui malheureusement souffre des défauts des films de superhéros qui ne se marient que moyennement au principe), disons que la mise en place du film ne vaut rien qui vaille. Certes, en terme de résumé, on sait d’avance qu’il s’agit d’un méga-party qui va dégénérer, mais de voir nos anti-héros, losers par excellence typiques, préparer ce qui sera « LE PARTY DU SIÈCLE », on ne s’amuse que peu devant leurs pitreries, leurs blagues mutuelles grossières et les vulgarités de premier niveau qui rappellent les plus mauvais coups tel l’intolérable The Virginity Hit. On retrouve d’ailleurs l’inconcevable trio inévitable: le nerd ni trop beau ni trop laid, mais adorable, le petit gros frisé qui porte des lunettes et celui qui veut tellement être populaire et qui est prêt à tout pour se pousser et pousser les siens aux sommets de la reconnaissance. Du jamais vu? Aucunement.
Mais bon, comme le film est court du haut de sa miniature heure et demie, on garde espoir en se disant que le « party va effectivement lever ». Du coup le temps avance, la soirée aussi et lentement les invités se pointent et peu à peu les événements et les situations prennent formes. Certes, dans ce genre de film le but est d’en savoir le moins possible pour vivre le tout sur le moment (comme il nous est présenté et comme il doit techniquement « être vécu », comme c’est techniquement le but d’utiliser d’un tel procédé), mais encore là, si les rires commencent enfin à se répandre ici et là, on n’est toujours pas impressionné.
Puis, bizarrement, la montée dramatique devient de plus en plus solide. Au sommet (dans tous les sens du terme) de son « high student life », mais au plus bas de son moral personnel, notre protagoniste est au bord du gouffre. Ironiquement, comme c’est souvent le cas, il est sur le point de tout perdre au profit de ce qu’il pensait désirer le plus. De toutes les solutions possibles, les probables sont de moins en moins précises et, alors accompagné de ses proches, surveillé d’en haut par l’autorité qui n’y peut rien et d’en bas par la société qui aimerait le corrompe, il ne lui reste plus que le choix de descendre et d’affronter sa propre existence.
Tiens. Rapidement et en toute subtilité parce qu’il restera entièrement indécent et incontrôlable, « Project X » sera bizarrement devenu le reflet complètement troublant, mais réaliste d’une société chaotique qui n’aspire qu’à des valeurs immondes. Du coup, le procédé utilisé devient logique. Le fait est que malgré quelques recours types comme l’utilisation de personnalités connues (Jimmy Kimmel qui parle de l’ »événement ») et de mentions sur ce qui s’est passé par la suite, le film ne prône jamais entièrement sa « véracité », préférant se concentrer sur son récit et même là, aucunement sur les répercussions, mais bien sur comment celui se déroule, à défaut de pouvoir le prédire.
On oublie donc l’aspect documentaire qui cherche à constamment prouver un fait (souvent le plus grand défaut de ce type de film qui assomme à coup de « c’est vrai, c’est la vérité, il faut MONTRER la vérité pour que le monde sache, etc. alors qu’on sait amplement que c’est du gros bluff malhonnête) et on ne retrouve qu’un montage super moderne et bien de son époque qui capte selon les possibilités le party sur toutes ses coutures, comme d’un condensé « best of »des meilleurs coups de la soirée, de toutes ces vidéos prisent par téléphone cellulaire, de toutes ces photos, de ces moments anodins qu’on y a capturé, partagé et/ou mis sur le net, le matériel du « caméraman professionnel »en extra. On y adopte par ailleurs à plus d’une reprise un style vidéoclip en usant de ralentis et être techniques, tout comme en mettant de l’avant une envahissante, mais accrocheuse trame sonore qui se présente certainement comme de la playlist quasi-idéale du party d’écoliers.
Acceptant cela, on en vient bien mieux à pardonner les lacunes de réalisme qui se pointent (pourquoi ceci et cela, comment se fait-il que alors que, sans oublier que comme ce ne sont pas tous des inconnus certains acteurs sembleront fonciérement familiers, etc.) et lorsque le tout dégénère au plus haut point (puisque cela arrivant dans le délire le plus jouïssif possible), rendant hommage avec de brillants clin d’oeil à une large gamme de films catastrophes préférant tourner en dérision plutôt que d’épouser l’idée à la Cloverfield on ne pourra que s’esclaffer, trouvant enfin tout le plaisir qui semblait jusqu’alors manquer.
Sorte de porte-parole des adultes manqués et des partys qui vont mal, Todd Phillipps (Old School, The Hangover I et II, Due Date) sera donc retourné à la genêse de ses personnages types, se concentrant sur une jeunesse partie pour se diriger vers la mauvaise direction. Il s’agit d’ailleurs non pas d’un party de 18 ans ou de 21 ans, l’âge légal, mais bien de 17 ans, détail subtil, mais ambitieux, marquant l’âge d’un point de non-retour marquant chez les adolescents, soit environ un an avant sa dernière année de High School, donc, avant les grands plans du monde adulte. Il ne se sera d’ailleurs pas tenté dans l’univers qu’il ne connaît pas tant, ne produisant que le projet, reléguant le gros du morceau au scénariste Michael Bacall et la réalisation au nouveau venu Nima Nourizadeh qui risque de voir gros par la suite.
Certes, il faudra passer à travers la première heure foncièrement conventionnelle, mais une fois celle-ci passée, relativement essentielle pour camper la montée scénaristique (un peu au même titre du party dans Cloverfield dont on avait beaucoup reproché la durée et l’existence), on n’en aura que pour la fête, ses nombreux flashs ingénieux étant exécutés avec un brio d’une belle justesse et d’un brillant timing. Filles à poil, conneries impardonnables, folies inconcevables, ecstasy, relations sexuelles dans les recoins, bières, alcool, vomi, une piscine où tout est possible, hauteurs.. Oui, on surpasse le « simple film de party à l’américaine »(puisqu’à se fier aux films qui les relatent c’est toujours relativement la débauche) et on atteint des sommets de dégénérescence dont on n’aurait jamais envisagé les possibilités. Ce n’est pas que « cocasse », c’est épique, littéralement, et rien de moins.
Dans ce combat sans morales ni valeurs recommandables, autant pour adolescent que d’une habile représentation de l’adolescent moderne en soi, il faudra être témoin de cette révolution peut typique qui sera illustrée et expérimenter le party dans chacun de ses recoins. Comme quoi, le film sera certainement loin d’être un modèle pour notre jeunesse perdue, mais en terme de divertissement, parce qu’il croira entièrement à ce qu’il fera et ce, jusqu’au bout, au point d’ultimement nous convaincre, on ne pourra que se plier devant « Project X », un condensé souvent brillant de ce que le concept de « fake-actual footage » aura livré de plus ingénieux en terme de réflexions.
Project X: du doigt au roi d’honneur
Devant un début d’année cinématographique qui bat de l’aile, parce que nos attentes ne savaient pas trop quoi envisager et que la première partie s’avère si peu prometteuse, le « Project X » que le réputé Todd Phillipps a produit finit par surprendre laissant sur son chemin de mémorables moments d’anthologie tout comme ce qui pourrait bien être l’une des plus impressionnantes surprises que 2012 nous aura servi en cinéma.
Loin d’être un nouveau concept, au même titre que les films de superhéros dont on a soupé à forte dose pour ne pas dire jusqu’à l’intoxication dans les 10 dernières années, on a remis le doigt sur le principe « Blair Witch » et décidé de servir encore et encore l’idée du « fake-actual footage film », au point de l’adapter désormais à pratiquement tous les types de films envisageables. Déjà ce qui est au moins le troisième film du genre en à peine deux mois avec un flop (The Devil Inside) et une audace ne fonctionnant qu’à moitié (Chronicle qui malheureusement souffre des défauts des films de superhéros qui ne se marient que moyennement au principe), disons que la mise en place du film ne vaut rien qui vaille. Certes, en terme de résumé, on sait d’avance qu’il s’agit d’un méga-party qui va dégénérer, mais de voir nos anti-héros, losers par excellence typiques, préparer ce qui sera « LE PARTY DU SIÈCLE », on ne s’amuse que peu devant leurs pitreries, leurs blagues mutuelles grossières et les vulgarités de premier niveau qui rappellent les plus mauvais coups tel l’intolérable The Virginity Hit. On retrouve d’ailleurs l’inconcevable trio inévitable: le nerd ni trop beau ni trop laid, mais adorable, le petit gros frisé qui porte des lunettes et celui qui veut tellement être populaire et qui est prêt à tout pour se pousser et pousser les siens aux sommets de la reconnaissance. Du jamais vu? Aucunement.
Mais bon, comme le film est court du haut de sa miniature heure et demie, on garde espoir en se disant que le « party va effectivement lever ». Du coup le temps avance, la soirée aussi et lentement les invités se pointent et peu à peu les événements et les situations prennent formes. Certes, dans ce genre de film le but est d’en savoir le moins possible pour vivre le tout sur le moment (comme il nous est présenté et comme il doit techniquement « être vécu », comme c’est techniquement le but d’utiliser d’un tel procédé), mais encore là, si les rires commencent enfin à se répandre ici et là, on n’est toujours pas impressionné.
Puis, bizarrement, la montée dramatique devient de plus en plus solide. Au sommet (dans tous les sens du terme) de son « high student life », mais au plus bas de son moral personnel, notre protagoniste est au bord du gouffre. Ironiquement, comme c’est souvent le cas, il est sur le point de tout perdre au profit de ce qu’il pensait désirer le plus. De toutes les solutions possibles, les probables sont de moins en moins précises et, alors accompagné de ses proches, surveillé d’en haut par l’autorité qui n’y peut rien et d’en bas par la société qui aimerait le corrompe, il ne lui reste plus que le choix de descendre et d’affronter sa propre existence.
Tiens. Rapidement et en toute subtilité parce qu’il restera entièrement indécent et incontrôlable, « Project X » sera bizarrement devenu le reflet complètement troublant, mais réaliste d’une société chaotique qui n’aspire qu’à des valeurs immondes. Du coup, le procédé utilisé devient logique. Le fait est que malgré quelques recours types comme l’utilisation de personnalités connues (Jimmy Kimmel qui parle de l’ »événement ») et de mentions sur ce qui s’est passé par la suite, le film ne prône jamais entièrement sa « véracité », préférant se concentrer sur son récit et même là, aucunement sur les répercussions, mais bien sur comment celui se déroule, à défaut de pouvoir le prédire.
On oublie donc l’aspect documentaire qui cherche à constamment prouver un fait (souvent le plus grand défaut de ce type de film qui assomme à coup de « c’est vrai, c’est la vérité, il faut MONTRER la vérité pour que le monde sache, etc. alors qu’on sait amplement que c’est du gros bluff malhonnête) et on ne retrouve qu’un montage super moderne et bien de son époque qui capte selon les possibilités le party sur toutes ses coutures, comme d’un condensé « best of »des meilleurs coups de la soirée, de toutes ces vidéos prisent par téléphone cellulaire, de toutes ces photos, de ces moments anodins qu’on y a capturé, partagé et/ou mis sur le net, le matériel du « caméraman professionnel »en extra. On y adopte par ailleurs à plus d’une reprise un style vidéoclip en usant de ralentis et être techniques, tout comme en mettant de l’avant une envahissante, mais accrocheuse trame sonore qui se présente certainement comme de la playlist quasi-idéale du party d’écoliers.
Acceptant cela, on en vient bien mieux à pardonner les lacunes de réalisme qui se pointent (pourquoi ceci et cela, comment se fait-il que alors que, sans oublier que comme ce ne sont pas tous des inconnus certains acteurs sembleront fonciérement familiers, etc.) et lorsque le tout dégénère au plus haut point (puisque cela arrivant dans le délire le plus jouïssif possible), rendant hommage avec de brillants clin d’oeil à une large gamme de films catastrophes préférant tourner en dérision plutôt que d’épouser l’idée à la Cloverfield on ne pourra que s’esclaffer, trouvant enfin tout le plaisir qui semblait jusqu’alors manquer.
Sorte de porte-parole des adultes manqués et des partys qui vont mal, Todd Phillipps (Old School, The Hangover I et II, Due Date) sera donc retourné à la genêse de ses personnages types, se concentrant sur une jeunesse partie pour se diriger vers la mauvaise direction. Il s’agit d’ailleurs non pas d’un party de 18 ans ou de 21 ans, l’âge légal, mais bien de 17 ans, détail subtil, mais ambitieux, marquant l’âge d’un point de non-retour marquant chez les adolescents, soit environ un an avant sa dernière année de High School, donc, avant les grands plans du monde adulte. Il ne se sera d’ailleurs pas tenté dans l’univers qu’il ne connaît pas tant, ne produisant que le projet, reléguant le gros du morceau au scénariste Michael Bacall et la réalisation au nouveau venu Nima Nourizadeh qui risque de voir gros par la suite.
Certes, il faudra passer à travers la première heure foncièrement conventionnelle, mais une fois celle-ci passée, relativement essentielle pour camper la montée scénaristique (un peu au même titre du party dans Cloverfield dont on avait beaucoup reproché la durée et l’existence), on n’en aura que pour la fête, ses nombreux flashs ingénieux étant exécutés avec un brio d’une belle justesse et d’un brillant timing. Filles à poil, conneries impardonnables, folies inconcevables, ecstasy, relations sexuelles dans les recoins, bières, alcool, vomi, une piscine où tout est possible, hauteurs.. Oui, on surpasse le « simple film de party à l’américaine »(puisqu’à se fier aux films qui les relatent c’est toujours relativement la débauche) et on atteint des sommets de dégénérescence dont on n’aurait jamais envisagé les possibilités. Ce n’est pas que « cocasse », c’est épique, littéralement, et rien de moins.
Dans ce combat sans morales ni valeurs recommandables, autant pour adolescent que d’une habile représentation de l’adolescent moderne en soi, il faudra être témoin de cette révolution peut typique qui sera illustrée et expérimenter le party dans chacun de ses recoins. Comme quoi, le film sera certainement loin d’être un modèle pour notre jeunesse perdue, mais en terme de divertissement, parce qu’il croira entièrement à ce qu’il fera et ce, jusqu’au bout, au point d’ultimement nous convaincre, on ne pourra que se plier devant « Project X », un condensé souvent brillant de ce que le concept de « fake-actual footage » aura livré de plus ingénieux en terme de réflexions.